Polémique en France

14 avril 2012 10:49; Act: 14.04.2012 11:22 Print

La justice ne censure pas le film de Dieudonné

Un tribunal parisien s'est refusé à interdire à Dieudonné la diffusion et la vente de son nouveau long-métrage, comme le réclamait la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme.

La plainte de la Licra concernait le premier film en tant que réalisateur du Français Dieudonné. (Source: YouTube.com)
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Peut-on rire de tout, y compris de la Shoah? La réponse est «oui», selon un juge des référés du tribunal de grande instance de Paris. Vendredi, l’humoriste controversé Dieudonné a en effet remporté son bras-de-fer contre la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA).

Le 15 janvier, Dieudonné avait présenté en avant-première, dans son théâtre de la Main d'or et sur invitation, son premier long-métrage intitulé «L'antisémite» dont il joue le rôle principal.

Auschwitz tourné en dérision

Après des images qui tournent Auschwitz en dérision, on assiste au tournage d'un film gravitant autour de son personnage alcoolique et violent, déguisé en officier nazi pour un bal costumé. Le négationniste Robert Faurisson joue pendant quelques minutes son propre rôle, la Shoah y est personnifiée en sainte.

Le film ne doit pas être diffusé en salles mais commercialisé sur internet et vendu aux seuls «abonnés» de Dieudonné. La LICRA réclamait le retrait de la bande-annonce postée sur YouTube, ainsi que l'interdiction de diffusion du DVD. Elle demandait également 10’000 euros (environ 13'000 francs) de dommages et intérêts.

Les limites de l’ironie

DE plus, pour la LICRA, un extrait du film diffusé sur YouTube était, selon elle, particulièrement «choquant» et illégal car il comportait des passages «témoignant d’une claire négation de la Shoah à travers l’existence des chambres à gaz, en tant qu’instrument de mort» et «la contestation de l’extermination des juifs dans le cadre d’un plan concerté» par les nazis. Les propos qu’elle contient sont «parfaitement constitutifs du délit d’incitation à la haine raciale».

La LICRA souligne que «cette incitation à la haine s’effectue par un recours constant à de l’ironie qui s’avère déplacée au regard du contexte particulier». Elle précise avoir agi en réaction à de «nombreuses plaintes de militants indignés».

Vendredi soir, la juge des référés Anne-Marie Sauteraud a constaté que la vidéo litigieuse «a été retirée du site www.youtube.com et que le film «L'antisémite» n'a pas été communiqué à ce jour». Du coup, elle estime qu'il n'y a «pas lieu à référé» sur les demandes de la LICRA «à qui il appartiendra, le cas échéant, de saisir la juridiction du fond pour qu'il soit statué sur les infractions invoquées». Me Kaminski se réservait vendredi cette dernière possibilité. Déboutée sur le plan judiciaire, la LICRA ne se disait pas moins satisfaite car, remarquait vendredi son avocat Me David-Olivier Kaminski, le site de l'humoriste ne propose plus le DVD à la vente.

«Nul ne peut se tromper sur son aspect parodique»

Dans son ordonnance, la juge reconnaît que «la plupart des images et propos peuvent être ressentis comme particulièrement choquants et provocateurs» mais, nuance-t-elle, «il n'est pas pour autant établi, avec l'évidence requise en référé, qu'elles constituent» un négationnisme ou une provocation à la haine contre les juifs.

En outre, écrit-elle, «malgré son caractère insidieux et particulièrement outrancier, la séquence n'est nullement présentée comme une thèse scientifique ou sérieuse et nul ne peut se tromper sur son aspect parodique, étant rappelé que le juge n'a pas à se prononcer sur le bon ou le mauvais goût de ce qui est présenté comme humoristique».

(afp)