Algérie

28 février 2019 20:03; Act: 28.02.2019 20:03 Print

La TV officielle parle, à sa façon, des manifestations

Une dizaine de journalistes qui manifestaient contre la censure ont été arrêtés, jeudi à Alger. La veille, l'audiovisuel public algérien évoquait enfin les manifestations anti-Bouteflika, à mots choisis.

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Une centaine de journalistes des médias algériens, publics et privés, se sont rassemblés jeudi matin à Alger pour manifester contre «la censure». Ils dénonçaient les pressions subies et les restrictions de couverture «imposées par (leur) hiérarchie» du mouvement de contestation actuel. A la veille de nouvelles manifestations annoncées contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat, une dizaine de journalistes ont été interpellés, les uns après les autres, pour des motifs inconnus.

«Libérez nos collègues», ont scandé les manifestants tandis que les journalistes interpellés tambourinaient contre les parois des fourgons de police dans lesquels ils ont été enfermés et qui ont ensuite quitté la place. «Non à la censure!», «4e pouvoir, pas une presse aux ordres», ont encore clamé les manifestants, aussi nombreux que les policiers qui les encerclaient. De nombreux automobilistes ont klaxonné en solidarité ou criaient «Presse libre!», en passant devant le rassemblement, d'après la même source.



Environ deux heures après le début du rassemblement, les très nombreux policiers déployés, certains en tenue anti-émeutes, ont fait évacuer calmement la place, en repoussant les journalistes encore présents vers la rue. Le ministre algérien de la Communication, Djamel Kaouane, a fait une très brève apparition durant ce rassemblement, sans faire de déclaration. Il a ensuite été ramené précipitamment à son véhicule par son escorte.

Réagissant dans un tweet aux arrestations, Reporters sans frontières (RSF) a demandé «la libération immédiate de tous les journalistes interpellés violemment (...) lors de la manifestation des journalistes place de la liberté de la presse».

«Traitement exceptionnel»

L'Algérie connait depuis près d'une semaine un mouvement massif de contestation contre la perspective d'un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et considérablement affaibli à la suite d'un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013.



Les médias audiovisuels publics algériens et les télévisions privées, propriétés d'hommes d'affaires proches du pouvoir, ont durant plusieurs jours totalement passé sous silence le mouvement de contestation. Mercredi, l'audiovisuel public algérien a finalement évoqué, à mots choisis, les manifestations d'étudiants de la journée contre la candidature du président Bouteflika, comme l'explique le Huffington Post en vidéo. La chaîne francophone de la télévision nationale a notamment diffusé des images en milieu de journal du soir, sans que le commentaire évoque le refus du 5e mandat parmi les revendications.

Des journalistes de la radio nationale ont dénoncé dans un texte un silence «imposé par (leur) hiérarchie». Ils en ont profité pour dénoncer l'absence de neutralité à l'antenne, le «traitement exceptionnel» réservé au camp du président Bouteflika et celui «restrictif de l'opposition».

Une journaliste de la radio qui a publiquement démissionné de ses fonctions d'encadrement pour dénoncer cet état de fait a fait savoir que son émission avait depuis été supprimée. Les journalistes de l'audiovisuel public algérien – radio nationale mardi, puis télévision nationale mercredi – se sont tour à tour rassemblés devant leurs sièges pour «la liberté d'informer», des initiatives extrêmement rares en Algérie.

RSF classe l'Algérie à la 136e place sur 180 dans son dernier classement mondial de la liberté de la presse.

(joc/afp)