Grève en France

05 décembre 2019 20:25; Act: 05.12.2019 22:06 Print

Une mobilisation monstre, des incidents à Paris

Près de 250 rassemblements avaient lieu jeudi dans toute la France pour s'opposer au futur «système universel» des retraites.

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Quelque 806'000 personnes ont manifesté jeudi en France, dont 65'000 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur. Des secteurs entiers d'activité ont tourné au ralenti dans le cadre d'une mobilisation contre la réforme des retraites, promesse-phare d'Emmanuel Macron.

La CGT a décompté de son côté plus de 1,5 million de personnes dans les rues, dont 250'000 manifestants à Paris. «C'est beau cette manifestation avec les avocats, les gilets jaunes, les soignants, les pompiers, ça fait plaisir», s'est réjoui Pascal Marichala, chercheur au CNRS venu en famille à Bordeaux, où 20'000 personnes ont battu le pavé selon la préfecture, 53'000 selon la CGT.

«Il y a plein de monde»

On comptait au moins 33'000 personnes à Toulouse, 25'000 à Marseille, 20'000 à Lyon. A Paris, où le chiffre de la préfecture n'était pas encore disponible en fin d'après-midi, la CGT annonçait 250'000 personnes.

«Ca me rappelle 68! C'est bourré, il y a plein de monde!», commentait Désiré, 79 ans, 59 ans de militantisme à Lutte ouvrière, dans le cortège parisien, très compact et encadré d'un important service d'ordre syndical et de quelque 6000 policiers et gendarmes, en présence de «blocs noirs».

Incidents à Paris

Vers 16 heures, des incidents ont éclaté à Paris. Une remorque de chantier a été retournée et incendiée et plusieurs vitrines ont été brisées non loin de la place de la République, tandis que les forces de l'ordre essuyaient des jets de projectile et répliquaient par des tirs de lacrymogène.

Une partie des manifestants a dû quitter le cortège très tôt, certains tentant de le rattraper par la suite et exprimant leur frustration vis-à-vis de la police ou des «blocs noirs».

A 18 heures, 60 personnes étaient en garde à vue en marge de la manifestation, a indiqué le parquet. Selon plusieurs sources, trois journalistes ont été blessés. Des affrontements entre policiers et manifestants ont également eu lieu dans plusieurs autres villes, dont Lyon, Montpellier ou Toulouse.

Hommage aux syndicats

En dépit des incidents, le Premier ministre, Edouard Philippe, a «rendu hommage» aux syndicats, notant que dans «un très grand nombre de villes», les manifestations «se sont bien passées car elles ont été bien organisées».

«C'est une très forte mobilisation dans le public comme dans le privé», s'est réjoui plus tôt Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, dans le carré de tête parisien.

Macron «déterminé»

Face au mouvement, le président Emmanuel Macron est «calme et déterminé à mener cette réforme, dans l'écoute et la consultation», a indiqué l'Élysée, précisant que «le Premier ministre s'exprimerait vers le milieu de la semaine prochaine sur l'architecture générale de la réforme». «Il reste des marges de négociation», a assuré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, précisant que le système prendrait en compte les «situations spécifiques».

A l'origine de la mobilisation, le futur «système universel» de retraites par points, censé remplacer les 42 régimes existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L'exécutif promet un système «plus lisible» et «plus juste», quand les opposants craignent une «précarisation» des retraités.

Soutenus par les Français

Plusieurs récents sondages ont montré que le mouvement, à l'appel de la CGT, FO, la FSU et Solidaires ainsi que plusieurs organisations de jeunesse, était majoritairement soutenu par les Français. Pour Pierre Malige, 42 ans, professeur à l'université manifestant à Nantes, «on ouvre la voie à la capitalisation, parce qu'on va avoir une baisse des pensions».

Dans les transports, on comptait 90% de TGV et 80% de TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Le taux de grévistes à la SNCF a atteint 55,6% en moyenne, jamais vu depuis 2007, et 85,7% parmi les conducteurs, selon la direction. Répercussions directes en Suisse: seul un aller et retour Paris-Bâle était prévu ce jeudi, comme vendredi.

Sept des huit raffineries françaises étaient en grève et les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme jeudi et vendredi. Air France a annoncé l'annulation de 30% de ses vols intérieurs et 10% de ses moyen-courriers, EasyJet, Transavia et Ryanair supprimant également des vols.

(nxp/ats)