Politique

08 novembre 2019 09:42; Act: 08.11.2019 13:05 Print

La Roumanie devrait rester très pro-européenne

Bucarest devrait réélire son président sortant très pro-européen à l'occasion de son élection présidentielle le 24 novembre prochain.

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Le président sortant de centre droit Klaus Iohannis pourrait être réélu. (Photo: AFP)

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Le président sortant de centre droit Klaus Iohannis, 60 ans, devrait arriver largement en tête du premier tour et décrocher un second mandat de cinq ans à l'issue du second tour prévu le 24 novembre. Cet inlassable avocat des «valeurs européennes» parle d'une même voix avec Berlin et Paris sur la plupart des sujets concernant les Vingt-huit, une position qui a irrité plus d'une fois les dirigeants populistes de Budapest ou de Varsovie.

La principale inconnue du scrutin porte sur le candidat qui se qualifiera pour le second tour. La deuxième place se jouera entre l'ancienne Première ministre social-démocrate (PSD) Viorica Dancila, fraîchement destituée par le parlement, Dan Barna, chef d'un jeune parti pro-européen (USR) et l'ancien acteur Mircea Diaconu.

Le PSD incertain

Pour la première fois depuis le retour de démocratie, fin 1989, le PSD n'est pas certain d'être présent au second tour de la présidentielle. Cette formation, héritière de l'ancien parti communiste, structure pourtant la vie politique du pays depuis trente ans.

Parti centralisé, très organisé et implanté dans tous les territoires du pays de vingt millions d'habitants, le PSD a gouverné la Roumanie durant la majorité des trois décennies qui ont suivi la sanglante révolution de 1989. Mais ses derniers passages au pouvoir se sont mal terminés.

En 2015, il avait été chassé du gouvernement par une contestation populaire qui a suivi l'incendie d'une discothèque de Bucarest où 63 personnes avaient trouvé la mort. Revenu en force fin 2016 grâce à sa base électorale, plutôt rurale et âgée, le PSD a rapidement affronté un nouveau mouvement durable de protestation lorsqu'il a entrepris de détricoter le système judiciaire, et notamment la législation anticorruption.

Défense des Roumains

Le gouvernement PSD a fini par être renversé le 10 octobre par une motion de défiance. Depuis l'incarcération pour corruption, en mai, de l'ancien chef du parti, Liviu Dragnea, les discours souverainistes se font rares à Bucarest. Cet élu controversé avait enfourché une rhétorique de plus en plus complotiste et défiante à l'égard de l'UE que la Roumanie a intégrée en 2007.

Viorica Dancila, 55 ans, qui lui a succédé à la tête du PSD, a tenté d'exploiter ce filon, en se présentant comme la candidate qui défend les intérêts des Roumains devant Bruxelles. Klaus Iohannis a alors transformé la présidentielle en vote contre les «derniers vestiges du communisme», en référence au PSD.

Pour le politologue Cristian Parvulescu, la Roumanie se distingue de ses proches voisins polonais et hongrois touchés par le repli souverainiste, car le camp pro-européen «a pu se rallier autour d'une institution, à savoir le président Iohannis». Ce dernier, un ancien professeur de physique issu de la minorité allemande, a fait une large interprétation de sa fonction présidentielle pour se poser en contre-pouvoir au gouvernement.

La tentation de «l'empereur»

Si les partis ultraconservateurs qui gouvernent en Hongrie et en Pologne contrôlent tous les centres de pouvoir, la cohabitation entre le chef de l'Etat et le gouvernement roumains a créé ces dernières années «de la concurrence et du pluralisme», soulignent également Manfred Sapper et Volker Weichsel dans le dernier numéro de la revue politique «Osteuropa».

Le gouvernement Dancila a été remplacé lundi par un cabinet libéral dirigé par Ludovic Orban, un pro-européen convaincu, que tout sépare de son homonyme et homologue hongrois Viktor Orban. Mais les observateurs mettent en garde le chef de l'Etat sortant qui se présente en «gardien de la démocratie» tout en refusant les débats électoraux et en se dérobant aux conférences de presse.

«Sommes-nous appelés à élire un empereur dont la seule obligation est de se laisser aduler par les citoyens?», s'est interrogée l'antenne roumaine du Comité Helsinki pour les droits de l'homme.

Contournée par la grande vague migratoire de 2015, la Roumanie n'a pas vu se développer de discours xénophobes mais «le discours hostile aux Roms y est très présent, souligne Cristian Parvulescu, et pourrait se convertir rapidement en discours antimigrants».

(nxp/ats)