Brésil

08 juillet 2019 02:54; Act: 08.07.2019 02:58 Print

L'ex-juge Moro a tenté de déstabiliser Maduro

Selon le site Intercept, l'ex-juge anticorruption Sergio Moro a organisé la fuite d'informations pour déstabiliser le président vénézuélien.

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Ancien juge, Sergio Moro est désormais le ministre de la Justice de Jair Bolsonaro. (Photo d'archives) (Photo: AFP)

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L'ex-juge anticorruption Sergio Moro, devenu ministre de la Justice du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, a organisé la fuite d'informations sur le Venezuela pour déstabiliser le gouvernement du socialiste Nicolas Maduro, selon des révélations du site d'investigation The Intercept Brasil.

Sur la base de messages obtenus de source anonyme, le site cofondé par le journaliste américain Glenn Greenwald distille depuis début juin des informations qui ont mis sur la défensive le juge Moro. Les responsables de l'enquête anticorruption Lava Jato (Lavage express) au Brésil auraient manoeuvré pour empêcher le retour de l'ex-président de gauche Lula au pouvoir l'an dernier, selon The Intercept.

Dimanche, ce site a assuré que l'ancien magistrat, normalement tenu à l'impartialité et qui a toujours nié avoir eu des motivations politiques, a suggéré aux enquêteurs de faire fuiter des informations compromettantes pour le gouvernement Maduro en lien avec Odebrecht, le géant brésilien du BTP.

«Peut-être qu'il faudrait révéler les confessions d'Odebrecht sur les pots-de-vin au Venezuela?», demande Moro à Deltan Dallagnol, procureur en chef chargé de l'enquête, le 5 août 2017 sur la messagerie cryptée Telegram. Un peu plus tôt, lors d'une conversation sur les fuites, M. Dallagnol avait dit à M. Moro: «Il y aura des critiques et un prix (à payer), mais cela vaut la peine de s'exposer, pour aider les Vénézuéliens».

Ce même 5 août 2017, la procureur générale du Venezuela Luisa Ortega, ancienne chaviste devenue dissidente, avait été démise de ses fonctions par la toute nouvelle Assemblée constituante acquise au chef de l'Etat vénézuélien. Peu après, une fois réfugiée en Colombie, elle avait accusé Maduro d'être impliqué dans le vaste scandale de corruption autour d'Odebrecht, affirmant détenir des preuves.

«Lavage express»

Dimanche dans un communiqué, le parquet de Curitiba (sud), qui a traité certains des volets les plus explosifs de l'enquête Lava Jato, a rejeté les accusations de The Intercept. Il a dit ne pas reconnaître «les messages attribués à ses membres ces dernières semaines. L'origine et la véracité des messages, obtenus via des cybercriminels, ne peuvent pas être confirmés», écrit le ministère public.

Selon un sondage de l'institut Datafolha publié dimanche, 58% des personnes interrogées estiment que si des irrégularités de la justice étaient confirmées, les décisions du juge Moro concernant l'affaire Lava Jato devraient être réexaminées.

Le mastodonte de la construction Odebrecht est secoué depuis 2014 par un gigantesque scandale de pots-de-vin, révélé par l'enquête brésilienne de «Lavage express». Elle a touché une dizaine de pays d'Amérique latine et deux en Afrique, où le groupe distribuait des enveloppes pour remporter de juteux marchés publics.

Selon les confessions de cadres d'Odebrecht, l'entreprise a ainsi versé 98 millions de dollars au Venezuela. La justice vénézuélienne - accusée par l'opposition de servir les intérêts du chef de l'Etat - a fini par écarter toute enquête.

(nxp/afp)