Etats-Unis/Russie

16 juillet 2018 13:31; Act: 16.07.2018 16:42 Print

Le jour où Trump a menacé Poutine au téléphone

Malgré les flatteries et les politesses, la relation entre le président américain et son homologue russe est émaillée de tensions. Tour d'horizon en marge du sommet d'Helsinki.

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Ukraine, Syrie, accusations d'ingérence russe dans la présidentielle américaine: malgré des compliments mutuels, les points de friction restent nombreux entre les présidents russe Vladimir Poutine et américain Donald Trump avant leur sommet de lundi à Helsinki.

Une vidéo provocante fait enrager Donald Trump

Début mars, Vladimir Poutine présentait avec fierté les nouvelles armes du complexe militaro-industriel russe. Images à l'appui, le président prévenait les Occidentaux qu'il fallait désormais «écouter» la Russie. «Personne ne voulait nous parler, personne ne voulait nous écouter. Ecoutez-nous maintenant!», a lancé le président russe lors de son adresse annuelle devant le Parlement.

Tout au long de son discours étaient diffusées des vidéos sur deux écrans géants dévoilant ces nouvelles armes. Les parlementaires comme les téléspectateurs ont notamment pu découvrir un nouveau missile balistique russe. Un «détail» de cette présentation n'est cependant pas passé inaperçu: les images de synthèse semblent montrer la charge explosive du missile retomber sur l'Etat américain de la Floride.



Selon Axios, cette simulation a fait enrager Donald Trump. Si le président des Etats-Unis n'a pas réagi publiquement à cette provocation, il a choisi d'en parler directement avec Vladimir Poutine. «Il a fustigé le président russe dans un appel téléphonique», confie une source à Axios. Ce fameux coup de fil aurait été passé quelques semaines après la diffusion de ces images, le 20 mars. C'est lors de cette même conversation téléphonique que Donald Trump a félicité le dirigeant russe pour sa réélection, malgré les recommandations de son entourage.

D'après Axios, le président américain a dit à son interlocuteur que Theresa May et Angela Merkel étaient «d'accord» avec lui concernant le caractère «scandaleux» de la vidéo. Trump se serait même montré menaçant envers son homologue russe: «J'ai déjà augmenté le budget de la défense, modernisé nos armes nucléaires… Nous pouvons faire plus, donc si vous voulez faire une course aux armements, vous perdrez.»


Le boulet de l'affaire russe

Les relations entre Washington et Moscou sont plombées depuis le début de la présidence de Donald Trump par les accusations d'ingérence russe dans la campagne américaine de 2016, et les soupçons de collusion entre l'équipe du milliardaire et le Kremlin.
La Russie a toujours nié toute responsabilité dans cette affaire, qui embarrasse au plus haut point le président américain.

Les Etats-Unis comme leurs alliés européens accusent la Russie de soutenir militairement les séparatistes prorusses dans leur conflit avec les forces de Kiev dans l'est de l'Ukraine, ce que Moscou a toujours démenti. Washington, qui avait longtemps veillé à ne pas rajouter de l'huile sur le feu, a finalement approuvé en mars la livraison de missiles antichars à l'Ukraine, suscitant l'ire de Moscou. Donald Trump a tenu des propos ambigus et évasifs à propos de l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie.

Le bourbier syrien

Les frappes des Etats-Unis et de leurs alliés contre le régime de Damas en avril 2017 et avril 2018, à la suite d'attaques chimiques imputées aux forces du président syrien Bachar al-Assad, ont ulcéré Moscou. En février, plusieurs mercenaires russes combattant aux côtés de forces pro-Assad ont été tués dans des frappes de la coalition menées par les Etats-Unis en Syrie.
Washington a nettement réduit son implication dans le conflit syrien, en se concentrant sur l'EI et laissant le champ libre à Moscou, qui intervient militairement en faveur du régime depuis septembre 2015.

Frictions autour de l'Otan

Les Etats-Unis ont pour leur part adopté en février une doctrine militaire visant à doter le pays de nouvelles armes nucléaires de faible puissance. Moscou a dénoncé une posture «belliqueuse» et «antirusse». La Russie perçoit toute extension de l'Otan à ses frontières comme un signe d'agression à son égard et une tentative de l'encercler. Moscou s'inquiète aussi du projet de bouclier antimissile lancé en 2010 par les Etats-Unis, qui devrait être pleinement opérationnel d'ici à 2020, avec notamment des intercepteurs en Roumanie et en Pologne.

La décision unilatérale de Donald Trump de sortir de l'accord sur le nucléaire iranien, signé en 2015 après de longues négociations, et de rétablir les sanctions visant Téhéran a sidéré Moscou comme les Européens. Alliée de l'Iran en Syrie, la Russie a appelé les Européens à «défendre de concert leurs intérêts» sur ce dossier face aux Etats-Unis.

Moscou a vu d'un bon oeil le sommet du 12 juin entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à Singapour, qui a abouti à la signature d'une déclaration commune, mais sans percée majeure sur la question cruciale de l'arsenal nucléaire de Pyongyang. La Russie a annoncé début juillet l'introduction de surtaxes sur une série de produits américains, en réponse aux barrières douanières imposées par les Etats-Unis sur l'acier et l'aluminium, dans un contexte de guerre commerciale au niveau mondial.

(joc/ats)