France

07 janvier 2019 19:10; Act: 07.01.2019 20:34 Print

Le cardinal Barbarin nie avoir caché des faits

Le cardinal est accusé de ne pas avoir dénoncé à la justice des abus sexuels commis par ce prêtre sur de jeunes scouts de la région lyonnaise entre 1986 et 1991.

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Le cardinal français Philippe Barbarin comparaît avec cinq coprévenus. (Photo: AFP)

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Le cardinal français Philippe Barbarin s'est fermement défendu lundi d'avoir «cherché à cacher» des faits «horribles» perpétrés par un prêtre de son diocèse. Il est jugé avec cinq anciens membres du diocèse de Lyon pour non-dénonciation d'agressions sexuelles.

«Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles», a assuré l'archevêque de Lyon de 68 ans, dans une déclaration lue devant les juges du tribunal correctionnel.

«Je ne vois pas de quoi je suis coupable», a-t-il ajouté, affirmant même avoir «agi» en demandant à une victime du père Bernard Preynat de trouver d'autres victimes, non prescrites, afin de lancer une procédure judiciaire. «La preuve: il en a trouvé !», a-t-il souligné.

Mgr Barbarin et ses cinq coprévenus comparaissent jusqu'à mercredi pour ne pas avoir dénoncé à la justice des abus sexuels commis par ce prêtre sur de jeunes scouts de la région lyonnaise entre 1986 et 1991. Le prêtre de 73 ans, mis en examen en 2016, pourrait comparaître devant la justice cette année.

Les prévenus encourent trois ans de prison et 45'000 euros d'amende. Deux d'entre eux, Mgr Barbarin et Régine Maire, l'ex-responsable lyonnaise de la cellule d'écoute des victimes de prêtres pédophiles, sont également poursuivis pour «omission de porter secours».

Au contact d'enfants jusqu'en 2015

Les plaignants leur reprochent d'avoir maintenu le prêtre au contact d'enfants jusqu'en 2015, date à laquelle une victime a porté plainte pour la première fois, alors qu'ils étaient au courant des agissements passés du père Preynat.

Dans les années 2000, Mgr Barbarin avait eu connaissance de faits anciens d'agressions sexuelles, «des rumeurs» selon ses mots, qui l'ont néanmoins conduit à rencontrer le père Preynat en 2010. Le prêtre lui jura alors n'avoir jamais recommencé.

«N'avez-vous pas appris qu'on n'est jamais très sûr quand un pédophile dit qu'il ne recommencera plus ?», interroge la présidente du tribunal, Brigitte Vernay. «Tout le monde me reproche de l'avoir cru», répond Mgr Barbarin. Mais «on n'a pas trouvé de fait incriminable après».

Affaire classée en 2016

Le parquet de Lyon a classé l'affaire sans suite en août 2016, mais des victimes ont alors cité directement les prévenus devant le tribunal, au grand dam du diocèse. Le cardinal espagnol Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome, était aussi poursuivi, mais le Vatican a opposé son immunité.

Depuis que l'affaire a éclaté en 2015, le cardinal de Lyon avait déjà nié les faits, reconnaissant simplement des erreurs d'appréciation et en demandant pardon aux victimes des prêtres pédophiles.

Il est d'ailleurs revenu à la barre sur sa rencontre avec l'une des victimes du père Preynat, Alexandre Hezez. «Jusqu'alors je n'avais jamais entendu pareil récit», assure l'archevêque, qui transmit alors au Vatican son témoignage. La réponse ne tarda pas: il fallait écarter le prêtre.

«Eviter le scandale public»

«Eh bien ça c'est facile, pourquoi vous ne le faites pas tout de suite», poursuit la présidente. Parce qu'il fallait «éviter le scandale public», rétorque le prélat, «j'ai fait exactement ce que Rome m'a demandé» en différant de quelques mois sa mise à l'écart pour ne pas attirer l'attention.

Appelé à la barre avant le cardinal, son ancien chef de cabinet Pierre Durieux avait lu un texte dans lequel il qualifiait la procédure de «chasse à l'homme».

Déresponsabilisation

A l'issue de l'audition de Mgr Barbarin, Alexandre Hezez a estimé le discours du cardinal «assez sincère», dans lequel il a «reconnu des erreurs».

«Dans toute institution, il y a un mécanisme de déresponsabilisation totale : j'ai la possibilité et même le devoir de faire, mais j'attends que Rome me dise de le faire. C'est ce qu'on veut mettre en avant», a-t-il poursuivi devant une poignée de journalistes.

(nxp/ats)