Législatives slovènes

04 décembre 2011 20:22; Act: 05.12.2011 15:48 Print

Le parti de gauche remporte les élections

Le parti du populaire maire centre-gauche de Ljubljana Zoran Jankovic arrive dimanche soir en tête de l'élection législative anticipée en Slovénie.

Une faute?

Le parti Slovénie Positive, créé il y a seulement deux mois spécialement pour ce scrutin, recueille 28,6% des suffrages, selon des résultats diffusés par le gouvernement et basés sur le dépouillement de 95% des bulletins de vote.

Le Parti démocratique slovène (SDS, centre-droit) de l'ancien Premier ministre Janez Jansa obtient 26,2%, nettement en-dessous des 30-31% que lui accordaient les sondages d'avant le scrutin.

Le Premier ministre social-démocrate Borut Pahor, dont le gouvernement avait été renversé en septembre, obtiendrait 10,5% des voix, un effondrement par rapport à son score de 30,5% aux législatives de 2008.


Pour un Etat «efficace»

«Les résultats montrent que les citoyens veulent un Etat différent, ils ont eu Jansa, Pahor, maintenant ils veulent un Etat démocratique mais aussi efficace», a lancé M. Jankovic depuis son quartier général à Ljubljana.

La défaite était amère pour le dirigeant de l'opposition, Janez Jansa, 53 ans, donné largement gagnant tout au long de la campagne électorale. Des révélations sur une affaire immobilière le concernant et jugée suspecte pourrait avoir retourné la tendance: «ces résultats ne sont pas ceux que nous avions espéré», a-t-il reconnu.


Gouvernement de coalition

Dans ce pays de la zone euro, la campagne électorale a été largement dominée par la détérioration de la situation économique et financière. Le vainqueur devra remettre le pays sur les rails en imposant l'austérité et aura besoin pour cela d'un gouvernement stable, comme l'avait appelé de ses voeux le président Danilo Turk (centre-gauche) plus tôt dans la journée.

Or les résultats sont serrés, ce qui va rendre difficile la création d'un gouvernement de coalition à même d'imposer des réformes douloureuses, notamment celle des retraites, responsable de la chute du gouvernement de Borut Pahor.

Pour constituer une majorité absolue dans un Parlement comptant 90 députés élus à la proportionnelle, Zoran Jankovic pourrait s'allier avec Borut Pahor, qui deviendrait alors ministre des Affaires étrangères, et aussi avec la Liste citoyenne (8,4% des voix) de Gregor Virant, un ancien ministre de Janez Jansa qui a rompu avec lui.


Autres formations


Trois autres formations seront représentées au Parlement: le parti des retraités DESUS (6,9%), le Parti populaire de centre-droit (SLS, 6,8%) et le parti chrétien-populaire Nouvelle Slovénie (NSi, 4,7%).

En revanche, trois partis en seront éliminés car ils n'atteignent pas la barre des 4% nécessaire pour avoir un élu: il s'agit du Parti libéral-démocrate (LDS), du Parti libéral-social Zares, tous deux alliés des sociaux-démocrates dans le précédent gouvernement, et du Parti nationaliste (SNS).

Très dépendant des exportations, le pays - autrefois élève modèle de la zone euro - flirte aujourd'hui avec la récession, le chômage a doublé en trois ans et les taux d'intérêt obligataires ont récemment grimpé à plus de 7%, dans le sillage de la crise de la dette en zone euro, en particulier des difficultés de l'Italie voisine.

Le niveau de la dette, même s'il reste sous la limite des 60% du Produit intérieur brut (PIB) prescrite par le Traité de Maastricht, augmente rapidement.

La Slovénie, Etat de deux millions d'habitants issu de l'ex- Yougoslavie communiste, organisait les premières élections anticipées depuis son indépendance, en 1991.

Un millionnaire de gauche aux portes du pouvoir

Le populaire maire de Ljubljana, Zoran Jankovic, dont le parti a créé la surprise dimanche en arrivant en tête des élections législatives anticipées en Slovénie, est un millionnaire de centre-gauche passé avec succès du monde des affaires à la politique.
Né en Serbie d'un père serbe et d'une mère slovène, cet homme d'apparence joviale de 58 ans est depuis 2006 maire de la capitale depuis 2006, où il jouit d'une grande popularité: en 2010, il avait été réélu avec quelque 65% des voix.

Proche du premier président de la Slovénie indépendante, Milan Kucan, Zoran Jankovic est perçu comme un homme de gauche, un brin populiste. Son parti Slovénie Positive, créé il y a seulement deux mois dans la perspective des élections législatives anticipées, se veut au centre-gauche sur l'échiquier politique.

Mais, ce millionaire au regard bleu intense, l'une des plus grosses fortunes du pays, a plus d'une fois déclaré dans le passé avoir «le coeur à gauche et le portefeuille à droite».

Il se définit plus comme un entrepreneur que comme un homme politique. Il a dirigé pendant de longues années la chaîne publique de supermarchés Mercator et en a fait une entreprise rentable.

Il a aussi beaucoup transformé Ljubljana, qu'il dit gérer «comme une entreprise», en modernisant le système des transports en commun, en construisant des milliers de nouveaux appartements ou encore en dotant la ville d'un complexe sportif moderne.

Et il entend gérer le pays de la même façon. Quand ses rivaux politiques «parlent de ce qui doit être fait, ils parlent de manière très théorique, mais ce qui est crucial, c'est de rétablir la confiance de la population et d'augmenter la compétitivité de la Slovénie», déclarait-il encore dimanche, à la sortie de son bureau de vote.

Et, dès dimanche soir, après l'annonce de sa victoire, il n'a pas hésité à rappeler son engagement de campagne: «A la fin de la législature, la Slovénie renouera avec une croissance de 4%».

«Le résultat du vote montre que les citoyens slovènes veulent un autre Etat, différent: ils ont eu Janez Jansa (ndlr: conservateur) et Borut Pahor (ndlr: social-démocrate), maintenant ils veulent un Etat démocratique, mais aussi efficace».

(ats/afp)