Allemagne

21 février 2020 10:50; Act: 21.02.2020 12:45 Print

La menace liée à l'extrême droite «très élevée»

Le gouvernement allemand va renforcer la surveillance des lieux sensibles, en particulier les mosquées après la fusillade qui a fait neuf morts mercredi soir à Hanau.

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Des bougies et des fleurs ont été déposées devant un des bars pris pour cible (jeudi 20 février 2020). Suite à la fusillade, la chancelière allemande Angela Merkel fait une déclaration le 20 février 2020 à la Chancellerie de Berlin. Une femme téléphone à l'intérieur de l'un des bars qui a été pris pour cible dans le centre de Hanau (jeudi 20 février 2020). Les officiers de police sécurisent la scène de crime, devant un bar (jeudi 20 février 2020). La police judiciaire travaille près d'une scène de crime devant un bar dans le centre de Hanau, près de Francfort (jeudi 20 février 2020). Des officiers de police sécurisent l'un bar qui a servi de cible lors d'une fusillade à Kesselstad (jeudi 20 février 2020). La police, les services d'urgence et la police judiciaire sont dépêchés sur les lieux (jeudi 20 février 2020). Un des bars pris pour cible lors de la fusillade (jeudi 20 février 2020). La police est arrivée sur les lieux de la fusillade de Hanau dans la nuit. (Jeudi 20 février 2020) Selon les médias locaux, trois personnes ont été tuées devant le premier bar à chicha et cinq devant le deuxième. (Jeudi 20 février 2020) Un important dispositif policier a été déployé à Hanau, située à une vingtaine de kilomètres de Francfort (Hesse). (Jeudi 20 février 2020) Les deux fusillades auraient visé des bars à chicha et fait au moins cinq blessés graves, selon des médias locaux. (Jeudi 20 février 2020) Mercredi soir, le Midnight et l'Arena Bar, des bars à chicha proches de Francfort, ont été les cibles de fusillades. (Jeudi 20 février 2020)

Une faute?

Sous le choc de l'attentat raciste de Hanau et pressé de toutes parts de réagir, le gouvernement allemand a annoncé vendredi un renforcement de la surveillance policière, notamment autour des mosquées, face à une menace d'extrême droite «très élevée».

Les rassemblements en mémoire des neuf victimes de la double fusillade de Hanau, organisés jeudi soir dans une cinquantaine de villes allemandes, ont laissé place à des débuts de polémique sur les armes, la protection des minorités et le rôle incendiaire du parti d'extrême droite AfD.

Le pays a été confronté à trois attentats racistes et antisémites en neuf mois, de l'assassinat d'un élu pro-migrants à la tuerie de Hanau, en passant par l'attaque visant la synagogue de Halle en plein Yom Kippour.

Dans ce contexte, marqué aussi par le démantèlement de groupes prêts à passer à l'acte, «on ne peut plus parler d'actes individuels (...) mais d'un problème politique. Il est temps de le réaliser», résume vendredi le quotidien berlinois «Tagesspiegel».

«Bombes à retardement»

Face à ce «danger numéro un pour la démocratie,» selon la ministre de la Justice Christine Lambrecht, le gouvernement a annoncé vendredi de nouvelles mesures. Les «lieux sensibles», en particulier les abords des mosquées, les aéroports, ainsi que les frontières vont faire l'objet d'une surveillance renforcée, a annoncé le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer.

Le gouvernement d'Angela Merkel avait déjà nettement durci son arsenal législatif et sécuritaire ces derniers mois, en imposant notamment de nouvelles obligations aux réseaux sociaux pour signaler les contenus haineux ou en protégeant mieux élus et militants.

Mais il peine à contrer toutes les menaces, en particulier celle incarnée par des individus solitaires, inconnus de la police et armés en toute légalité, qui passent subitement à l'acte comme le tueur présumé de Hanau. Ces «loups solitaires» qui se radicalisent sur internet, sont «des bombes à retardement que nous devons contrer avec tous les moyens que l'État constitutionnel nous offre», fait valoir la ministre de la Justice.

«Ce qui est déjà fait dans le domaine du jihadisme» en matière de surveillance en ligne, y compris des applications cryptées, doit «aussi être mené dans celui de l'extrémisme de droite», préconise Peter Neumann, spécialiste du terrorisme au King's College de Londres dans le quotidien «Die Welt».

L'auteur présumé de l'attaque de Hanau, inconnu des services de police, avait ainsi un site personnel mêlant théories racialistes et contenus complotistes avant les fusillades. Ces «signaux» doivent à l'avenir être mieux anticipés, fait valoir Peter Neumann.

«Agressivité»

Un autre aspect de la menace concerne un éventuel contrôle plus strict de la détention d'armes. Quelque 5,4 millions d'armes sont en circulation dans le pays, selon le quotidien «Bild».

Le ministère de l'Intérieur s'inquiète en particulier du fait que l'extrême droite radicale se procure de plus en plus d'armes en tous genres. La police a ainsi saisi 1091 armes au total en 2018, contre 676 l'année précédente, dans le cadre d'enquêtes portant sur des délits et crimes attribués à des extrémistes de droite.

Des membres de la droite conservatrice CDU ont ainsi plaidé pour un renforcement de la législation sur les armes, une gageure dans un pays friand de chasse ou de tir sportif, une discipline que pratiquait le tueur présumé de Hanau.

«Les armes automatiques ne peuvent plus être conservées au domicile de particuliers, y compris les tireurs sportifs», a estimé dans un éditorial le «Frankfurter Allgemeine Zeitung.»

Enfin, le drame de Hanau revêt une dimension politique dans un pays marqué par l'irruption depuis 2013 du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), représenté depuis deux ans au parlement.

Cette formation, ouvertement xénophobe et dont des dirigeants critiquent à voix haute la repentance allemande au sujet du nazisme, devrait être placée «sous la surveillance» des services de renseignements, réclame Lars Klingbeil, secrétaire général du parti social-démocrate SPD.

«Quelqu'un a tiré à Hanau, mais beaucoup lui ont fourni des munitions, et l'AfD en fait certainement partie », a-t-il dénoncé sur la chaîne publique ARD. «L'AfD est responsable de la polarisation (...) et de l'agressivité dans le discours politique», résume dans la presse allemande Oliver Decker, spécialiste de l'extrême droite à l'université de Leipzig.

(nxp/ats)