Héritage toxique

20 avril 2019 20:27; Act: 20.04.2019 20:28 Print

L'ultime «point chaud» de l'Agent Orange au Vietnam

Les Etats-Unis ont débuté la décontamination d'une ancienne base aérienne utilisée pour stocker le défoliant durant la guerre, près de Ho-Chi-Minh.

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A Bien Hoa, plus de 500'000 mètres cubes de dioxine ont contaminé le sol et les sédiments. (Photo: AFP)

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Les Etats-Unis ont lancé samedi au Vietnam une campagne de nettoyage de 183 millions de dollars sur un ancien site de stockage d'Agent Orange. Ce défoliant contenant de la dioxine, utilisé durant la guerre et dont les effets perdurent, provoque de graves problèmes de santé comme des cancers et des malformations.

Située près de Ho-Chi-Minh-ville, l'ex-Saïgon, la base aérienne de Bien Hoa - dernier en date des sites à réhabiliter après la base de Danang - était l'un des principaux lieux où était entreposé l'Agent Orange. Elle ne fut que sommairement nettoyée par les soldats à l'approche de la fin de la guerre, voilà plus de quarante ans.

Entre 1962 et 1971, l'armée américaine a déversé par avion quelque 80 millions de litres d'Agent Orange sur les forêts et les cultures au Vietnam du Sud pour empêcher la progression de la guerilla communiste.

Trois millions de victimes

Le produit s'est infiltré dans les nappes phréatiques et les rivières, causant de graves handicaps physiques et mentaux à des générations de Vietnamiens. Selon Hanoï, le nombre de victimes se monterait à trois millions. Un million souffre aujourd'hui encore de graves séquelles, parmi lesquels 150'000 malformations congénitales.

A Bien Hoa, plus de 500'000 mètres cubes de dioxine ont contaminé le sol et les sédiments. Il s'agit du «plus important point chaud qui reste» au Vietnam, précise l'Agence américaine pour le développement (USAID).

Un programme de dix ans

Le programme lancé samedi est prévu sur dix ans. Les quantités de dioxine à Bien Hoa représentent quatre fois plus que le volume nettoyé à l'aéroport de Danang lors d'une opération de 110 millions de dollars qui a duré six ans, jusqu'en novembre 2018.

«Le fait que deux anciens ennemis soient désormais partenaires pour une tâche aussi complexe est rien moins qu'historique», a déclaré samedi l'ambassadeur américain au Vietnam, Daniel Kritenbrink, lors du lancement de la campagne, auquel assistaient des responsables militaires vietnamiens et des sénateurs américains.

Sur les sites les plus contaminés, les concentrations toxiques étaient encore 400 fois supérieures aux normes acceptables en 2012, date du début des opérations américano-vietnamiennes de décontamination de l'Agent Orange.

Soutien aux Vietnamiens handicapés

En 2010, les Etats-Unis ont reconnu les effets de l'Agent Orange sur la santé, souvent des cancers.

Si les responsables américains n'ont jamais admis de lien direct entre Agent Orange et malformations congénitales, Washington a décidé d'aider les Vietnamiens handicapés «quelle que soit la cause». L'USAID a publié samedi une déclaration d'intention pour travailler avec les autorités à l'amélioration des conditions de vie des personnes handicapées dans sept provinces vietnamiennes.

Le département américain des anciens combattants a entrepris d'indemniser ses vétérans. Des victimes vietnamiennes ont tenté d'obtenir réparation par la justice américaine, mais leur demande a été rejetée par la Cour suprême en 2009. Les bombes incendiaires au napalm (essence, naphtalène et palmitate) et l'Agent Orange font partie des atrocités emblématiques de la guerre du Vietnam.

(nxp/ats)