France

05 juillet 2014 14:23; Act: 05.07.2014 14:33 Print

Le Festival d'Avignon tente un nouveau départ

Après une ouverture ratée en raison d'une grève des intermittents du spectacle, le festival de théâtre créé par Jean Vilar tentait samedi de repartir du bon pied.

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Vendredi, les grévistes ont étendu des banderoles sur le Palais des Papes. (Photo: Keystone/AP/Claude Paris)

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Quatre premières sont programmées samedi soir, dont la mythique pièce le «Prince de Hombourg» dans la Cour d'honneur du Palais des Papes. La veille au soir, la représentation de la pièce de Heinrich von Kleist a fait les frais de la grève. En lieu et place de la première représentation, les rares badauds ont pu voir une projection militante sur l'immense façade du palais papal, en soutien aux artistes et techniciens. Les grévistes s'opposent à la nouvelle convention d'assurance-chômage qui durcit leurs conditions d'indemnisation.

Des slogans en lettres blanches se détachaient sur fond rouge: «Pas de fausses promesses», «Indignons-nous», ou «Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous». L'annulation des deux spectacles d'ouverture se chiffre à quelque 29'000 euros, rien qu'en billetterie, selon le directeur du festival Olivier Py.

Le Festival d'Avignon est la manifestation culturelle la plus emblématique de l'été en France. Il draine chaque année des dizaines de milliers de visiteurs français et étrangers.

Spectre de l'annulation totale

Le personnel du festival a fait savoir qu'aucune autre grève n'était prévue à ce stade. Et le véritable coup d'envoi du festival devait intervenir samedi avec le démarrage du «Off», rassemblement de 1083 troupes de théâtre. L'immense majorité d'entre elles était bien décidée à jouer.

«Je voudrais que le public sache que le festival Off va tenter de jouer par tous les moyens», a déclaré vendredi soir Greg Germain, président de l'association qui l'organise. «On ne peut pas tirer un trait sur un an d'investissement artistique, humain et financier», a-t-il ajouté.

Le collectif représentant les techniciens et artistes du «In» avait répondu à l'appel «massif» à la grève, lancé pour l'ouverture d'Avignon. Mais le spectre de l'annulation totale de ce prestigieux festival s'est éloigné après que 80% du personnel a voté mardi contre une grève frappant l'ensemble des représentations.

Les divisions se creusent

Sur le terrain, des éléments radicaux de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) espéraient encore convaincre les équipes des spectacles de se mettre en grève. Les divisions au sein du mouvement se creusent depuis plusieurs jours.

Le collectif du personnel du festival s'est désolidarisé de certaines actions, comme l'irruption de militants pendant une répétition du «Prince de Hombourg» mercredi soir. Ou encore le vol de denrées dans un supermarché pour une manifestation «avec caddies», censée symboliser la précarité.

La Coordination a appelé à une grève le 7 juillet, le syndicat CGT Spectacle le 12. L'incertitude continue donc de planer sur la suite du plus prestigieux des festivals français.

Vendredi, Olivier Py, dont c'est la première année à la tête du festival, s'est déclaré respectueux du droit de grève. Mais il a rappelé que «le combat des intermittents doit rester dans un cadre légal».

Déjà la grève de la SNCF

Selon l'office du tourisme, le niveau des réservations n'a pas pâti des perturbations. Les gérants d'un hôtel de charme du centre-ville craignaient toutefois leur impact sur la clientèle étrangère. «Nous avons déjà eu la grève de 10 jours de la SNCF (chemins de fer français), et une saison médiocre à cause de la crise», déploraient-ils.

En 2003, le durcissement du régime des intermittents avait entraîné l'annulation des festivals d'Avignon et d'Aix-en-Provence. A Aix-en-Provence justement, la première de l'opéra de Rossini «Il Turco in Italia» a également été annulée vendredi soir. Cela représente un coût minimum de 150'000 euros, selon le directeur du festival d'art lyrique Bernard Foccroulle.

(ats)