Arabie Saoudite

05 janvier 2016 06:51; Act: 05.01.2016 08:00 Print

Le conflit avec l'Iran ternit les efforts menés en Syrie

Un membre de l'opposition syrienne estime que les tensions entre Ryad et Téhéran ne sont pas de bon augure pour son pays.

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«Le conflit irano-saoudien aura certainement un impact négatif» sur ce processus, a déploré lundi Samir Nashar, un membre de l'opposition syrienne en exil. Prévues pour fin janvier à Genève, les négociations sous l'égide de l'ONU entre représentants du régime de Damas et de l'opposition syrienne étaient déjà hypothétiques.

Elles «s'annonçaient déjà difficiles, presque impossibles, et le conflit entre l'Arabie Saoudite et l'Iran ne fera que durcir les positions», a ajouté ce responsable de la Coalition nationale syrienne. La crise entre la monarchie sunnite et la République islamique chiite a éclaté après l'exécution samedi par Ryad d'un dignitaire chiite opposant au régime saoudien, Nimr el-Nimr.

Exécution condamnée

L'exécution a provoqué la colère de la communauté chiite et en Iran des représentations saoudiennes ont été attaquées. Dans la foulée, Ryad a annoncé rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran, suivi par Bahrein, Khartoum, et, sans aller jusqu'à une rupture totale, par les Emirats arabes unis. L'Arabie saoudite a en outre interrompu ses liaisons aériennes avec l'Iran.

Cette escalade constitue le pic d'une crise entre les deux grands rivaux perse et arabe, qui se disputent depuis des années le leadership régional par guerres interposées, en Irak, au Liban, au Yémen, où l'Arabie saoudite est directement impliquée militairement contre les rebelles houthis soutenus par Téhéran, et bien sûr en Syrie.

Des progrès annihilés

Dans ce pays, l'Iran soutient le régime de Bachar el-Assad et a envoyé des milliers de «conseillers militaires» sur le terrain, tandis que Ryad a juré la chute du président syrien et appuie financièrement et militairement des groupes rebelles, notamment salafistes.

Dans cette crise syrienne déjà inextricable, tant par le nombre des acteurs impliqués que par les intérêts en jeu de chacun, «la rivalité irano-saoudienne a été un des éléments moteurs dès le départ». Son exacerbation risque d'affecter les efforts en vue d'un règlement politique, estime Yezid Sayigh, associé au centre de réflexion Carnegie Middle East Center.

La crise entre Ryad et Téhéran «annihile quelques-uns des progrès réalisés au cours des dernières semaines pour amener l'Arabie Saoudite, l'Iran et leurs affidés à avoir des discussions directes», renchérit le centre de réflexion new-yorkais Soufan Group.

Au cours de deux réunions internationales à Vienne en octobre et novembre, tous les acteurs impliqués dans le conflit syrien, soutiens arabes et occidentaux de l'opposition d'un côté, alliés russe et iranien de Damas de l'autre, se sont retrouvés pour la première fois autour de la table de négociation.

A cette occasion, des diplomates occidentaux ont constaté la profondeur de la méfiance entre Saoudiens et Iraniens, évoquant par exemple une passe d'armes entre le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et son homologue saoudien Adel al Jubeir à propos de la définition des «terroristes». «Mais au moins, se parlent-ils», se félicitait alors l'une de ces sources.

Des perspectives réduites

Le processus de Vienne a abouti pour la première fois en près de cinq années d'une guerre ayant fait plus de 250'000 morts à la première feuille de route internationale pour la Syrie unanimement adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU, le 19 décembre. Elle prévoit des négociations intersyriennes en janvier, un gouvernement de transition dans les six mois et des élections dans les 18 mois.

«On avait progressé avec ce retour à la table de (négociation) tous les protagonistes, et la résolution de l'ONU permettait de marquer l'engagement de la communauté internationale. Il est capital de maintenir la négociation, mais le processus est encore plus fragilisé», s'inquiète une source proche du dossier.

Appel à l'apaisement

Inquiets de l'escalade, et soucieux de préserver des chances de règlement politique, aussi ténues soient-elles, en Syrie et au Yémen, Washington, Paris, Rome et Berlin ont appelé à l'apaisement.

«Il ne fait aucun doute que le règlement des crises (en Syrie et au Yémen) et d'autres crises ne peut être trouvé que si la puissance sunnite qu'est l'Arabie Saoudite et l'Iran chiite sont prêts à faire un pas l'un vers l'autre», a résumé mardi Berlin.

(nxp/ats/afp)