Attentat à Istanbul

29 juin 2016 16:49; Act: 29.06.2016 16:51 Print

L'illusion du paradis, moteur des kamikazes

Au lendemain des attentats à Istanbul, des experts reviennent sur les motivations sacrificielles des kamikazes.

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Un homme rend hommage aux victimes de l'attentat de l'aéroport d'Istanbul. Six suspects, présumés membres de l'EI, ont été arrêtés. (Vendredi 8 juillet 2016) Dix-sept nouvelles personnes ont été écrouées dans le cadre de l'enquête sur l'attentat à l'aéroport d'Istanbul, le 28 juin. (Mardi 5 juillet 2016) Parmi les trois auteurs de l'attentat suicide de l'aéroport d'Istanbul figure Akhmed Tchataïev. L'homme d'origine tchétchène est présenté comme un chef de l'État islamique chargé de la formation des djihadistes russophones. En 2003 il a obtenu l'asile en Autriche. (Samedi 2 juillet 2016) Sur les images des vidéo de surveillance, on voit les assaillants avant qu'ils ne commettent leur attentat. (Samedi 2 juillet 2016) Les autorités ont pu identifier les trois auteurs qui portaient armes et explosifs sous leurs vestes. (Samedi 2 juillet 2016) La Turquie a rendu hommage à ses morts.(Jeudi 30 juin 2016). Comme pour le 12 juin après la tuerie d'Orlando, l'Empire State Building, à New York (Etats-Unis) s'est éteint en hommage aux victimes d'Istanbul. (Jeudi 30 juin 2016). A Istanbul, Paris ou Bruxelles, la conviction que l'éden est au bout du sacrifice motive les kamikazes mais elle ne vient d'aucun texte, selon des experts et islamologues. (Mercredi 29 juin) Le bilan du triple attentat-suicide qui a frappé mardi soir l'aéroport international Atatürk d'Istanbul s'est alourdi à 41 morts et 239 blessés, a annoncé mercredi le gouvernorat de la première mégapole de Turquie. (Mercredi 29 juin 2016) La compagnie aérienne Swiss a décidé de suspendre ses vols en direction d'Istanbul, après l'attentat de mardi soir. (Mercredi 29 juin 2016) Le premier ministre turc Binali Yildirim, au centre, s'est exprimé devant la presse en milieu de nuit sur place. (Mercredi 29 juin 2016). Sur cette carte réalisée et diffusée par l'agence Reuters, on voit que l'aéroport international Atatürk se situe à l'ouest du centre-ville, sur la partie européenne d'Istanbul. (Mercredi 29 juin 2016). Le hashtag #prayforistanbul accompagné de cette image s'est répandue très rapidement sur les réseaux sociaux (Mercredi 29 juin 2016). Sur les réseaux sociaux, plusieurs créations visuelles rendent hommage aux victimes de l'attaque. (Mercredi 29 juin 2016). Des passages en état de choc après la tragédie, devant l'entrée de l'aéroport Atatürk. En milieu de nuit, le bilan a été relevé à 36 morts. (Mercredi 29 juin 2016). Des passagers attendent près de l'entrée principal de l'aéroport après les explosions. (Mercredi 29 juin 2016). Les autorités ont annoncé dans la nuit que l'attentat-suicide avait été mené par trois kamikazes. Une arme, sur le sol de l'aéroport Atatürk d'Istanbul. (Image fournie par 140journo/via Reuters) Les autorités ont revu le bilan à 28 morts, dans la soirée, tandis que l'agence turque Dogan évoquait 32 morts. L'attaque n'était toujours pas revendiquée, trois heures après le tripple-attentat suicide visant une nouvelle fois la Turquie. L'attentat-suicide est survenu dans un terminal de l'aéroport international d'Istanbul, le plus grand de Turquie. (Mardi 28 juin 2016) Plus d'une dizaine d'ambulances ont été dépêchées sirènes hurlantes vers le terminal des vols internationaux. (Mardi 28 juin 2016) Un grand mouvement de panique a secoué le terminal des vols étrangers lorsque deux violentes explosions suivies de coups de feu ont été entendues aux alentours de 22H00 locales (19H00 GMT). (Mardi 28 juin 2016) Un premier bilan a fait état d'une dizaine de morts et d'une vingtaine de blessés. (Mardi 28 juin 2016) Selon des témoignages, les forces de l'ordre ont essayé d'arrêter le terroriste avant qu'il ne se fasse exploser. (Mardi 28 juin 2016) De nombreux policiers ont établi un périmètre de sécurité sur les lieux, selon les images. (Mardi 28 juin 2016) De nombreux policiers ont établi un périmètre de sécurité sur les lieux, selon les images. (Mardi 28 juin 2016) Les dégâts matériels sont importants à l'intérieur du terminal. (Mardi 28 juin 2016) Tous les vols ont été suspendus mardi soir a l'aéroport international Atatürk d'Istanbul après l'attentat suicide. (Mardi 28 juin 2016) L'attaque a été menée par trois terroristes, a annoncé Vasip Sahin, le gouverneur de la première mégapole turque.

Une faute?

Au bout de leur mission suicide, ils en sont persuadés, le paradis. A Istanbul, Paris ou Bruxelles, la conviction que l'éden est au bout du sacrifice motive les kamikazes mais elle ne vient d'aucun texte, selon des experts et islamologues.

Mardi soir à l'aéroport d'Istanbul un témoin, Oftah Mohammed Abdullah, a raconté avoir vu l'un des assaillants: «Il avait une veste courte et avait caché un fusil (dessous). Il l'a sorti et a commencé à tirer sur les gens. Il marchait comme un prophète».

«Une sérénité et une force extraordinaire»

Le paradis, «c'est une adhésion existentielle», explique à l'AFP le sociologue Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris. «Ils y croient dur comme fer. Mettre en cause cela serait n'y rien comprendre. Cette certitude leur donne une sérénité et une force extraordinaire».

«Certains ont dit que les tueurs du Bataclan (en novembre à Paris), par exemple, devaient être drogués pour être si calmes et déterminés. C'est faux. Ils n'en avaient pas besoin», ajoute-t-il. Des survivants du massacre dans la salle de concert ont raconté que les tireurs agissaient posément, calmement, parfois le sourire aux lèvres en mitraillant une foule sans défense. Après leur mort, des analyses de sang ont été effectuées: rien.

D'où leur vient cette croyance ? Comment leur est-elle inculquée ?

«Soldats d'Allah»

Dans un reportage titré «Soldats d'Allah», diffusé le 2 mai par la chaîne française Canal Plus, le journaliste Saïd Ramzi infiltre une cellule d'aspirants-jihadistes en France. L'émir du groupe, un jeune Franco-Turc se faisant appeler Oussama, lui décrit les joies qui les attendent à l'issue d'une mission suicide qui n'aura toutefois jamais lieu.

«Vers le paradis, c'est ça le chemin», lui murmure-t-il en souriant. «Viens, frère, on va au paradis. Nos femmes nous y attendent, avec des anges comme serviteurs. Tu auras un palais, un cheval ailé fait d'or et de rubis».

En plus des délices de l'au-delà, les kamikazes sont certains que leur geste leur permettra d'ouvrir la porte des cieux à des dizaines de leurs proches, pour le salut desquels ils ont la certitude de se sacrifier.

Une fausse promesse qui ne figure pas dans les textes

Des dizaines d'imams, de spécialistes, d'exégètes du Coran et de la sunna (recueil des paroles et enseignements du Prophète) ont eu beau démentir cette notion du paradis promis aux djihadistes et, par procuration, à leurs proches, rien n'y fait.

«Tuer des gens pour aller au paradis, ce n'est bien entendu nulle part dans les textes», indique à l'AFP l'islamologue Ghaleb Bencheikh. «Des idéologues, manipulateurs, fanatiques, radicalisés, tout ce qu'on veut, manipulent cette idée de jihad, qui veut dire effort et non pas combat, ajoutant moult détails de description de ce paradis: c'est une construction humaine».

Selon lui, les fameuses 72 vierges promises aux kamikazes, les passe-droits pour le paradis qu'ils peuvent réserver à leurs proches, les délices sans fin, les chevaux ailés d'or et de rubis ne sont que des leurres destinés à tromper les faibles, les crédules ou les malades mentaux.

«Les houris (vierges soumises), les rivières de vin, de miel et de lait : ce sont des descriptions allégoriques. Mais malheureusement, quand on est fragile d'esprit, on peut y croire mordicus», ajoute Ghaleb Bencheikh.

Une inversion totale des valeurs

«Ces sujets se disent : «je suis délinquant, je vais passer pour le militant d'une cause et de surcroît il m'est promis un au-delà meilleur et durable. Non seulement je vais tuer des gens, des enfants, mais comme c'est pour la bonne cause je vais être récompensé. C'est l'inversion totale des valeurs. Ça relève aussi de la psychiatrie».

Le 13 juin, alors qu'il est cerné par la police dans la maison du couple de fonctionnaires de police qu'il vient d'assassiner en région parisienne, Larossi Abballa avait été jusqu'à filmer et mettre en ligne son testament.

«Imagine-toi, ô Musulman. Il te suffit de t'élancer, de mourir, et te voilà au paradis, avec ton prophète (...) Quelle immense faveur !», dit-il, lisant un texte préparé à l'avance. «A ce moment là plus de soucis, plus d'épreuves. Seulement une jouissance sans fin !»

(nxp/afp)