Thaïlande

01 décembre 2008 11:26; Act: 01.12.2008 11:30 Print

La crise politique pourrait connaître un tournant judiciaire

La crise qui secoue la Thaïlande pourrait connaître cette semaine un tournant alors que la Cour constitutionnelle est susceptible d'ordonner la dissolution du parti au pouvoir, ce que les partisans du Premier ministre dénoncent d'ores et déjà comme un «coup d'Etat déguisé».

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La Cour se penche depuis des mois sur des irrégularités présumées, principalement des «achats de voix», lors des législatives de décembre 2007 remportées haut la main par le Parti du pouvoir du peuple (PPP) de l'actuel chef du gouvernement, Somchai Wongsawat.

«Beaucoup de gens attendent une décision de la Cour constitutionnelle qui doit entendre les plaidoiries finales de la défense» pour boucler son dossier, explique à l'AFP Panitan Wattanayagorn, politologue à l'université Chulalongkorn de Bangkok.

«Si la Cour rend son verdict mardi, si le PPP est dissous, cela change la donne», dit-il.

Aucune date n'a été encore fixée pour le rendu du verdict à l'encontre de responsables du PPP et de deux autres partis de la coalition gouvernementale, poursuivis pour fraude électorale.

Selon la Constitution adoptée en août 2007, sous l'impulsion d'une junte militaire, l'ensemble d'un parti peut être dissous en Thaïlande si un seul de ses responsables est reconnu coupable de fraude électorale.

M. Somchai pourrait donc partir et serait vraisemblablement interdit de toute activité politique, comme le fut son beau-frère, l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un putsch militaire en septembre 2006 et qui vit aujourd'hui en exil.

Le 30 mai 2007, un tribunal mis en place par la junte avait ordonné la dissolution du parti de M. Thaksin, le Thai Rak Thai (TRT, les Thaïlandais aiment les Thaïlandais). Il avait en outre interdit à 111 dirigeants de cette formation, dont M. Thaksin, d'exercer toute activité politique pendant cinq ans.

Anticipant un scénario similaire, le PPP, successeur du TRT, a déjà créé une «coquille» politique encore vide, le Pheu Thai (Pour les Thaïlandais), qui accueillerait tous les membres et les cadres du PPP épargnés par la justice.

Bien qu'en exil, M. Thaksin reste très influent en coulisse. Ses partisans ont largement remporté tous les scrutins législatifs depuis 2001.

C'est précisément contre cette mainmise électorale que s'insurgent les opposants de la «l'Alliance du peuple pour la démocratie» (PAD), à l'origine de l'agitation actuelle.

Accusant M. Somchai d'être «la marionnette» de M. Thaksin, le PAD a juré d'éradiquer «l'héritage Thaksin». Cette coalition hétéroclite représente une partie des élites et des classes moyennes de Bangkok et du sud.

Selon des analystes, le PAD sait pertinemment que les alliés de l'ex-Premier ministre sont quasiment assurés d'une nouvelle victoire électorale, grâce au soutien massif des populations rurales du nord et du nord-est, qui adulent M. Thaksin, lequel s'est toujours montré prodigue à leur égard.

Hostile à toute démocratie populaire qui favorise «la corruption», le PAD a proposé en juillet dernier un nouveau système politique dans lequel 70% des parlementaires seraient nommés et non élus.

Ses militants se réclament du roi qui, fait rarissime, était sorti de la réserve que lui impose la Constitution, pour qualifier de «non démocratique» un précédent scrutin remporté par les alliés de M. Thaksin en avril 2006. Ces élections avaient finalement été invalidées par la justice.

Selon des analystes, une éventuelle invalidation des leaders du PPP lancerait sans doute le signal de la fin des opérations de harcèlement de la PAD mais pourrait aussi déclencher l'ire des troupes pro-Thaksin qui n'hésiteraient pas, à leur tour, à faire le coup de poing.

(afp)