Moldavie

25 février 2019 07:18; Act: 25.02.2019 12:44 Print

Le parti socialiste prorusse en tête des législatives

Le petit pays coincé entre la Roumanie et l'Ukraine reste divisé entre rapprochement avec la Russie et orientation pro-européenne.

storybild

La Moldavie reste encore divisée sur ses aspirations. (Photo: Keystone)

Une faute?

Tiraillés entre orientation pro-européenne et rapprochement avec Moscou, les Moldaves ont élu un Parlement sans majorité claire, au risque de traverser une nouvelle période d'instabilité, selon les résultats des législatives publiés lundi.

Au lendemain d'un vote marqué par des accusations réciproques de fraudes, les résultats préliminaires de la Commission électorale reflètent les profondes divisions qui affectent depuis des années cette très pauvre ex-république soviétique nichée entre l'Ukraine et la Roumanie.

Si le Parti socialiste du président pro-russe Igor Dodon est arrivé en tête du scrutin proportionnel avec 31,4% des voix, la prise en compte des votes locaux donne le plus grand poids au Parti démocrate du richissime Vlad Plahotniuc, déjà dominant dans le Parlement sortant.

Arrivé seulement en troisième position à l'échelle nationale (24%), il obtient 34 députés sur 101, contre 31 pour les socialistes. Deuxième du scrutin proportionnel, l'alliance pro-européenne ACUM (26%) sera représentée par 23 députés.

Forts liens avec la Roumanie

Les résultats doivent être proclamés à 10H00 GMT par la Commission électorale. Aucun parti n'obtient donc de majorité absolue tranchant sur l'orientation que compte prendre ce pays partagé depuis des années entre partisans d'un rapprochement avec Moscou, qui ont porté à la présidence en novembre 2016 Igor Dodon, et ceux d'une intégration à l'Union européenne (UE), dont des membres du gouvernement, provoquant des crises politiques à répétition.

Alors que beaucoup des 3,5 millions d'habitants souhaitent le maintien de relations étroites avec Moscou, d'autres veulent suivre l'exemple de la Roumanie, avec laquelle la Moldavie partage une longue histoire ainsi qu'une langue commune et tournent leurs regards vers l'UE.

Considérée comme l'un des pays les plus pauvres d'Europe avec l'Ukraine, la Moldavie reste aussi aux prises avec un conflit gelé en Transnistrie, un territoire séparatiste pro-russe qui échappe à son contrôle.

Accusations de fraudes

Outre les trois formations dominantes, le parti de l'homme d'affaires Ilan Shor, condamné à sept ans et demi de prison dans le cadre d'une fraude gigantesque portant sur un milliard de dollars, entre également au Parlement avec 8,5% des voix. M. Shor reste libre en attendant l'examen de l'appel.

La formation d'une coalition disposant d'une majorité parlementaire s'annonce difficile vu les tensions de la campagne, le jour du vote étant marqué par des accusations de fraudes.

«Ces élections n'étaient ni libres, ni correctes, ni démocratiques. C'était les élections les moins démocratiques de l'histoire de la Moldavie», a dénoncé après la fermeture des bureaux Maïa Sandu, l'une des principales figures de l'alliance ACUM.

L'alliance ACUM rassemble deux partis favorables à l'entrée dans l'UE et l'Otan et dénonce «l'accaparement» par le Parti démocrate des postes à responsabilité dans la politique, la justice et les forces de l'ordre.

Igor Dodon et Vlad Plahotniuc se sont notamment accusés mutuellement d'achats de voix. «N'ayez pas peur et ne vous laissez pas soudoyer», a assené le président Dodon devant les caméras après avoir voté à Chisinau, la capitale.

Interférence russe

Alimentant le climat tendu des derniers jours de campagne, la police russe a impliqué vendredi Vlad Plahotniuc dans un circuit de blanchiment d'argent passé par la Russie qui aurait fonctionné en 2013 et 2014.

Son parti a dénoncé une «ingérence grossière» de Moscou dans le scrutin, alors qu'Igor Dodon, élu en novembre 2016, est considéré comme un allié de Vladimir Poutine.

Entravé dans ses projets de rapprochement avec Moscou par le Parlement et le gouvernement, Igor Dodon a adouci son discours et ne milite plus pour le rejet de l'accord d'association signé entre la Moldavie et l'UE en 2014. Son objectif, désormais, est que son pays puisse «faire du commerce avec la Russie comme avec l'UE».

Cet accord d'association a permis l'ouverture graduelle du marché européen aux produits moldaves, mais a suscité la colère de Moscou qui avait aussitôt imposé un embargo sur les fruits et la viande moldaves.

(nxp/ats)