Diplomatie

07 février 2019 14:28; Act: 11.02.2019 15:22 Print

La France rappelle son ambassadeur en Italie

Paris a rappelé son émissaire «après des attaques» «sans précédent», a déclaré le Quai d'Orsay.

Le torchon brûle entre la France et l'Italie.

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La France a rappelé son ambassadeur en Italie jeudi après une série de déclarations «outrancières» de responsables italiens, une rare escalade entre deux pays de l'UE qui cristallise un peu plus les lignes de fracture en Europe à quelques mois des élections européennes.

«La France a fait, depuis plusieurs mois, l'objet d'accusations répétées, d'attaques sans fondement, de déclarations outrancières que chacun connaît et peut avoir à l'esprit», a déclaré la porte-parole du Quai d'Orsay, Agnès von der Mühll, en annonçant ce rappel «pour consultations».

Ces tensions franco-italiennes n'ont «pas de précédent depuis la fin de la guerre», a-t-elle ajouté dans un communiqué empreint de gravité, s'interrogeant sur les «intentions» réelles de Rome quant à sa relation avec la France.

Le rappel d'un ambassadeur est tout aussi sans précédent entre la France et un autre pays membre de l'Union européenne (UE), confirme-t-on de source diplomatique.

Après ce rappel, les deux chefs politiques du gouvernement populiste italien, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini et le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, se sont déclarés jeudi «disponibles» pour dialoguer avec le gouvernement français. «Nous sommes tout à fait disposés à rencontrer le président (français Emmanuel) Macron et le gouvernement français», a écrit M. Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) dans un communiqué.

Multiples provocations

M. Di Maio comme M. Salvini avaient multiplié ces dernières semaines les déclarations d'une rare violence à l'encontre de l'exécutif français.

Paris avait choisi jusqu'ici de ne pas surréagir à ces propos - qui saluaient le mouvement social des «gilets jaunes» en France et appelaient à la démission du président Emmanuel Macron - afin de ne pas alimenter la surenchère.

«Plus vite il rentrera chez lui, mieux ça vaudra!», avait aussi proclamé en janvier M. Di Maio, en qualifiant Emmanuel Macron de «président gouvernant contre son peuple». Le ministère français des Affaires étrangères avait tout au plus convoqué l'ambassadrice d'Italie le 21 janvier après ces propos jugés «inacceptables et sans objet».

Mais la rencontre mardi en France de Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), avec des «gilets jaunes» a fait déborder le vase.

«Provocation inacceptable»

«Le vent du changement a franchi les Alpes. Je répète: le vent du changement a franchi les Alpes», avait-il alors tweeté en annonçant la rencontre sur les réseaux sociaux.

«Les dernières ingérences constituent une provocation supplémentaire et inacceptable», a riposté la porte-parole de la diplomatie française. «Elles violent le respect que se doivent entre eux les gouvernements démocratiquement et librement élus», a-t-elle martelé.

Sur l'immigration, la Libye, les activistes italiens recherchés pour terrorisme depuis les années 1970 et réfugiés en France ou le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin, les différends entre Rome et Paris ont aussi conduit à des échanges vifs ces derniers temps. Mais la rupture semble désormais consommée entre le camp populiste et eurosceptique incarné par le tandem Di Maio/Salvini et celui des pro-européens emmené par Emmanuel Macron.

«La France a parfois du mal à prendre au sérieux les coups de menton italiens. C'est souvent pris comme du théâtre. Peut-être la farce a-t-elle assez duré et a-t-elle voulu montrer jusqu'où allait sa patience», relève Sébastien Maillard, directeur de l'Institut Jacques Delors.

Pour autant, les deux chefs d'orchestre de la politique intérieure italienne n'ont aucune raison de changer de registre d'ici aux élections européennes du 26 mai.

«Les deux protagonistes sont en campagne et en compétition, c'est une coalition qui tient mal (...) Et Di Maio a trouvé là une façon d'exister par rapport à Salvini sur la scène européenne», estime l'expert européen.

La crise franco-italienne complique aussi un peu plus les ambitions européennes d'Emmanuel Macron, déjà contrariées par les déboires politiques de la chancelière allemande Angela Merkel, partenaire clé de la France, et par le Brexit.

«Au-delà de ces escarmouches, provocations, c'est sûr que la relation franco-italienne sur le fond est en panne. Cela fait un allié traditionnel qui manque à la construction européenne», fait observer Sébastien Maillard.

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Cc le 07.02.2019 14:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Chhris

    Qui a commencé à donner des leçons de morale... et a expliquer que l Italie ne fait pas juste. Il serait mieux que M Macron se concentre sur Paris pardon je voulais dire la France.....

  • Pierre Martin le 07.02.2019 15:16 Report dénoncer ce commentaire

    A propos de Macron

    Georges Clemenceau a écrit: "En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables." C'est tellement vrai, en particulier quand ils proviennent des milieux de la haute finance.

  • Raoulito le 07.02.2019 15:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Deux poids....

    La France... la France... attendez... ah oui, je me rappelle, c'est ce pays dont le même gouvernement s'est immiscé dans les affaires du Venezuela il n'y a pas plus tard qu'il y a quelques jours... Mais là, c'était normal ? Ou bien ?

Les derniers commentaires

  • Tin tin le 08.02.2019 12:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    hypocrisie française

    l'hypocrite française dévoilée expulsion en douce des migrants bloquage des frontiere abris des terroristes mais finiront quand de faire la morale aux autres

    • Georges le 08.02.2019 20:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Tin tin

      Et vous, n'êtes vous pas en train de faire la morale?

  • Viva la Vida le 08.02.2019 10:29 Report dénoncer ce commentaire

    Jupiter fait sa crise

    Et on critique la GB qui veut sortir de ce bourbier qu'est l'UE, ..... Et Jupiter qui veut créer une armée européenne avec Mummy Merckel ? Serait-ce pour taper sur les autres membres de l'UE qui ne seraient pas d'accord avec 'je suis le roi du monde Macron' autoproclamé Jupiter. Ça devient vraiment risible ou très triste.

    • Georges le 08.02.2019 20:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Viva la Vida

      Quel ramassis de stupidités!

  • Conclusion le 08.02.2019 08:36 Report dénoncer ce commentaire

    Triste fin

    J'ai l'impression que tout les pays commencent à s'échauffer les uns les autres, bien venue en 2019... dans 10 ans ça fini par une guerre mondiale.... comme prédit dans l'apocalypse ? Ainsi la fin du monde viendra de la propre main de l'humain qui est devenu perfide, insensible, inhumain..........

    • La mienne aussi le 08.02.2019 12:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Conclusion

      2000 ans de guerres rivalités jalousies en Europe ne s'effacent pas en 20 ans de cette idiotie qui s'appelle UE les bottes allemandes battaient les pavés des champs Elysées il y a 70 ans .. les gaulois n'ont pas oublié la guerre de gaule de César .. n'oublient pas les bottes du Reich allemand ... c'est du faire semblant avec la Merkel

    • Louis le 08.02.2019 15:47 Report dénoncer ce commentaire

      La follie des grandeurs

      L'impérialisme et le totalitarisme européen est effectivement de retour. Rien d'étonnant à ce que les relation se dégrade dans l'UE.

  • Bernard Gorgerat le 08.02.2019 07:58 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Qui sème l'orage !

    C'est Macron qui a commencé. Et Salvini n'est pas un homme à se laisser marcher dessus !

    • Merci Bayard le 08.02.2019 20:15 Report dénoncer ce commentaire

      Du n'importe quoi

      Un peu de respect de part et d'autre, que chacun balaie devant sa porte !

  • souvenir le 07.02.2019 23:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    rappel

    Rappelons que toutes les guerres ont été faites par l'Allemagne et la France. En l'occurrence entre l'Italie et la France, c'est Macron qui donne des leçons et traite les Italiens de "peste populiste"... De plus, en matière d'ingérence, on voit de la part de la France et d'une partie de l'Europe une sacrée ingérence envers le Venezuela, la Syrie, les pays africains... Depuis quand la Libre circulation des Italiens est-elle interdite ? D'aller rencontrer des européens à gilets jaunes ?

    • Belogic le 08.02.2019 07:07 Report dénoncer ce commentaire

      René

      Parfaitement exact. Ce qui est le plus effrayant c'est de voir 6 pouces levés pour cautionner ce genre de commentaire. On peut facilement faire une extrapolation sur le niveau des internautes.

    • Claude le 08.02.2019 21:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @souvenir

      Vous êtes nul en histoire, l'ennemi héréditaire pour la France c'était l'Angleterre, la guerre de cent ans, vous n'avez pas l'air de connaître, l'Allemagne n'existe que depuis 1870, avant c'était une mosaïque d'états, l'Italie aussi. La période belliqueuse franco-allemande c'est 1870/1945, 75 ans, avec les anglais, ça a duré plusieurs siècles.