Fausse jumelle d'Eiffel

23 décembre 2008 08:10; Act: 23.12.2008 08:16 Print

La Tokyo Tower défie la nature depuis 50 ans

Symbole du redressement et de la montée en puissance économique du Japon dans les années d'après-guerre, la Tokyo Tower, inspirée de la Tour Eiffel, tient tête aux séismes et aux typhons depuis 50 ans, encourageant le peuple à lutter contre les adversités.

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«Est-il bien raisonnable d'ériger un monument de plus de 300 mètres dans une cité populeuse ravagée trois décennies plus tôt par un terrible séisme qui tua quelque 140.000 habitants?» se demandaient des citoyens japonais dans les années 1950, lorsque fut révélé le projet de construire une tour d'émission géante au coeur de Tokyo.

D'autres, dans les ministères, étaient mus par des préoccupations plus triviales (améliorer la diffusion des chaînes de TV et radios dans la capitale) et surtout une ambition nationale: montrer au peuple que le Japon, sorti exsangue de la Deuxième Guerre mondiale, est capable de faire mieux que tout autre pays, un édifice plus haut que l'emblématique Tour Eiffel qui enorgueillit Paris depuis 1900.

En 1957, année 32 de l'ère Showa (période de règne de l'Empereur Hirohito), le Japon allait encore cahin-caha, l'occupant américain était parti depuis cinq ans, mais les bisbilles politiques incessantes au sein du Parti Libéral Démocrate (PLD), né deux ans plus tôt, comme le retour sur le devant de la scène de nationalistes militaristes revanchards, rendaient le peuple perplexe.

La construction de la Tokyo Tower devait permettre de détourner les regards vers une icône plus séduisante.

Par précaution, le projet fut confié à un universitaire, Tachyu Naito, spécialiste des techniques de construction parasismiques, une discipline dont il accompagna le développement au Japon en posant les bases de théories toujours pertinentes. On le surnomma «le père de l'architecture antisismique».

«Comme vous le savez, le Japon, pays des tremblements de terre et des typhons, est celui où les conditions de construction d'un tel édifice sont les pires», prévint-il d'emblée.

En trois mois, les chefs de projet dessinèrent quelque 10.000 plans détaillant la future tour d'acier: 333 mètres de haut sur une base carrée de 80 mètres de côté.

Initialement, elle devait mesurer 380 mètres, mais «puisque les techniques ne semblent pas le permettre, tant pis, 333 mètres, c'est toujours 13 de plus que la Tour Eiffel», se consola le père du projet, Hisakichi Maeda, patron de presse converti à la politique.

Il ne fallut pas plus d'un an et demi pour édifier la surnommée Tokyo Tower, entre juin 1957 et décembre 1958, sous les yeux incrédules des Tokyoïtes observant jour après jour la progression stupéfiante des travaux, et surtout les acrobaties en hauteur des quelque 400 jeunes «ouvriers volants», soumis à des vents de 15 mètres par seconde.

Cinquante ans jour pour jour après son inauguration le 23 décembre 1958, la Tokyo Tower, repeinte tous les cinq ans au pinceau de ses deux couleurs «orange universel» et blanc, n'a pas bougé d'un iota.

Pour les Japonais de la «dankai no seidai», génération du baby-boom, elle illustre la fiabilité des technologies nippones et le courage qui animait les travailleurs de l'époque, lesquels voulaient à tout prix «rattraper l'Occident».

Alors que le Japon est aujourd'hui devenu la figure de proue dans moult domaines technologiques, la population se tourne avec nostalgie vers cette époque où la vie des citoyens fut bouleversée par l'arrivée dans les foyers de la télévision, du réfrigérateur, de la machine à laver, de la voiture, des climatiseurs et autres biens matériels «made in Japan».

D'aucuns espèrent que la construction d'une nouvelle tour émettrice à Tokyo, édifice de 610 mètres de haut qui sera achevé en 2012, jouera aussi un rôle stimulant fédérateur dont on saluera toujours l'avénement un demi-siècle après.

(afp)