Afrique de l'Est

26 janvier 2020 21:42; Act: 27.01.2020 06:33 Print

La population affronte des nuées «apocalyptiques»

Les criquets envahissent plusieurs pays. Partis d'Ethiopie et de Somalie, ils ont atteint désormais le Kenya. Qui craint pour les prochaines récoltes.

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Les criquets dévorent toute la végétation sur leur passage. (Photo: Keystone/AP)

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Des essaims de criquets affamés d'une ampleur historique, dévastent depuis plusieurs semaines de larges zones d'Afrique de l'Est, à la suite de variations climatiques extrêmes qui pourraient s'avérer catastrophiques pour une région déjà frappée par une sécheresse et des inondations.

Des milliards de ces insectes affamés sont partis de l'Ethiopie et de la Somalie pour se répandre jusqu'au Kenya, où l'Agence des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) a estimé qu'un seul de ces essaims couvrait une surface de 2400 km2, soit la taille du Luxembourg.

Un tel essaim contiendrait quelque 200 milliards de criquets. Et chacun dévore chaque jour l'équivalent de son propre poids (2 grammes), soit un total de 400'000 tonnes de nourriture. L'Ethiopie et la Somalie n'avaient pas vu d'essaims de criquets pèlerins d'une telle ampleur depuis 25 ans, et le Kenya n'avait pas eu à affronter de menace acridienne d'une telle force depuis 70 ans, selon la FAO.

Si rien n'est fait, le nombre d'insectes ravageurs «pourrait être multiplié par 500 d'ici au mois de juin», envahissant le Soudan du Sud et l'Ouganda, dévastant les cultures sur son passage, dans des zones déjà très vulnérables, a mis en garde l'agence de l'ONU.

Cela pourrait provoquer «un problème de sécurité alimentaire de premier plan», a déclaré vendredi Guleid Artan, du Centre de prévision et d'applications climatologiques (ICPAC), relevant de l'organisation régionale Igad, lors d'une conférence de presse à Nairobi.

Pas une punition biblique

Un des experts participant à la conférence de presse à Nairobi a dû rassurer l'assistance et expliqué que l'invasion de criquets survenant après la sécheresse et les inondations n'étaient pas les signes avant-coureurs de l'Apocalypse annoncée par la Bible.

Les essaims géants sont entrés au Kenya en décembre, ravageant sur leur passage la prairie du nord et du centre du pays. Si les agriculteurs ont été relativement épargnés, leurs champs ayant déjà été moissonnés, les éleveurs sont frappés de plein fouet par une invasion qui détruit les moyens de subsistance de leurs animaux. Son impact est d'autant plus grand que les éleveurs venaient de subir trois années de sécheresse.

Pesticides épandus par avion

Face à la menace, des Kenyans ont eu recours à tous les moyens artisanaux possibles pour les chasser, agitant des bâtons, frappant sur des boîtes de conserves ou même ouvrant le feu à coups de fusil. En vain. En revanche, le Kenya dispose de cinq avions, qui dispersent des pesticides sur les essaims, a précisé Stephen Njoka, directeur de l'organisme sous-régional qui surveille les criquets pèlerins en Afrique de l'Est (la Desert Locust Control Organisation for Eastern Africa), basé à Nairobi.

Il assure que les produits chimiques utilisés ne sont pas dangereux pour la santé des humains et que les autorités font de leur mieux pour limiter les dommages aux autres insectes, notamment pollinisateurs.

Des opérations similaires ont lieu en Ethiopie et en Somalie, mais dans ce dernier pays, elles sont parfois entravées par l'insécurité qui règne dans certaines régions, selon la FAO.
«Ce nouveau désastre présage mal de l'année 2020. Le climat imprévisible en 2019 et dans la décennie précédente a déjà gravement érodé la capacité des familles à récupérer de la crise», s'inquiète Ian Vale, directeur régional pour l'Afrique de l'Est et du Sud de l'organisation Save the Children.

(afp)