Italie

27 juin 2019 14:37; Act: 28.06.2019 07:03 Print

Le bras de fer se poursuit autour du Sea-Watch

Matteo Salvini s'oppose fermement à tout débarquement des migrants du Sea-Watch 3 à Lampedusa, à moins qu'ils ne soient transférés hors d'Italie.

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Les migrants du Sea Watch 3 font face à Lampedusa mais ils ne peuvent toujours pas débarquer. (Photo: AFP)

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Le Sea-Watch, qui a forcé mercredi le blocus italien, était à l'arrêt jeudi en face du port de l'île de Lampedusa, tandis que d'autres migrants débarquaient et qu'un navire humanitaire espagnol reprenait la mer.

«Nous avons attendu une nuit, nous ne pouvons pas attendre plus. On ne peut pas jouer avec le désespoir de personnes dans le besoin», a écrit l'ONG Sea-Watch jeudi matin en réclamant une solution pour les 42 migrants bloqués à bord depuis 15 jours.

Mais le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, s'oppose fermement à tout débarquement des migrants, à moins qu'ils ne soient immédiatement transférés aux Pays-Bas, pays dont le navire bat pavillon, ou en Allemagne, pays de l'ONG Sea-Watch.

A Bruxelles, le commissaire européen chargé des migrations, Dimitris Avramopoulos, a affirmé que plusieurs pays européens étaient prêts à participer à une répartition de ces migrants mais qu'une solution ne serait possible «qu'une fois les personnes débarquées».

Bras de fer entre Rome et Bruxelles

Pour accentuer la pression, M. Salvini a menacé que l'Italie n'identifie plus les migrants à leur arrivée, afin de les laisser gagner plus facilement le reste de l'Europe. La Commission européenne a répliqué en menaçant Rome d'une nouvelle procédure d'infraction.

Dans son communiqué, M. Avramopoulos a aussi appelé les secouristes à respecter les consignes des autorités de coordination.

Les 42 migrants du Sea-Watch ont été secourus dans la zone de responsabilité de la Libye, qui a proposé de les débarquer à Tripoli. Mais l'ONG, appuyée par l'ONU, estime que leur sécurité n'est pas garantie dans le chaos libyen.

Parallèlement, M. Salvini exige l'arrestation de l'équipage du Sea-Watch et la saisie du navire. Il l'avait déjà demandé lors de précédents épisodes où des navires humanitaires, en particulier le Sea-Watch, avaient débarqué en Italie des migrants secourus au large de la Libye, mais les juges ne l'avaient pas suivi.

Depuis, le gouvernement italien a adopté un «décret-loi sécurité bis» qui a permis à M. Salvini d'interdire expressément au Sea-Watch de pénétrer dans les eaux italiennes.

Cagnotte sur internet

Un ordre auquel la capitaine du navire, Carola Rackete, 31 ans, a sciemment désobéi. «Je suis prête à aller en prison pour cela», a-t-elle déclaré mercredi, affirmant s'en tenir au droit maritime.

«J'espère que dans les prochaines heures, il y aura un juge pour affirmer qu'il y a des hors-la-loi à bord de ce bateau, à commencer par la capitaine», a insisté M. Salvini jeudi matin à la radio.

La jeune femme et les responsables de Sea-Watch risquent des poursuites pour aide à l'immigration clandestine et, en vertu du nouveau décret-loi, une amende de 50'000 euros et la saisie du navire.

Un appel aux dons a été lancé mercredi sur Facebook pour payer les frais de justice de l'ONG: jeudi en milieu de journée, il avait déjà récolté plus de 130'000 euros.

Près de 500 migrants en deux semaines

Et pendant que les 42 migrants patientent sur le Sea-Watch, les arrivées se poursuivent: 34 migrants ont été interceptés mercredi soir par une vedette de la police italienne et conduits en Sicile.

Dix autres sont arrivés jeudi à l'aube à bord d'une petite barque vraisemblablement partie de Tunisie, qui est passée non loin du Sea-Watch et a pénétré dans le port.

Au total, près de 500 migrants ont débarqué en Italie ces deux dernières semaines, selon les statistiques du ministère de l'Intérieur.

Dans le même temps, le navire Open Arms, de l'ONG espagnole Proactiva Open Arms, faisait route jeudi vers la zone de secours au large de la Libye.

Bloqué à Barcelone pendant plus de trois mois par les autorités espagnoles, le navire avait été autorisé en avril à reprendre la mer pour porter du matériel de secours dans les îles grecques, à condition de ne pas se rendre au large de la Libye sous peine de 200'000 à 900'000 euros d'amende.

Après une escale à Naples cette semaine, il a finalement mis le cap sur cette zone mercredi soir. «Notre mandat est de secourir les gens, nous allons là-bas pour témoigner et faire notre possible pour qu'aucune vie ne soit perdue», a expliqué une porte-parole à l'AFP.

(nxp/ats)