France

16 juillet 2018 07:39; Act: 16.07.2018 11:43 Print

La France championne offre un répit à Macron

La Coupe du monde remportée par les Bleus offre une bouffée d'oxygène bienvenue au président français en manque de popularité.

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Vingt ans après le triomphe de leurs aînés en 1998, les «Bleus» ont donné dimanche à la France son deuxième titre de championne du monde de football. Ils ont en même temps offert une bouffée d'oxygène bienvenue au président français Emmanuel Macron, dont la cote baisse de sondage en sondage.

Mais si le chef de l'Etat peut espérer un regain de popularité, comme son prédécesseur Jacques Chirac et son premier ministre socialiste Lionel Jospin en 1998, cela risque fort d'être de courte durée, estiment des analystes interrogés par Reuters.

Le succès des hommes de Didier Deschamps 4-2 contre la Croatie, à Moscou, a été salué avec la même ferveur populaire que celui de l'équipe de 1998. «Cela peut donner à Emmanuel Macron une petite bouffée d'oxygène avant les vacances et lui permettre de revenir, fin août-début septembre, avec un petit gain de popularité, qui pourra l'aider à démarrer la rentrée», estime le président de l'institut de sondage Odoxa Gaël Sliman.

Mais l'effet «bouclier» de la Coupe du monde ne tardera pas, selon lui, à se dissiper. Cet avis est partagé par le directeur général adjoint de l'Ifop, Frédéric Dabi.

Positif pour le moral

Emmanuel Macron pourrait, certes, bénéficier d'une «sorte de parenthèse enchantée, c'est-à-dire de contestations moindres», explique celui-ci. «Mais (...) quand les François vont recevoir leurs impôts (...) ils ne penseront plus à la Coupe du monde.»

Selon un sondage réalisé par l'Ifop pour le Journal du dimanche avant la finale, 51% des Français interrogés disent que le parcours de l'équipe de France a joué positivement sur leur moral. Mais seuls 31% estiment que le gain de la Coupe du monde aura des effets positifs sur la croissance économique et 44% pensent que cela ne changera rien de particulier.

Au demeurant, les spécialistes se montrent relativement sceptiques sur les gains économiques à attendre. Certes, pour le ministre de l'économie et des finances, Bruno Le Maire, une telle victoire ne peut qu'être bonne pour la confiance des Français et donc pour la croissance.

Mais l'économiste Ludovic Subran (Euler Hermes) ne prévoit qu'un gain limité de 0,2 point de consommation et de 0,1 point de croissance du produit intérieur brut. «Le deuxième semestre va être un peu compliqué», a-t-il même déclaré à Reuters. «Le pouvoir d?achat est vraiment en berne et les Français non entrepreneurs se plaignent.»

Pouvoir d'achat inchangé

Le directeur de l'institut Coe-Rexecode, Denis Ferrand, prévoit pour sa part un impact économique nul, car «ce qui fait la croissance, c'est le pouvoir d'achat».

Quant à l'économiste Philippe Waechter, il juge illusoire d'attendre de cette victoire à Moscou un changement de rythme de l'activité à long terme: «Si cela peut provoquer une légère inflexion à la hausse, il n'y a aucune raison que cela provoque une rupture», écrivait-il vendredi sur son blog.

En 1998, l'euphorie de la victoire d'une équipe «black-blanc-beur» à l'image de la population française avait suscité l'espoir d'une cohésion nationale renouvelée. Mais quatre ans plus tard, le dirigeant d'extrême droite Jean-Marie Le Pen éliminait Lionel Jospin de la course à l'Elysée dès le premier tour. Sa fille, Marine, a fait un score encore plus considérable en 2017.

Illusion d'une société apaisée

La crise économique de la fin des années 2000, les attentats des années 2015 et suivantes ont achevé de balayer l'illusion d'une société apaisée. Pour les analystes, il serait vain d'attendre de la victoire des «Bleus» de 2018 qu'elle suffise à enrayer des fractures communautaires, territoriales et sociales qui n'ont fait que se creuser depuis 20 ans.

«Jamais on n'a eu une France aussi fracturée (...) La victoire que l'on vient de célébrer ne va rien changer à cela», prédit ainsi Frédéric Dabi. «Les problèmes sociétaux qui touchent au vivre-ensemble ne vont pas s'envoler», renchérit l'ancienne patronne du MEDEF, Laurence Parisot, dans le Journal du Dimanche (JDD).

Pour Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'institut Montaigne, c'est sur l'image sur la scène mondiale d'une France qui gagne qu'il faut attendre le principal impact positif de ce deuxième titre de champion du monde.

«Cela renforce le leitmotiv d'Emmanuel Macron sur 'France is back' (»la France est de retour'), alors que l'Allemagne a été piteusement éliminée par la Corée du Sud, que l'Italie ne s'est même pas qualifiée et que l'Angleterre a subi une double défaite, contre la Croatie et la Belgique", explique-t-il.

(nxp/ats)