Birmanie

30 mars 2011 08:51; Act: 30.03.2011 17:39 Print

La junte a été officiellement dissoute

La junte birmane a été dissoute mercredi, après l'élection d'un nouveau président dans le pays.

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La junte birmane a été dissoute mercredi et ses pouvoirs transférés à un nouveau président. Cette redistribution des rôles signifie à terme le retrait du généralissime Than Shwe, homme fort du pays depuis près de vingt ans, même si les militaires conservent le contrôle des nouvelles institutions.

Thein Sein, premier ministre sortant et ex-général âgé de 65 ans, a été intronisé président au cours d'une cérémonie au parlement et le gouvernement a été nommé. En outre deux vice-présidents et trente ministres prennent leurs fonctions pour une durée de cinq ans.

Le général Min Aung Hlaing a assisté à la cérémonie en tant que nouveau commandant en chef des armées, poste occupé jusque là par Than Shwe, qui a dirigé le pays d'une main de fer depuis 1992, et dont nul n'imagine qu'il va déserter la scène politique.

En revanche, le Conseil d'Etat pour la paix et le développement (SPDC, nom officiel de la junte) a bel et bien disparu, cédant le pouvoir aux nouvelles institutions «civiles» issues de la Constitution de 2008 et des élections législatives de novembre.

«Dès lors que le nouveau cabinet a pris ses fonctions, le SPDC a été officiellement dissous», a indiqué la télévision gouvernementale en citant un ordre signé de Than Shwe. «Nous réformerons tout le système de gouvernement», a assuré Thein Sein dans un discours à la tribune du parlement.

Le chef des armées, un «pur et dur»

«Je promets que notre gouvernement démocratique coopèrera avec les partis politiques au parlement», a-t-il ajouté en s'engageant à défendre la Constitution de ceux qui voudraient y porter atteinte.

Mais cette transformation apparente en régime civil ne convainc pas tout le monde. «Le grand public (...) n'est pas dupe de ces changements tout à fait cosmétiques», a raillé Maung Zarni, de la London School of Economics. «Ça ressemble plus à une expérimentation» qu'à une démocratisation, a renchérit Aung Naing Oo, analyste birman en exil en Thaïlande.

Le site internet d'exilés birmans Irrawaddy a pour sa part décrit le nouveau patron de l'armée comme un «pur et dur» de la junte. Agé de 54 ans, l'officier aurait notamment «joué un rôle de premier plan» dans la lutte contre les groupes armés rebelles dans l'est du pays.

La victoire écrasante en novembre du Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP) avait permis à la junte de revendiquer sa mutation en un régime civil.

Le pouvoir plus éparpillé

Les Occidentaux ont jusqu'à présent dénoncé une mascarade. Mais certains analystes expliquent qu'au totalitarisme d'un seul homme va succéder un régime autoritaire dont le pouvoir sera réparti entre plusieurs mains, au sein des pouvoirs législatif et exécutif, de l'USDP et de l'armée.

De cet éparpillement, disent-ils, peuvent naître des évolutions potentiellement en rupture avec l'immobilisme de la Birmanie depuis vingt ans.

Après la libération en novembre de la célèbre opposante Aung San Suu Kyi, l'émergence du nouveau régime pourrait relancer plus encore le débat sur la levée des sanctions occidentales, que réclament désormais plusieurs partis d'opposition.

Mais la lauréate du prix Nobel de la paix ne s'est pas jointe à ces appels. La Ligue nationale pour la Démocratie (LND), son parti dissous et totalement écarté du processus électoral, continue de plaider pour leur maintien.

(ats/afp)