Rome

06 octobre 2019 12:14; Act: 06.10.2019 15:52 Print

Le pape déplore les incendies en Amazonie

Lors de l'ouverture d'une réunion à Rome consacrée à l'Amazonie, le pape François a critiqué «l'avidité des nouveaux colonialismes» qui détruit la forêt.

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Le souverain pontife a dénoncé dimanche à Rome les «intérêts qui détruisent» la forêt amazonienne. (Photo: AFP)

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Le pape François a déploré dimanche les incendies allumés «par des intérêts qui détruisent» et qui visent à «brûler les diversités». Il s'exprimait dans une homélie marquant l'ouverture d'un synode à Rome consacré à l'Amazonie.

Le synode réunit durant trois semaines au Vatican quelque 184 évêques, dont 113 venant de la région panamazonienne, à cheval sur neuf pays, tout particulièrement le Brésil.

Des représentants des peuples et ethnies indigènes, parés de coiffes colorées à plumes, ont découvert dimanche la Basilique Saint-Pierre pour la messe inaugurale du synode, dont les débats débuteront lundi.

«Intérêts qui détruisent»

«Le feu allumé par des intérêts qui détruisent, comme celui qui a récemment dévasté l'Amazonie, n'est pas celui de l'Evangile», a martelé le pape François devant des évêques des neuf pays de la région panamazonienne et des représentants des populations autochtones.

Ce type de feu «dévastateur» «embrase quand on ne veut défendre que des idées personnelles, constituer son propre groupe, brûler les diversités pour uniformiser tous et tout», a critiqué le souverain pontife.

François l'oppose au «feu de Dieu» qui est «une chaleur qui attire et rassemble dans l'unité», «se nourrit de partage, non de profits».

Mise en garde contre l'avidité

Déplorant toutefois que l'Eglise ait souvent participé dans son histoire à des formes de «colonisation» violente au nom de l'évangélisation, il a mis en garde contre «l'avidité des nouveaux colonialismes».

Le pape a aussi appelé les évêques à ne «pas être des fonctionnaires» plus occupés par leur fonction que par une action «missionnaire» concrète sur le terrain. Il a espéré que le synode, qui discutera de propositions innovantes mais controversées, «renouvelle les chemins de l'Eglise en Amazonie».

Propositions novatrices

Si les questions socio-économiques et environnementales auront une large place au synode, les évêques débattront aussi de propositions novatrices mais controversées comme la possibilité d'ordonner prêtres des hommes mariés d'âge mur préférablement autochtones et de trouver des types de ministères pour les femmes.

Des questions explosives qui resteront à l'état d'avis donnés au pape, qui rédigera son propre texte après le synode.

Document de travail de 80 pages

Le document de travail de 80 pages de l'assemblée d'évêques latino-américains dresse un état des lieux alarmant des maux écologiques et humains d'un territoire crucial pour la santé de la planète, qui seront auscultés durant trois semaines, du 6 au 27 octobre.

Ce document, fruit notamment d'une vaste consultation locale en Amazonie, dénonce les injustices sociales voire les assassinats de la région, tout en traçant l'action future de l'Eglise catholique qui perd du terrain en raison d'une pénurie de prêtres.

La démarche insupporte le président brésilien climatosceptique Jair Bolsonaro, qui avait déclaré en août à un média local que les services du renseignement brésilien surveilleraient le synode.

Dans ce contexte hostile, le cardinal brésilien Claudio Hummes, président du Réseau ecclésial pan-amazonien (REPAM) et rapporteur du synode, a répété que l'Eglise respectait «la souveraineté nationale» du Brésil.

«Aidez-nous!»

«Aidez-nous à défendre notre terre mère, nous n'avons pas d'autre habitation!», implorait la soeur missionnaire indigène Laura Vicuña, quelques heures avant l'ouverture du synode, auquel assistent une vingtaine de représentants des communautés autochtones.

Cette missionnaire qui lutte au péril de sa vie pour la défense des territoires des Caripuna en Amazonie brésilienne, est venue symboliquement à Rome avec de la terre. «Terre, eau, forêt, sans ces trois éléments personne ne peut rien faire», a-t-elle expliqué.

La frêle jeune femme a parcouru 150 kilomètres à travers la région des Caripuna pour documenter et dénoncer l'amputation de leurs terres. «Les images satellite montrent une route qui va droit vers les terres indigènes», décrit-elle, avant de fondre en larmes en expliquant la terreur ressentie face aux «menaces de mort du crime organisé» qui l'obligent souvent à se cacher.

«Nous demandons de l'aide au monde entier car nous sommes très inquiets de la nouvelle politique d'exploration minière de l'Amazonie», confie aussi à l'AFP José Luiz Cassupá, un indigène de l'Etat de Rondônia au Brésil, venu à Rome avec sa coiffe de plumes bleues indigo.

Dénonçant «la destruction des terres indigènes», il se plaint d'un gouvernement brésilien «qui n'a pas tenu sa parole». «Après avoir péniblement obtenu un minuscule bout de terre pour survivre, les indigènes finissent pas en être chassés», déplore-t-il.

Déforestation galopante

Entre janvier et le 19 septembre, le Brésil a enregistré une hausse de 56% par rapport à la même période de l'année dernière du nombre de feux de forêt, dont près de la moitié (47%) touchent l' Amazonie.

Ces incendies, très majoritairement volontaires, sont destinés à faire de la place à l'élevage bovin et aux cultures et accompagnent une déforestation galopante: en Amazonie, celle-ci a quasiment doublé depuis l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro en janvier, au rythme de 110 terrains de football à l'heure.

(nxp/ats)