Ukraine

26 février 2019 16:44; Act: 26.02.2019 16:48 Print

Le président éclaboussé par un trafic liant la Russie

Une contrebande d'équipements militaires révélée par des journalistes met le président ukrainien dans de sales draps.

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Le président Porochenko est très critiqué pour l'échec de la lutte contre la corruption dans son pays. (Photo: AFP)

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Le président ukrainien Petro Porochenko se trouvait sous le feu des critiques mardi, à un mois de la présidentielle, en raison d'une affaire de contrebande d'équipement militaire en provenance de Russie, considérée comme un pays «agresseur» par Kiev.

Selon les journalistes d'investigation du projet «Nachi Grochi» (Notre Argent), un proche du président, le secrétaire adjoint du Conseil national de sécurité et de défense Oleg Gladkovski, ainsi que son fils, sont à l'origine d'une vaste opération de contrebande de pièces détachées d'équipement militaire.

Les pièces étaient achetées illégalement en Russie avant d'être fournies aux forces armées ukrainiennes à des prix trois à quatre fois supérieur, les responsables empochant la différence.

Ce trafic aurait commencé en 2015, soit un an après l'annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée et le déclenchement d'une guerre contre des séparatistes prorusses dans l'Est du pays, soutenus militairement par la Russie selon Kiev et les Occidentaux. Les autorités ukrainiennes considèrent la Russie comme un pays «agresseur».

M. Porochenko, très critiqué dans son pays pour l'échec de la lutte contre la corruption, n'est pas accusé d'être directement mêlé à ce trafic, mais Oleg Gladkovski est considéré comme étant l'un de ses proches.

Pays «agresseur»

L'ex-Première ministre Ioulia Timochenko, rivale de M. Porochenko à la présidentielle du 31 mars, a appelé mardi devant les députés à entamer la procédure de destitution du président pour «haute trahison», l'accusant de «collaboration avec l'ennemi» et «d'assistance au pays-occupant».

Le comédien Volodymyr Zelensky, en tête des sondages, s'est pour sa part dit «sans voix», dans une vidéo diffusée sur Facebook: «Ces gens sont arrivés au pouvoir grâce au sang et ils gagnent de l'argent grâce au sang».

Le porte-parole de M. Porochenko, Sviatoslav Tsegolko, a indiqué sur Facebook que le président ukrainien avait «ordonné aux forces de l'ordre de vérifier les informations» des journalistes.

Oleg Gladkovski a déclaré «rejeter catégoriquement» les accusations portées à son encontre, proposant la suspension de ses fonctions le temps de l'enquête . M. Porochenko, arrivé au pouvoir en 2014 après un soulèvement pro-européen à Kiev, est crédité de 18% des intentions de vote pour le scrutin du 31 mars selon les derniers sondages, derrière M. Zelensky.

Les enjeux de cette élection sont considérables pour un pays confronté depuis cinq ans à des tensions sans précédent avec la Russie voisine, une guerre qui a fait plus de 13.000 morts dans l'est, ainsi qu'à une profonde crise économique.

(nxp/afp)