Venise

30 août 2019 23:45; Act: 30.08.2019 23:45 Print

Le «J'accuse» de Polanski divise la Mostra

Le parallèle entre la vie du cinéaste et l'histoire qu'il raconte dans «J'accuse» a suscité des critiques vendredi.

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Le Lion d'or revient à Todd Phillips (à gauche) pour son film «Joker» (Samedi 7 septembre 2019) Grand Prix du jury à «J'accuse» de Roman Polanski. (Samedi 7 septembre 2019) L'italien Luca Marinelli reçoit le prix d'interprétation masculine pour son rôle dans «Martin Eden» (Samedi 7 septembre 2019) Entre 300 et 400 manifestants se sont invités sur le tapis rouge du Festival de Venise pour protester contre le réchauffement climatique et les paquebots qui détériorent la ville italienne. (Samedi 7 septembre 2019) (Samedi 7 septembre 2019) (Samedi 7 septembre 2019) Le cinéaste Gaspar Noé a présenté à la Mostra de Venise une nouvelle version «inversée» de son sulfureux «Irréversible», qui avait fait scandale il y a 17 ans pour sa scène de viol, un film que «plus personne aujourd'hui n'oserait financer» selon lui. (1er septembre 2019) L'actrice espagnole Penélope Cruz est venue présenter à la Mostra de Venise le film d'Olivier Assayas «Cuban Network», sur l'histoire vraie d'un réseau d'espions cubains à Miami. (Dimanche 1 septembre 2019) «Woman», le documentaire de Yann Arthus Bertrand, présenté dimanche à la Mostra, donne la parole aux femmes du monde, qui expriment leurs souffrances et leur capacité à les surmonter. (1er septembre 2019) Vincent Cassel présent à la projection du film «Irreversible - Inversion Integrale». (31 août 2019. Vincent Cassel et sa jeune épouse Tina Kunakey. (31 août 2019) Gaspard Noe, Vincent Cassel, Alberto Barbera et Monica Bellucci lors de la projection de «Irreversible - Inversion Integrale». (31 août 2019) L'actrice Zazie Beetz, tout à gauche, en compagnie de Joaquin Phoenix et du réalisateur du film «Joker», lors de la première à Venise. (Samedi 31 août 2019) L'acteur anglais Nicholas Hoult lors de la première mondiale du film «Joker». (Samedi 31 août 2019) L'acteur américain Joaquin Phoenix, venu présenter en avant-première mondiale le film «Joker», sur les origines du célèbre adversaire de Batman. (Samedi 31 août 2019) Kristen Stewart salue ses fans. (30 août 2019) Emmanuelle Seigner et Jean Dujardin lors de la présentation du film «J'accuse» de Roman Polanski. (30 août 2019) Louis Garrel lors de la présentation du film «J'accuse» de Roman Polanski. (30 août 2019) Vincent Cassel et sa femme Tina Kunakey lors de la présentation du film «J'accuse» de Roman Polanski. (30 août 2019) Jean Dujardin et sa femme Nathalie Pechalat lors de la présentation du film «J'accuse» de Roman Polanski. (30 août 2019) Kristen Stewart lors de la présentation du film 'Seberg'. (30 août 2019) Le cinéaste Pedro Almodovar a reçu un Lion d'or pour sa carrière à la Mostra de Venise. (Jeudi 29 août 2019) L'acteur Brad Pitt était présent pour présenter son film «Ad Astra» à la Mostra de Venise. (Jeudi 29 août 2019) L'acteur Brad Pitt en compagnie de Liv Tyler. (Jeudi 29 août 2019) Catherine Deneuve et Juliette Binoche ont foulé le tapis rouge aux côtés du cinéaste japonais Hirokazu Kore-Eda, pour le film «La Vérité». (28 août 2019) Deneuve et Binoche sur le tapis rouge. (Venise, 28 août 2019) Deneuve et Binoche sur le tapis rouge. (Venise, 28 août 2019) Catherine Deneuve et Juliette Binoche, à la projection du film «La Vérité», drame familial en compétition pour le Lion d'or. (28 août 2019) Ouverture de la Mostra de Venise avec les actrices Deneuve et Binoche. (28 août 2019)

Une faute?

Le «J'accuse» de Roman Polanski sur l'Affaire Dreyfus a suscité de premières réactions contrastées vendredi soir à la Mostra de Venise, des critiques saluant les qualités de l'oeuvre tandis que certains s'interrogent sur le parallèle dressé par le cinéaste entre le film et sa vie, en pleine polémique sur sa sélection.

Le réalisateur franco-polonais de 86 ans, toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol en 1977 d'une adolescente, n'est pas apparu pour présenter son film dans la soirée sur le tapis rouge de la Mostra.

Sa femme Emmanuelle Seigner, qui joue dans «J'accuse», était là en revanche aux côtés de ses partenaires du film : l'Oscarisé Jean Dujardin, qui joue le lieutenant-colonel Georges Picquart, le personnage principal du film, et Louis Garrel, qui incarne Alfred Dreyfus, tous deux se pliant à l'exercice des photos et des autographes.

Thriller sur fond d'espionnage, «J'accuse» fait partie des 21 films en compétition pour le Lion d'or. Il raconte l'Affaire Dreyfus, un scandale majeur de la IIIe République (1894-1906), du point de vue du lieutenant-colonel Georges Picquart qui avait réhabilité le capitaine injustement condamné, incarné avec intensité par un Jean Dujardin sobre et convaincant.

Qualités cinématographiques

Les premières critiques ont plutôt salué les qualités cinématographiques du film : le «Figaro» a jugé Jean Dujardin «audacieux et nuancé», le journal britannique «The Guardian» a qualifié le film de «beau et engageant», le magazine américain spécialisé Variety l'a trouvé «agencé de façon grandiose», et le britannique «Screen» l'a trouvé «sobre» et «méticuleux» et Jean Dujardin «excellent».

Pour «The Hollywood Reporter», en revanche, le long métrage est «méticuleux» mais «le résultat manque bizarrement d'émotion», tandis que plusieurs critiques ont exprimé des réserves quant au sous-texte du film, Roman Polanski voyant dans cette histoire un écho à la sienne.

«Le cinéaste controversé peut-il faire des parallèles entre sa situation personnelle et ce compte-rendu solide de l'Affaire Dreyfus» ?, s'interroge le Guardian, tandis que, au-delà de ses qualités de cinéma, le Figaro voit dans «J'accuse» un «film à thèse».

Pour «Variety» également, il «manque quelque chose au film, peut-être parce que le réalisateur pense que c'est sur lui», le journal jugeant «obscène» le parallèle dressé par Roman Polanski entre sa situation et l'histoire de Dreyfus, «un homme innocent».

«Tribunal moral»

Roman Polanski a dit à plusieurs reprises qu'il voyait dans cette affaire un écho à sa propre histoire, s'estimant «harcelé» et «persécuté». Des propos qu'il réitère dans le dossier de presse. «Je connais bon nombre de mécanismes de persécution qui sont à l'oeuvre dans ce film et cela m'a évidemment inspiré», dit-il.

Interrogée vendredi après-midi devant les journalistes sur «ce sentiment de persécution» ressenti par Roman Polanski, qui se retrouve dans ses films, Emmanuelle Seigner s'est contentée de dire qu'il était «assez simple de le comprendre». «Il suffit de voir sa vie», a-t-elle ajouté.

Le producteur italien Luca Barbareschi avait pris soin au début de cette conférence de presse d'appeler à laisser «derrière nous toute polémique» pour se concentrer sur le film. «Ici, ce n'est pas un tribunal moral», avait-il ajouté.

Critiques des féministes

La présence de «J'accuse» en lice pour le Lion d'or a suscité ces dernières semaines de vives critiques de la part des féministes. La présidente du jury Lucrecia Martel avait elle-même confié être «très gênée» par la sélection du film et fait savoir qu'elle «n'assisterait pas» à la soirée officielle. Elle était ensuite revenue sur ses propos, disant n'être «en aucune façon opposée» à sa présence en compétition.

Dans le sillage de #MeToo, le réalisateur s'attire depuis plusieurs années les foudres des féministes, qui n'acceptent pas que ses films continuent à être montrés dans des festivals, tandis que l'Académie des Oscars a décidé de l'exclure l'an dernier.

Roman Polanski avait plaidé coupable en 1977 de détournement de mineure pour avoir eu des relations sexuelles illégales avec Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans. Il a fui les Etats-Unis à la suite d'un changement de position du juge, qui risquait de le condamner à une peine plus lourde que prévue. Les procureurs américains cherchent toujours à le faire revenir dans ce pays pour qu'il y reçoive sa sentence.

(nxp/afp)