Emirats arabes unis

03 février 2019 13:54; Act: 04.02.2019 18:51 Print

Le pape aux Emirats pour une visite historique

Arrivé dimanche à Abou Dhabi, le souverain pontife a été accueilli en grande pompe par le prince héritier Mohammed ben Zayed Al-Nahyane.

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Le pape François s'est élevé avec force lundi à Abou Dhabi contre toute forme de discrimination, de violence et de guerre. Il s'exprimait au deuxième jour de sa visite historique dans la péninsule arabique où subsistent de multiples conflits et des inégalités flagrantes.

Premier chef de l'Eglise catholique à fouler le sol de cette région qui fut le berceau de l'islam, le pape s'est adressé à un parterre de dignitaires religieux dans la capitale des Emirats arabes unis.

L'occasion était la tenue d'une rencontre internationale entre les religions que le pape François n'a cessé de promouvoir en compagnie du grand imam d'Al-Azhar, institution phare de l'islam sunnite, partenaire de cette réunion dédiée au dialogue.

A la fin de leurs discours, les deux hauts dignitaires ont signé un document engageant leurs institutions à «lutter contre l'extrémisme». Le pape a commencé son discours par la formule en arabe «Assalamou alaykoum» (Que la paix soit sur vous)«.

Communautés discriminées

Ses propos ont eu une résonance particulière dans une région où les inégalités sont flagrantes: communautés religieuses se disant discriminées, millions de migrants pauvres sans droits ou hordes d'apatrides vivant aux marges de l'immense richesse pétrolière.

En outre, le plus grand pays de la région, l'Arabie saoudite, interdit toute pratique religieuse autre que l'islam, alors que le pape a insisté, tout au long de son discours, sur la nécessité de garantir la liberté religieuse.

Et il a également demandé pour l'ensemble du Moyen-Orient »le même droit à la citoyenneté« pour les personnes »de diverses religions«.

La religion ne peut justifier la violence

Le souverain pontife s'est aussi une nouvelle fois fait l'avocat de la non-violence, de la paix et du désarmement, s'opposant fermement à l'utilisation de la religion à des buts non pacifiques.

Il a qualifié toute forme de haine et de violence de »grave profanation du nom de Dieu«. Il »n'existe pas de violence qui puisse être justifiée religieusement«, a-t-il insisté.

François a mis en exergue quatre pays qui en connaissent actuellement »les conséquences néfastes«: le Yémen, la Syrie, l'Irak et la Libye. Il a engagé les membres de »la famille humaine« contre »la logique de la puissance armée« et »l'édification de murs«.

L'imam d'Al-Azhar s'est livré quant à lui à un réquisitoire contre les mouvements extrémistes se réclamant de l'islam.

Guerre au Yémen

La guerre au Yémen, théâtre de la pire crise humanitaire dans le monde selon l'ONU, a été évoquée lors de l'entretien lundi du pape avec le prince héritier d'Abou Dhabi et homme fort des Emirats, cheikh Mohammed ben Zayed.

Dimanche, le pape avait pressé les protagonistes au Yémen de »favoriser de manière urgente le respect des accords établis« sous l'égide de l'ONU, surtout pour une trêve dans la ville portuaire de Hodeida, essentielle à l'acheminement de l'aide internationale.

Les Emirats sont critiqués par des ONG pour leur intervention militaire depuis 2015 au Yémen voisin aux côtés de l'Arabie saoudite qui a monté une coalition pour soutenir le pouvoir en guerre contre des rebelles appuyés par l'Iran.

Un million de catholiques

Avant d'achever sa visite, le pape célébrera mardi une messe à Abou Dhabi devant 135'000 fidèles, présentée comme le plus grand rassemblement dans l'histoire du pays. Un événement inédit en terre musulmane.

Environ un million de catholiques - des travailleurs asiatiques pour la plupart - vivent aux Emirats, pays dont la population est composée à plus de 85% d'expatriés et où ils peuvent pratiquer leur religion dans huit églises.

Les responsables émiratis n'ont cessé d'insister sur le thème de la tolérance, en particulier en liaison avec la rencontre -la cinquième- entre le pape et l'imam d'Al-Azhar.

Les Emirats ont toujours cherché à projeter l'image d'un pays ouvert, même si ce pays pratique une politique de »tolérance zéro« à l'égard de toute contestation et notamment celle des adeptes de l'islam politique incarné par les Frères musulmans.

(nxp/ats)