Asie

23 novembre 2019 05:58; Act: 23.11.2019 05:58 Print

Le pape quitte la Thaïlande pour le Japon

Après quatre jours en Thaïlande, le pape François va rejoindre le Japon pour porter un message antinucléaire.

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Le pape François a quitté samedi la Thaïlande et s'est envolé pour le Japon, où il doit notamment livrer dimanche des messages forts pour l'éradication des armes nucléaires, dans les villes martyres de Nagasaki et de Hiroshima. L'avion papal a décollé samedi matin de Bangkok et doit atterrir à Tokyo à 17H40 (09H40 en Suisse).

Agé de 82 ans, le souverain pontife argentin a maintes fois exprimé sa fascination pour le Japon, où il souhaitait se rendre en tant que missionnaire dans sa jeunesse, un projet auquel il avait dû renoncer après une opération à un poumon.

Le temps fort de son séjour de quatre jours au Japon sera une journée marathon dimanche à Nagasaki (sud-ouest) puis Hiroshima (ouest), où il y a 74 ans des bombes atomiques américaines firent respectivement 74'000 morts et 140'000 morts. Le pape devrait y lancer un appel vigoureux en faveur de l'élimination totale des armes nucléaires.

«Avec vous je prie pour que le pouvoir destructeur des armes nucléaires ne se déchaîne jamais plus dans l'histoire de l'humanité. Employer les armes nucléaires est immoral», avait déclaré le pape dans une vidéo adressée en début de semaine aux Japonais. «Votre pays est conscient de la souffrance causée par la guerre», avait encore souligné le chef des 1,3 milliard de catholiques, appelant au «respect mutuel» qui «conduit à une paix sûre» qu'il faut défendre «avec les dents».

Hommage aux «chrétiens cachés»

François est le premier pape à se rendre au Japon depuis Jean Paul II en 1981. A peine 440'000 Japonais sont de confession catholique, sur une population totale de 126 millions d'habitants. Les deux principales religions, le shinto et le bouddhisme, s'entremêlent dans la vie des Japonais selon les circonstances: les naissances par exemple y sont célébrées dans un sanctuaire shinto tandis que les deuils font généralement l'objet d'une cérémonie bouddhiste.

De la même façon, beaucoup de Japonais adoptent aussi des éléments chrétiens, en célébrant par exemple Noël ou en se mariant dans une chapelle sans motif religieux. Le christianisme a été introduit au Japon avec l'arrivée des premiers missionnaires catholiques en 1549. Mais cette religion a été interdite quelques décennies plus tard et les chrétiens ont été impitoyablement persécutés, torturés et exécutés s'ils n'abjuraient pas leur foi.

Le pays s'est isolé du reste du monde du début du XVIe siècle jusqu'au milieu du XIXe. Quand des missionnaires sont revenus dans le pays à cette époque, ils ont découvert avec surprise l'existence de «chrétiens cachés»: des dizaines de milliers de convertis japonais qui pendant plus de 250 ans avaient gardé en secret leur foi catholique, en la brassant avec la culture et des rites nippons. François devrait leur rendre hommage dimanche durant sa visite à Nagasaki.

«On ne peut pas oublier la bombe»

Le pape fera ensuite étape à Hiroshima dimanche, avec un discours devant le Mémorial de la Paix, près du lieu où la première bombe atomique fut larguée par l'aviation américaine le 6 août 1945.

Le père Yoshio Kajiyama, directeur du centre social jésuite de Tokyo, né à Hiroshima il y a 64 ans, attend avec impatience les discours du pape sur l'abandon des armes atomiques. «Je n'ai jamais connu mon grand-père qui est mort le jour de la bombe», a-t-il confié. «Quand on grandit à Hiroshima on ne peut pas oublier la bombe».

Le pape François doit par ailleurs rencontrer lundi à Tokyo des victimes du triple désastre du 11 mars 2011 au Japon: le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima. En Thaïlande, où il vient de passer quatre jours, sa visite a été axée sur le dialogue interreligieux dans ce pays à majorité bouddhiste, où là aussi les catholiques sont très minoritaires.

Accompagné tout au long de son séjour par sa cousine missionnaire en Thaïlande depuis plus de 50 ans, le pape a aussi appelé au respect des «enfants et des femmes exposés à la prostitution», un message fort dans une région où l'exploitation sexuelle, notamment des plus jeunes, est encore très répandue. François a aussi eu des entretiens avec les autorités du pays et le roi Maha Vajiralongkorn, couronné en mai dernier. Cette tournée asiatique est le 32e déplacement à l'étranger du pape François.

(nxp/afp)