Affaire Grégory

19 février 2019 15:28; Act: 19.02.2019 23:45 Print

La garde à vue de Murielle Bolle n'était pas légale

Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans, avait été placée en garde à vue en 1984 dans le cadre de l'affaire du meurtre du petit Grégory. La Cour de cassation reconnaît ce mardi des mesures «inconstitutionnelles».

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La Cour de cassation a reconnu mardi que la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 dans le cadre de l'affaire Grégory a été effectuée en application de dispositions «inconstitutionnelles». La cour d'appel de Paris de réexaminer la question de son annulation. Ici sur la photo, Murielle Bolle arrive au au palais de Justice de Dijon en 1996. Le procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc, a demandé l'ouverture d'une enquête préliminaire après reçu une lettre anonyme. (Lundi 26 février 2018) Murielle Bolle, témoin clé, a été inculpée jeudi pour «enlèvement», a annoncé son avocat Jean-Paul Teissonnière (ici à l'image). (Jeudi 29 juin 2017) Nouveau rebondissement dans l'affaire Gregory. Les enquêteurs français ont interpellé mercredi Murielle Bolle, témoin-clé qui avait déclaré en 1984 avoir assisté à l'enlèvement de l'enfant. Celle-ci s'était rétractée par la suite. (28 juin 2017) Jean-Marie Villemin, son épouse Christine et un portrait de leur fils, en novembre 1984. Il a été reçu à Dijon par le magistrat chargé de l'enquête «pour aborder avec lui le dossier». (Jeudi 15 juin 2017) Rebondissement dans l'Affaire Grégory. Selon plusieurs médias, trois personnes ont été placées en garde à vue. Et cela plus de 32 ans après l'assassinat de Grégory Villemin, alors âgé de 4 ans. (Mercredi 14 juin 2017) Grégory Villemin a été retrouvé pieds et poings liés dans les eaux froides de la rivière la Vologne le 16 octobre 1984. (photo non datée) L'affaire avait été relancée en 1999, puis en 2008, pour tenter de confondre d'hypothétiques traces d'ADN sur les scellés. Certains mélanges génétiques ont pu être isolés (Ici, les avocats des parents de Grégory, en octobre 2009). Les analyses n'ont rien donné. Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du petit garçon, suivent son cercueil lors de ses obsèques le 20 octobre 1984 à Lépanges-sur-Vologne. (20 octobre 1984) Christine Villemin, la mère du petit Grégory est inculpée d'assassinat sur son propre fils. Elle est entendue au tribunal d'Epinal. (12 juillet 1985). Elle sera totalement innocentée en 1993 au terme d'un non-lieu retentissant pour 'absence totale de charges', formule inédite aux accents d'excuse et d'aveu d'erreur judiciaire. Des journalistes sont présents lors de la reconstitution de l'assassinat de Bernard Laroche par Jean-Marie Villemin, père de Grégory. (20 juin 1985) Jean-Marie Villemin est arrêté pour le meurtre de son cousin Bernard Laroche, le 29 mars 1985. Mais en juillet 1985, le juge opère un spectaculaire revirement: il porte ses soupçons vers Christine Villemin, la propre mère de l'enfant, aussitôt décrite dans certains médias comme une 'ogresse perverse' ou une 'sorcière démoniaque'. Bernard Laroche, un cousin du père de Grégory, dont il jalouse la réussite, est d'abord soupçonné: inculpé d'assassinat, un temps incarcéré, il est cependant remis en liberté le 4 février 1985 (ici le jour de sa libération). Convaincu de sa culpabilité, Jean-Marie Villemin l'abat d'un coup de fusil de chasse. Il sera condamné pour ce meurtre à 4 ans de prison en 1993. La lettre d'un 'corbeau' anonyme revendiquant le meurtre en invoquant une 'vengeance', apparemment postée à l'heure où le corps n'avait pas encore été retrouvé, donne d'emblée à cet horrible fait-divers une dimension mystérieuse. Ici, les parents de Grégory vont reconnaitre le corps de leur fils. (18 octobre 1984) Les investigations des gendarmes sont suivies pas à pas, certains journalistes n'hésitant pas à se faire passer pour eux auprès des proches de la famille ou à payer des témoins, des photographes se livrant à des mises en scène morbides sur la tombe de l'enfant. Ici, les parents de Grégory quittent le Palais de Justice d'Epinal. (27 octobre 1984) De nombreux journalistes assistent à la reconstitution de l'assassinat de Grégory. (30 octobre 1984)

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Une faute?

Trente-cinq ans après l'assassinat du «petit Grégory» dans les Vosges, la Cour de cassation a ouvert mardi la voie à l'annulation d'un élément central de cette énigme criminelle: la garde à vue de Murielle Bolle en 1984.

Celle-ci avait alors accusé son beau-frère d'avoir enlevé l'enfant, puis s'était rétractée. Grégory Villemin, quatre ans, avait été retrouvé dans les eaux de la Vologne le 16 octobre 1984, pieds et mains attachés, sur fond de haines familiales alimentées par un mystérieux corbeau.

Placée en garde à vue début novembre 1984, Murielle Bolle, âgée alors de quinze ans, avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir kidnappé le petit garçon en sa présence. Elle s'était ensuite rétractée en dénonçant la contrainte des gendarmes. Depuis, Mme Bolle n'a cessé de clamer l'innocence de Bernard Laroche, abattu par Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, en 1985. Aujourd'hui encore, sa volte-face reste au coeur de l'enquête.

Grande victoire en novembre

En novembre, le Conseil constitutionnel lui a accordé une grande victoire en censurant plusieurs dispositions de l'ordonnance de 1945 sur «l'enfance délinquante», qui régissait alors le traitement judiciaire des mineurs, telle que rédigée à l'époque.

Les «Sages» estimaient que la garde à vue de l'adolescente s'était déroulée dans des conditions non constitutionnelles, la loi ne prévoyant alors, par exemple, ni présence d'un avocat, ni notification du droit de se taire.

Sans surprise, la Cour de cassation, chargée de tirer les conséquences de cette décision sur le plan judiciaire, a jugé mardi que «la garde à vue de Mme Bolle a été effectuée en application des dispositions déclarées inconstitutionnelles» de l'ordonnance de 1945. Elle a donc renvoyé cette partie du dossier instruit à Dijon devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, qui devra statuer sur l'annulation de cette garde à vue et de toutes les pièces du dossier basées dessus.

«Annuler la garde à vue sera le plus facile, restera ensuite à déterminer quels actes» devront être gommés à sa suite, a commenté Emmanuel Piwnica, l'un des avocats de Mme Bolle. La Cour a en revanche refusé de faire droit à d'autres demandes de Mme Bolle, qui dénonçait la «partialité» du juge Simon, chargé de l'enquête entre 1987 et 1990.

«Grosse culpabilité»

Murielle Bolle est «extrêmement satisfaite», a réagi un autre de ses avocats, Christophe Ballorin. «Elle traînait une grosse culpabilité liée au fait qu'elle incriminait, dans cette garde à vue, Bernard Laroche. C'est sur la base de ces déclarations que Bernard Laroche avait été incarcéré» avant d'être tué par le père de Grégory, a-t-il rappelé.

L'affaire avait connu un rebondissement spectaculaire en juin 2017 avec les mises en examen de Murielle Bolle et du couple Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, pour le rapt mortel de l'enfant. L'accusation privilégie désormais la thèse d'un «acte collectif» avec Bernard Laroche.

Annulées depuis pour des questions de procédure, ces mises en examen pourraient intervenir de nouveau une fois tous les recours purgés. Selon la cour d'appel de Dijon, les propos de Murielle Bolle adolescente sont sans incidence sur sa mise en examen de 2017, «basée sur des éléments nouveaux».

Recherche de la vérité

Chaque camp voit toutefois midi à sa porte quant aux conséquences d'une annulation de la garde à vue. Me Claire Waquet, l'un des avocats des parents Villemin, estime que subsisteraient des déclarations de Murielle Bolle incriminant Laroche, «comme témoin» avant sa garde à vue puis «chez le juge». La décision de la Cour de cassation «ne va pas entraver de façon significative la recherche de la vérité», commente aussi leur avocat historique, Thierry Moser.

Me Ballorin y voit pour sa part «la fermeture définitive de la piste Bolle». Gérard Welzer, l'avocat de Marie-Ange Laroche, veuve de Bernard Laroche, estime quant à lui que «quand le dossier sera renvoyé à Dijon» purgé, «il n'y aura plus rien sur la piste Laroche».

Après son «nettoyage» parisien, le dossier reviendra à la cour d'appel de Dijon: «La chambre de l'instruction de Dijon reste saisie de l'instruction du dossier», a indiqué à l'AFP le procureur général Jean-Jacques Bosc. Le juge Dominique Brault s'y trouve désormais en charge de l'affaire Grégory, après le départ à la retraite de l'ancienne présidente Claire Barbier.

(nxp/afp)