Royaume-Uni

31 juillet 2018 10:51; Act: 31.07.2018 10:51 Print

L'humanitaire miné par l'exploitation sexuelle

Un rapport montre que le secteur humanitaire surestime les efforts déployés pour résoudre le problème de l'exploitation sexuelle.

storybild

Certains employés de l'ONG britannique Oxfam avaient commis des abus sexuels après le séisme dévastateur de 2010 en Haïti. (Photo: Keystone)

Une faute?

Le problème de l'exploitation sexuelle est «endémique» dans le secteur de l'aide humanitaire, qui n'en a pas fait assez pour tenter de l'éliminer. C'est une attitude qui frise «la complicité», selon un rapport parlementaire britannique publié mardi.

Ce rapport de la Commission du Développement international de la chambre des Communes fait suite au scandale provoqué par les révélations en février d'abus sexuels commis par certains employés de l'ONG britannique Oxfam après le séisme dévastateur de 2010 en Haïti. Ces révélations avaient déclenché une cascade de plaintes à travers le secteur.

La Commission estime que l'ampleur du problème est impossible à déterminer mais soupçonne que les cas connus ne sont que le sommet de l'iceberg. «Il y a des cas d'exploitation et d'abus sexuels, et ils ont lieu à travers les organisations, les pays et les institutions. C'est endémique, et ça l'est depuis longtemps», souligne-t-elle.

«La fourniture d'aide aux personnes et communautés en crise a été minée par des prédateurs sexuels qui exploitent des systèmes de gouvernance affaiblis», a-t-elle ajouté.

Autorégulation insuffisante

Selon les députés, le secteur humanitaire surestime les efforts déployés pour résoudre le problème: l'autorégulation qu'il a mise en place est insuffisante. Ils recommandent notamment le déploiement d'un registre mondial des travailleurs humanitaires pour empêcher les prédateurs sexuels de se maintenir en passant d'une ONG à une autre.

«Le secteur humanitaire, collectivement, a connaissance depuis des années des cas d'exploitation et d'abus sexuels par son propre personnel mais l'attention qu'il a donnée au problème n'est pas à la hauteur du défi», a déploré le rapport, dénonçant une «culture du déni» au sein des ONG comme des Nations unies.

La réponse «molle» du secteur a créé «une impression globale de suffisance, qui frise la complicité», a-t-il ajouté, estimant que les ONG étaient plus soucieuses de protéger leur «réputation» que des victimes.

Le Royaume-Uni accueillera en octobre une conférence internationale destinée à définir une approche commune à tout le secteur.

Judith Brodie, qui supervise le réseau britannique des ONG de développement international, a assuré dans un communiqué qu'elles oeuvraient à mettre fin aux abus sexuels et que «le changement a commencé».

(nxp/ats)