Justice américaine

30 juin 2011 07:06; Act: 30.06.2011 07:15 Print

Le FBI monte un complot, ils prennent 25 ans

Trois hommes ont écopé de 25 ans de prison pour avoir tenté de faire sauter une synagogue. Mais le bât blesse: c'est le FBI qui avait monté toute l'affaire.

Une faute?

Trois hommes ont été condamnés mercredi à New York à 25 ans de prison au terme d'une affaire de terrorisme montée de toutes pièces par le FBI. La juge du tribunal fédéral de Manhattan a prononcé les peines à contre-coeur, en critiquant le rôle du bureau fédéral.

Les trois hommes, de 30 ans, 35 ans et 45 ans, avaient été arrêtés le 20 mai 2009 après une opération menée par le FBI pendant un an par l'intermédiaire d'un informateur agissant sous couverture qui leur avait fourni des explosifs inutilisables.

Ils avaient été interpellés alors qu'ils s'apprêtaient à poser des «bombes» -en fait des leurres fournis par l'informateur- près de deux synagogues dans le quartier de Riverdale dans le Bronx.

«Le fait que toute l'opération ait été une arnaque ne change rien», a estimé le procureur David Raskin. «Ils avaient toujours le choix de se désengager. Les bombes qu'ils projetaient de poser pouvaient tuer beaucoup de monde», a-t-il estimé.

En octobre dernier, un jury fédéral avait reconnu les trois hommes coupables de huit chefs d'inculpation.

Les plus graves, «complot en vue d'utiliser des armes de destruction massive», «tentative d'acquisition de missiles anti-aériens», et «tentative de meurtre de fonctionnaires américains», leur faisaient encourir une peine comprise entre 25 ans de prison et la perpétuité.

Juge contrainte

La juge était donc contrainte de les condamner au moins à 25 ans. «Je ne peux pas ne pas appliquer la loi, mais je crois que l'attitude du gouvernement doit changer», a déclaré Colleen McMahon, dans une claire référence au fait que l'affaire a été montée de toutes pièces, comme le fait régulièrement le FBI.

L'informateur du FBI a mis très longtemps avant de convaincre l'un des accusés de se lancer dans cette opération. Ce «petit trafiquant de drogue», tel que l'ont décrit les avocats et la juge, n'a cédé que lorsqu'il a perdu son emploi dans un magasin de la chaîne Wal-Mart et s'est retrouvé criblé de dettes, tandis que l'informateur lui promettait argent, voitures et vacances. Et il a aussi eu du mal à trouver ses complices. «Il ne les connaissait même pas», a plaidé l'avocate Susanne Brody.

«Le gouvernement a à l'évidence construit le crime, sélectionné les chefs d'accusation, tout fourni, si cela n'est pas suffisant pour prononcer un non-lieu, je ne vois pas ce qu'il vous faut», a poursuivi l'avocate. «Ceci est un piège et une manipulation de peines», a-t-elle ajouté. .

(ats/afp)