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12 décembre 2019 18:32; Act: 12.12.2019 23:40 Print

Le chef de l'opposition à Justin Trudeau démissionne

Andrew Scheer était très critiqué au sein de son parti depuis la défaite de sa formation aux législatives du 21 octobre.

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Andrew Scheer jette l'éponge. (Photo: AFP)

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Le chef de l'opposition au Premier ministre canadien Justin Trudeau, le conservateur Andrew Scheer, ouvertement contesté au sein de son parti depuis sa défaite aux législatives d'octobre, a annoncé jeudi sa démission.

«Je viens d'informer mes collègues du groupe parlementaire conservateur que je vais démissionner comme chef», a annoncé Andrew Scheer aux députés de la Chambre des communes d'Ottawa, déclenchant une course à la direction du parti un peu plus de deux ans après son élection.

Le parti «est bien plus important qu'une seule personne», a-t-il ajouté, indiquant qu'il resterait en poste jusqu'à l'élection de son successeur. Il prend ainsi acte des querelles à l'intérieur de sa formation et des appels à sa démission qui se multipliaient depuis la défaite aux élections du 21 octobre. «J'ai pris cette décision parce que c'est la meilleure des choses pour notre parti», a précisé Andrew Scheer, 40 ans, un catholique pratiquant père de cinq enfants.

Démission surprise

Cette démission surprise -Andrew Scheer avait jusqu'à présent exclu de partir avant la convention du parti au printemps prochain- fait suite à la rédaction d'un rapport interne sur le bilan de la campagne des législatives. Ce document n'a pas été rendu public. Elle intervient également le jour où la chaîne Global News a révélé que le parti conservateur a payé une partie des frais de scolarité des enfants d'Andrew Scheer dans une école privée d'Ottawa.

Peu après l'annonce de la démission de son chef, un responsable du parti a confirmé l'information, expliquant que c'était une «pratique habituelle pour les partis politiques». Le parti a pris en charge la différence de coût entre la scolarité à Regina, petite ville de l'ouest canadien où Andrew Scheer est élu, et à Ottawa, a précisé le responsable.

Timide de nature, fiscalement prudent, personnellement hostile à l'avortement, au mariage homosexuel ou au cannabis légal: aussi bien par sa personnalité que ses idées, Andrew Scheer était l'antithèse de Justin Trudeau. «Je veux le remercier sincèrement pour ses services en faveur du Canada», a dit le Premier ministre en lui serrant la main après une brève accolade aux Communes.

Plus de deux ans après son arrivée à la direction du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer était apparu comme une énigme pour bien des Canadiens au début de la campagne électorale cet automne, lui qui était pourtant député d'une circonscription de l'Ouest du pays depuis 2004.

Français approximatif

Aux élections, les conservateurs ont remporté 121 sièges, 26 sièges de plus qu'ils n'en comptaient à la dissolution, contribuant à priver les libéraux de Justin Trudeau de leur majorité absolue à la Chambre. Un résultat jugé néanmoins décevant par bien des conservateurs, au moment où les libéraux de Justin Trudeau, secoués par des scandales après quatre ans au pouvoir, semblaient vulnérables.

Plusieurs d'entre eux lui ont reproché d'avoir été incapable pendant la campagne d'énoncer clairement la position de son parti sur l'avortement et le mariage homosexuel ou de répondre du tac au tac à ses détracteurs. D'autres l'ont blâmé de ne pas avoir doté son parti d'un plan crédible de lutte contre les gaz à effet de serre afin de ne pas froisser sa base électorale dans la province pétrolière de l'Alberta.

Ces facteurs, ainsi que son français approximatif, ont aussi été mis en cause pour les reculs des conservateurs en Ontario et au Québec, les deux provinces qui ont le plus grand poids électoral au Canada.

Andrew Scheer dirigeait le parti conservateur depuis mai 2017, alors qu'il s'était imposé comme l'homme du compromis entre conservateurs concentrés sur les questions fiscales et ceux mettant l'accent sur les questions morales, face à 12 autres candidats et après treize tours de scrutin. Jeudi, il a exhorté les conservateurs de toutes tendances à «demeurer unis», dans l'espoir de battre les libéraux de Justin Trudeau aux législatives de 2023.

(nxp/afp)