Sri Lanka

23 avril 2019 09:43; Act: 23.04.2019 12:09 Print

Le blocage des réseaux sociaux fait polémique

Colombo a pris des mesures après la vague d'attentats qui a frappé le pays ce week-end. Les défenseurs de la liberté d'expression s'inquiètent.

Sur ce sujet
Une faute?

La décision des autorités sri-lankaises de bloquer les réseaux sociaux après la série d'attentats meurtriers de dimanche illustre la méfiance envers ces plateformes, mais certains pointent une atteinte à la liberté d'expression et à l'accès à l'information. Cette décision est intervenue alors que les réseaux sociaux sont vigoureusement critiqués à travers le monde, accusés de laisser proliférer désinformation et contenus incitant à la haine ou à la violence.

Une vague coordonnée d'attentats suicides contre des églises célébrant la messe de Pâques et des hôtels a fait au moins 310 morts dimanche au Sri Lanka. Selon le groupe de défense des droits numériques NetBlocks, les autorités ont bloqué Facebook, ses filiales WhatsApp et Instagram et son service de messagerie Messenger, mais aussi YouTube (Google), la messagerie Viber ou le réseau social Snapchat.

C'est la deuxième fois que Colombo prend cette mesure, inaugurée l'an dernier lors d'une vague de violences. Une démarche qui illustre le changement radical de l'image des réseaux sociaux, vus il y a encore quelques années – au moment des révolutions arabes de 2011 en particulier – comme les vecteurs d'une expression et d'une information libres.

«Empêcher les rumeurs»

«Certains gouvernements, dans le monde entier, y compris ceux qui utilisent les réseaux sociaux et les médias d'État, ont compris le risque posé par des plateformes comme WhatsApp», a estimé Jennifer Grygiel, spécialiste du sujet à l'Université de Syracuse (est). «Ils agissent vite maintenant lors d'actes de terrorisme pour empêcher les rumeurs et d'éventuelles violences, mais la facilité avec laquelle ils peuvent fermer les plateformes montre aussi combien ils ont de pouvoir et de contrôle sur ces compagnies, et (démontre) le besoin de protéger la presse libre», a-t-elle ajouté.

Colombo a sans doute été d'autant plus prompt à couper ces réseaux qu'une polémique avait éclaté après un double attentat anti-musulmans en mars en Nouvelle-Zélande : l'assaillant avait filmé la tuerie et l'avait retransmise en direct sur Facebook, qui avait, comme YouTube notamment, eu énormément de mal à supprimer ces images qui s'étaient répandues très vite sur le web.

Accélération de la désinformation

Selon NetBlocks, la décision du Sri Lanka a, qui plus est, pu être contre-productive. «Les restrictions d'internet accélèrent la propagation de la désinformation pendant une crise, car les sources fiables d'informations sont coupées» aussi, a tweeté l'organisation.

La décision de Colombo – qui veut maintenir l'interdiction le temps de son enquête – est problématique, pense aussi Amy Lehr, chargée des droits humains au sein du groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies. «Nous sommes tous dans la compassion en cas d'attentat terroriste, mais que se passerait-il en cas de manifestation prodémocratie en Iran?», s'interroge-t-elle. «Qui décide qu'il s'agit d'une urgence?», demande encore Mme Lehr.

Plus de «safety check»

En bloquant Facebook, le Sri Lanka a aussi bloqué la fonction «safety check», qui permet aux utilisateurs situés dans une zone touchée par une catastrophe de signaler qu'ils sont «en sécurité». «Les gens ont besoin des plateformes numériques pour avoir une information fiable et contacter leurs proches», a estimé sur Twitter Allie Funk, de l'association de protection des droits humains Freedom House. Cette décision est «dangereuse», estime-t-elle.

De plus, selon des études universitaires, le blocage des réseaux sociaux est susceptible de mener à davantage de violences au lieu de les limiter. Jan Rydzak, de l’Université Stanford (ouest), avait ainsi écrit en février qu'en Inde, cela «avait été beaucoup plus souvent associé à des hausses de cas de violences collectives».

Cette décision est «une conséquence inévitable et malheureuse de l'incapacité des plateformes d’arrêter l'amplification» sur internet des complots et de la colère, pense pour sa part Karen Kornbluh, ancienne conseillère à la Maison-Blanche, aujourd'hui chargée des questions de démocratie numérique au sein du think tank German Marshall Fund. «Cela illustre l'idée fausse selon laquelle tout changement dans les pratiques des plateformes (internet) aboutirait à étouffer la liberté d'expression (...), si elles continuent à amplifier la désinformation, cela conduira à moins de liberté d'expression sur internet», ajoute-t-elle.

(afp)

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 72 heures est automatiquement désactivé en raison du très grand nombre de messages que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Lisa le 23.04.2019 11:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pourtant pas compliqué

    Si les gens veulent informer leurs proches quils sont sains et saufs, un coup de fil cest si facile ! Ça évitera à ces réseaux sociaux de publier tout et nimporte quoi!

  • Jean Connais le 23.04.2019 12:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bin voyons

    Ces réseaux ne servent que de l'intox et des fausses nouvelles. Si ça dépendait de moi, j'aurais déjà vérrouille Facebook and Co comme une belle portion d'internet, depuis belle lurette. Des machins qui créent de la dépendance, chronophages, qui ne servent la plupart du temps qu'à propager n'importe quoi. Vous ai-je choqués ? Reflechissez et vous verrez que j'ai raisons.

  • pam169 le 23.04.2019 16:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Réseaux sociaux, un poison.

    C'est très bien. Ces réseaux n'ont pas grand chose à voir avec ce qu'ils prétendent être: « sociaux ». En fait ils sont les vecteurs privilégiés de la propagation de fausses informations ou de rumeurs. Un poison.

Les derniers commentaires

  • Pit le 24.04.2019 06:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bonne réaction

    Quand je lis vos commentaires qui ne font qu'attiser la haine contre tout et n'importe quoi sous des prétextes débiles, je me dis qu'ils ont raison d'avoir bloqué les réseaux sociaux pour éviter plus de violences.

  • Marie le 24.04.2019 06:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Accès satellite pour tous

    Grace au réseaux sociaux nous pouvons avoir accès à d'autres info, hors des médias mainstream, qui permet de réaliser à quel point la presse est dirigée. Aucun journal ne parle de toutes les églises saccagées en France depuis quelques années, aucun média ne parle des incroyables célébrations annuelles pour la naissance et la mort de Louis XVI, décapité par les terroristes de l'époque, aucun média ne parle des exactions commises par les «chances importées» comme ces femmes voilées, le bus aux enfants brûlé etc. Penser que l'état peut couper ces canaux d'information fait froid dans le dos...

    • Tom Granger le 24.04.2019 14:49 Report dénoncer ce commentaire

      Mais aussi

      Dans le registre des choses qui font froid dans le dos, la nostalgie de Louis XVI n'est pas en dernière position, bien qu'elle prête aussi à sourire. A quand un canal de "réinformation" pour les royalistes en Suisse ?!

  • Visibilité et témoignage le 23.04.2019 22:04 Report dénoncer ce commentaire

    Droits humains

    Grâce à l'internet nous avons pour la première fois dans l'histoire de l'humanité un véritable instrument pour dénoncer l'injustice, donné à tout un chacun. Bien sûr, il y aura toujours des inconvénients qui vont avec, c'est normal. Mais étouffer ce moyen d'expression revient ni plus ni moins à enlever l'espoir d'un monde meilleur.

  • mika le 23.04.2019 20:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    moutons

    ils ont trouver la sorti de crise , DAESH. ... les réseau seront ouvert. négociation avec les séparatistes hindous ou les tigres. DAESH et mort de chez mort pouvais trouver mieu je pense....

  • pam169 le 23.04.2019 16:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Réseaux sociaux, un poison.

    C'est très bien. Ces réseaux n'ont pas grand chose à voir avec ce qu'ils prétendent être: « sociaux ». En fait ils sont les vecteurs privilégiés de la propagation de fausses informations ou de rumeurs. Un poison.

    • un touriste isolé le 23.04.2019 18:12 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @pam169

      vous devez être ds votre fauteuil chez vous? pour ceux qui sont au Sri Lanka qui ont vécu de prêt ou de loin ces terribles événements, les réseaux sociaux ont ça de bien c estimate qu'ils permettent de rassurer rapidement les familles. et la actuellement c est la galère, bien-sûr toute relative comparée aux personne blessées ou a leur famille.

    • Rom Andco le 24.04.2019 01:32 Report dénoncer ce commentaire

      Aussi au Sri-Lanka

      Désolé, mais je suis aussi au Sri Lanka, j ai été rassuré que les réseaux sociaux soient bloqués, on a évité une escalade de violence qui aurait été dangereuse pour tous. Et nous avons d autres moyens de prévenir, les sms fonctionnent...