31 juillet 2014 14:45; Act: 31.07.2014 17:37 Print

Le pays rend hommage à Jean Jaurès

Le président François Hollande, accompagné du vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, a rendu hommage jeudi à la figure emblématique de la gauche française, assassinée il y a 100 ans.

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L'anniversaire de la mort de Jaurès prend une résonance particulière en France où la gauche, au pouvoir depuis 2012 avec l'arrivée à la présidence de François Hollande, est régulièrement accusée de mener une politique trop droitière, loin des valeurs du héraut du socialisme français.

Pour marquer cet anniversaire historique, le président s'est rendu sur les lieux mêmes où Jean Jaurès a été assassiné par un nationaliste français le 31 juillet 1914, à trois jours de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France.

M. Hollande a été rejoint, tout un symbole, par le vice-chancelier allemand et ministre social-démocrate de l'Economie, Sigmar Gabriel. Tous deux ont déposé des gerbes devant la façade du Café du croissant, où a eu lieu l'assassinat, au coeur de la capitale.

«La paix et l'unité»

Comme on lui demandait quel message il retenait de Jean Jaurès, François Hollande a répondu: «la paix et l'unité, le rassemblement de la République».

Cent ans après sa mort, les partis politiques français se disputent l'héritage du personnage, séduits par sa stature intellectuelle et politique, son image de héros républicain.

De la gauche à la droite

A gauche bien sûr, chez les socialistes qui se proclament les héritiers de celui qui, passé des républicains aux socialistes, unifie ces derniers en 1905.

Le Parti communiste revendique aussi ce legs: Jaurès a été le fondateur de «L'Humanité», journal devenu communiste en 1920. «L'Humanité» reproduit d'ailleurs dans son édition de jeudi la Une du journal publiée le 1er août 1914, au lendemain de la mort du dirigeant socialiste, avec comme titre en gros caractères: «Jaurès assassiné».

Mais l'aura du personnage s'étend aussi à droite: en 2007, Nicolas Sarkozy le cite de nombreuses fois pendant la campagne présidentielle qu'il remporte. Et jusqu'à l'extrême droite qui avait détourné en 2009 une citation de Jaurès pendant la campagne pour les européennes.

«Pas le même Jaurès»

«Tout le monde ne fait pas référence au même Jaurès», tempère Gilles Candar, président de la Société d'études jaurésiennes: «Il y a le républicain, le laïc et le rebelle, avec sa vision revendicatrice. (...) On cite aussi Jaurès comme un patriote».

Pour Jean-Noël Jeanneney, ex-président de la Bibliothèque nationale de France et coauteur du documentaire «Jaurès aujourd'hui», «comme Jean Jaurès n'a jamais été au pouvoir, les grands principes qu'il a défendus n'ont jamais dû être affrontés».

Mélenchon: «Une autre manière de l'assassiner»

La récupération autour de la figure de Jaurès en agace ainsi plus d'un, à commencer par le bouillant tribun de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci dénonce avec virulence un dévoiement, selon lui, des idées de celui qui proclama : «Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage».

«Jaurès, c'est pas Hollande, c'est pas le baratin fumeux,(...) c'est le contraire de Hollande, c'est une intelligence engagée, tandis que François Hollande c'est avant tout un planqué de l'esprit», a lancé Jean-Luc Mélanchon sur RTL. Cela quelques jours après avoir conclu une tribune de presse par un tonitruant «Jaurès, reviens! Ils ont changé de camp!» dénonçant ses anciens compagnons socialistes.

(ats)