France

30 janvier 2020 14:30; Act: 30.01.2020 17:35 Print

Barbarin relaxé en appel pour non-dénonciation

La Cour d'appel de Lyon a relaxé jeudi le cardinal Philippe Barbarin, jugé pour ses silences sur les abus sexuels passés d'un ex-prêtre du diocèse.

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Le cardinal Barbarin veut présenter une nouvelle fois sa démission au pape. (Photo: AFP)

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Condamné en première instance, le cardinal Philippe Barbarin a été relaxé en appel, jeudi, pour ses silences sur les abus sexuels d'un prêtre de son diocèse, nouveau coup de tonnerre dans cette affaire symbole des défaillances de l'Église face à la pédocriminalité. L'archevêque, absent au rendu de la décision, doit s'exprimer devant la presse à 17 heures, et le Vatican après lui.

La Conférence des évêques de France, de son côté, a pris acte de la décision en assurant le prélat de 69 ans «de sa communion fraternelle dans cette phase nouvelle de sa vie qui s'ouvre au service du Christ et de l'Église».

Après le jugement, le cardinal Barbarin a annoncé jeudi vouloir présenter une nouvelle fois sa démission au pape. «De nouveau, je vais remettre ma charge d'archevêque de Lyon entre les mains du pape François», a annoncé l'archevêque devant la presse, estimant que sa relaxe permettait «d'ouvrir un nouveau chapitre pour l'Eglise de Lyon».

«Le cardinal est innocent»

Signe qu'il devrait quitter Lyon? Après sa condamnation, le cardinal avait déjà proposé sa démission au pape, qui l'avait refusée dans l'attente du procès en appel. Le 7 mars, le tribunal correctionnel avait infligé au Primat des Gaules, titre historique qui en fait le plus haut dignitaire catholique de France, six mois de prison avec sursis pour n'avoir rien dit des agressions sexuelles commises par Bernard Preynat sur de jeunes scouts entre 1971 et 1991, dont il avait été pourtant mis au courant dès les années 2000.

«Cette injustice est aujourd'hui (jeudi) réparée (...) Le cardinal Barbarin est innocent, il n'a jamais cherché à entraver le cours de la justice», s'est félicité l'un de ses avocats, Me Jean-Félix Luciani. «La Cour a reconnu que le cardinal disait la vérité. Il a fait des erreurs, des fautes. Il l'a dit. L'Eglise a, à coup sûr, fait des erreurs et des fautes mais il n'incarne pas l'Eglise», a-t-il ajouté.

Les parties civiles ont annoncé un pourvoi en cassation, à la portée juridique limitée.

«Cas individuel»

En première instance, les juges avaient estimé qu'en ne dénonçant pas les actes que lui avait décrits une victime de Preynat en 2014, Philippe Barbarin avait choisi de «préserver l'institution» et commis une faute pénale.

Il avait immédiatement interjeté appel, ne s'estimant pas coupable devant la justice des hommes, alors qu'il avait demandé «pardon pour (ses) propres fautes» lors d'une messe. «Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles», a-t-il souvent répété, tandis que les victimes dénonçaient une «omerta» dictée par le Vatican.

A l'audience d'appel fin novembre, l'avocat général Joël Sollier avait réclamé la relaxe en dissociant le «cas individuel» du cardinal Barbarin et les «fautes morales et pénales» commises par l'Église face à la pédocriminalité dans ses rangs. «Qu'un procès soit fait à l'Eglise...», a lancé jeudi l'autre avocat de l'archevêque, Me André Soulier, pour qui son client n'a pas à «expier tous les péchés qui ont été commis».

L'ex-père Bernard Preynat, défroqué à l'issue de son procès canonique en juillet, a comparu devant le tribunal correctionnel et dix de ses victimes à la mi-janvier à Lyon. Une peine d'au moins huit ans de prison ferme a été requise à son encontre, le jugement étant fixé au 16 mars.

Le cardinal Barbarin l'avait convoqué en 2010 en vue d'un changement d'affectation. Comme en première instance, la cour d'appel a estimé que l'archevêque en savait assez, alors, pour le dénoncer. Mais ce délit tombe sous le coup de la prescription, dont le délai est de trois ans en matière de non-dénonciation.

Relaxe «paradoxale»

La cour a aussi jugé «sérieusement contestable sur le plan moral» le fait d'avoir laissé Preynat au contact d'enfants durant cinq ans, avant sa mise à l'écart en 2015. «C'est une relaxe paradoxale car elle nous donne satisfaction sur les deux principaux reproches qu'on faisait à Barbarin», a commenté Me Jean Boudot, avocat des parties civiles.

Les juges d'appel ont considéré, en revanche, qu'on ne pouvait rien reprocher au cardinal après 2014, quand une victime de Preynat - Alexandre Hezez - l'a contacté, car celle-ci était en mesure de porter plainte par elle-même, à l'instar de toutes les autres, ce qu'elles ont fait au final.

C'était l'argumentation de la défense: «Pour nous, le cardinal n'a pas à dénoncer une infraction à la place d'un homme qui n'est pas en incapacité de le faire. Ce n'est pas raisonnable, car toute la hiérarchie du clergé et tous les proches des victimes pourraient être poursuivis», estime Me Luciani.

Me Boudot y voit une décision «incohérente», «qui vient dire en réalité qu'on n'a pas obligation de dénoncer des violences sexuelles sur mineur une fois que le mineur est devenu majeur. A ma connaissance, c'est la première fois». «Il y a forcément un sentiment de déception fort», a ajouté l'avocat.

«Je ne crois pas qu'il faille regretter tout ce qui a été engagé», a réagi François Devaux, plaignant et président de l'association La Parole Libérée, pour qui ce scandale a conduit l'Eglise à se remettre en cause.

(nxp/ats)