États-Unis

01 juin 2012 11:25; Act: 01.06.2012 15:41 Print

Le «sel de bains», la drogue qui rend fou

par Jean-Vincent Russo, New York - L'affaire du sans-abri abattu samedi à Miami alors qu'il dévorait un autre homme met en lumière un phénomène inquiétant: l'utilisation grandissante d'une drogue synthétique très violente.

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L’histoire du cannibale de Miami a fait la une de l’actualité en début de semaine. Ce jeune sans-abri était en train de manger les chairs du visage d’un autre sans-abri lorsqu’il a été abattu par la police de la ville. Mais l'affaire attire également les projecteurs sur un phénomène dont l'ampleur s'accroît aux Etats-Unis: une nouvelle drogue synthétique, c’est-à-dire mise au point par l’homme. Nom de rue: «sels de bains». Selon un représentant des autorités, Rudy Eugène, le cannibale de 31 ans était sans doute sous leur emprise.

Derrière cette dénomination qui prête à sourire se cache une substance extrêmement violente. «Dans les hôpitaux, les patients arrivent en se comportant bizarrement. Ils ont besoin d’être calmés et expliquent qu’ils ont pris des 'sels de bains', mais les médecins n’ont aucune idée de ce dont il s’agit. La cocaïne et la méthadone, on connaît, mais ça c’est différent», explique Mark Ryan, directeur du Louisiana Poison Center.

Envie de se déshabiller

Les effets sont d’abord l’augmentation de la température du corps (ce qui provoque souvent l’envie de se déshabiller), l’insensibilité à la douleur, des délires, des hallucinations, et de longues euphories ou crises de paranoïa. Egalement: un déchaînement de violence et le développement d’une force décrite par certains témoins comme «surhumaine».

Entre 50 et 100 dollars le gramme, les «sels de bains» peuvent être fumés, sniffés ou injectés par intraveineuse. Les utilisateurs sont souvent des jeunes de moins de 30 ans.

Vendue légalement

Conçue par des «chimistes de rue», cette drogue a pendant plusieurs années été vendue légalement dans des petits magasins de quartiers, dans la rue ou sur le Net (où elle est encore disponible), sous des étiquettes aussi diverses que «nutriment pour plantes», «insecticide» ou «sels de bains», qui lui a donné son nom.

L’année dernière, une vague de décès et d’incidents graves a alerté les autorités américaines. Plus de 6000 cas ont été recensés, contre 300 en 2010, soit 20 fois plus. Trois des composants légaux jusqu'à cette date - la méphédrone, la méthylone, et la MDPV (Methylenedioxypyrovalerone)- ont alors été interdits sur le sol américain. La plupart des Etats américains considèrent désormais les «sels de bains» comme illégaux. Mais le gouvernement fédéral, même s’il observe et note l’aspect «hautement addictif» de cette drogue, n’a pas encore légiféré.