Turquie

12 juin 2011 17:58; Act: 12.06.2011 23:04 Print

Le parti au pouvoir largement en tête

Le parti au pouvoir obtiendrait une majorité des suffrages aux élections législatives en Turquie, selon des résultats partiels.

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L'AKP, parti du Premier ministre Erdogan, ici lors de son vote, sortirait largement vainqueur des élections législatives. (Photo: Reuters)

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Le parti issu de la mouvance islamiste du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a remporté une victoire écrasante aux législatives de dimanche en Turquie. Il n'obtient toutefois pas la majorité des deux tiers qu'il espérait pour modifier la Constitution, sans avoir à consulter l'opposition.

Après comptage de 99,7% des bulletins de vote, le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, remporte 49,9% des voix, selon les chaînes de télévision. Il pourra facilement former seul un gouvernement, d'après une projection donnée par la société A&G et diffusée par la chaîne de télévision CNN-Türk.

Vient en deuxième position le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force d'opposition avec 25,9% des voix, suivie des nationalistes du MHP (Parti de l'action nationaliste) avec 13%.

Recul en sièges

Selon cette projection, l'AKP devrait ainsi détenir largement la majorité absolue au Parlement, avec 325 sièges sur 550. Cette fois, même si l'AKP ne présente pas de signes d'essoufflement et augmente son pourcentage des voix à un niveau record, il aura moins de députés, en raison du système électoral turc.

Aux précédentes élections de 2007, l'AKP, créé à partir d'une formation islamiste interdite à la fin des années 1990, libéral au plan économique et conservateur sur les questions de société, avait recueilli 46,5% des voix et 331 élus sur les 550 que compte le Parlement. En 2002, il avait recueilli 34% des suffrages.

«Aujourd'hui une nouvelle fois la démocratie, la volonté nationale ont gagné», a lancé M. Erdogan, accompagné de son épouse Emine, du haut du balcon du siège de son parti à Ankara à l'adresse d'une foule de plusieurs milliers de personnes, agitant les drapeaux de l'AKP.

Pas de majorité des deux tiers

L'AKP n'obtient cependant pas la majorité des deux tiers (367) qu'il espérait au Parlement pour modifier, sans avoir à consulter l'opposition, la Constitution héritée des militaires après leur coup d'Etat de 1980. Il resterait même en dessous des 330 députés nécessaires pour soumettre à référendum tout amendement de la loi fondamentale.

M. Erdogan a pris acte du message transmis par les électeurs. Dans son discours, il a annoncé qu'il allait travailler à dégager un consensus avec ses opposants pour donner au pays une nouvelle constitution.

L'opposition dénonce des atteintes aux libertés - en particulier des arrestations et des mises sur écoute de journalistes critiques - et le bien-fondé des procès pour complots contre le régime. Elle critique aussi la corruption et un fossé croissant entre riches et pauvres.

Percée des indépendants

Quinze partis concourent à ces élections pour 7695 candidats, y compris les indépendants. Pour obtenir une représentation au Parlement, un parti doit obtenir au moins 10% des voix sur le plan national. Ce seuil, l'un des plus élevés au monde, empêche beaucoup de petites formations d'avoir des députés.

Certains, comme le parti pro-kurde Paix et Démocratie (BDP), contournent la difficulté en présentant des candidats indépendants, qui peuvent ensuite les représenter au Parlement s'ils sont élus. Ces candidats réalisent une percée significative avec une trentaine de députés (contre vingt dans le Parlement sortant).

Bonne santé économique

Durant la campagne, M. Erdogan a vanté la bonne santé économique de son pays, avec une croissance de 8,9% en 2010, et une inflation maîtrisée à environ 6%. Les électeurs ont également été sensibles au fait que M. Erdogan assure la stabilité politique de la Turquie, selon les analystes.

Déchirée par des coalitions instables et des gouvernements éphémères, le pays s'est enfin stabilisé, politiquement et économiquement, sous la direction de l'AKP qui a aussi réussi à cantonner dans ses casernes l'armée, jadis acteur politique de premier plan.

Mais la perspective d'une adhésion à l'Union européenne est dans les limbes, en raison notamment de l'opposition de la France et de l'Allemagne.

(afp)