Libye

14 avril 2014 20:15; Act: 14.04.2014 20:21 Print

Le procès de proches de Kadhafi ajourné

Le procès de 37 proches de Mouammar Kadhafi, jugés pour leur rôle dans la répression meurtrière de la révolte de 2011, s'est ouvert lundi avant d'être ajourné au 27 avril.

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La puissance de Mouammar Kadhafi, mort le 20 octobre, n'était pas à sous-estimer. Depuis 1969, le dictateur libyen fait régner le pouvoir dans tout le pays. C'est en 1969 que le jeune officier ambitieux a fait un coup d'Etat militaire avec ses partisans, afin de détrôner le roi Idris de Libye. Le colonel avait annoncé à la radio le changement du pouvoir, qui s'est passé sans effusion de sang. Kadhafi était un leader révolutionnaire et il régnait en maître absolu sur la jeune République libyenne. Kadhafi (à gauche), avec les dirigeants arabes dans les années 70: le chef de l'Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, le président soudanais Nimeiry, le président égyptien Nasser, le roi saoudien Faisal et le cheikh koweïtien Al Sabah. Kadhafi était partisan d'une union des Républiques arabes, mais ses efforts ont échoué. Le voici aux côtés du président égyptien Sadate (à gauche) et son homologue syrien Assad. A l'Ouest, on s'intéressait de plus en plus à l'or noir du sol libyen. Ainsi, en 1971, Kadhafi pose pour la première fois en couverture du magazine «Time». La nationalisation des banques et l'industrie du pétrole intéressaient à la fois les nationalistes arabes et les fractions socialistes de la «Révolution verte»: Kadhafi en 1975 avec le président yougoslave Tito. Mais la révolution en Libye a également des inspirations islamiques: à l'aide de son «Livre vert», publié en 1973, le colonel a ouvert une nouvelle voie, en opposition au capitalisme et au communisme. Bien que Kadhafi soit apprécié et respecté par l'Occident, il sera vite traité en paria en raison de son financement du terrorisme. Comme lors de l'attentat dans une discothèque berlinoise… … qui aura justifié le bombardement américain sur des villes libyennes en avril 1986. Une centaine de personnes avaient été tuées, et Kadhafi avait lui-même été blessé. La résidence du dictateur a également été visée par les frappes. La fille adoptive de Kadhafi est morte dans les décombres. -ou selon d'autres sources, il l'aurait adoptée à titre posthume- Un mémorial rappelle l'attaque. Seules les sanctions de l'ONU, après l'attentat du 21 décembre 1988 sur un vol de la Pan Am qui s'est écrasé sur Lockerbie, ont eu un impact sur le dictateur. En 1999, les soupçons pèsent sur Kadhafi qui doit payer des indemnités aux victimes. Kadhafi reste un ennemi d'Israël. Il se retrouve ici au chevet de Yasser Arafat, blessé lors d'un atterrissage d'urgence dans le désert libyen. Le dictateur a consolidé son pouvoir grâce aux moyens habituels: l'interdiction de l'opposition, une police répressive et l'imposition du culte de sa personnalité. Les montres avec un portrait du colonel ont fait un tabac en Libye. Protester contre le régime n'était possible que de l'étranger, comme ici en France. La dictature kadhafiste laisse certaines libertés. Les femmes peuvent choisir librement leur profession. De plus l'Etat ne leur impose pas le port du voile. Elle peuvent même servir dans l'armée. La qualité de la garde personnelle de Kadhafi était bien connue: il s'agit de femmes formées dans la pratique de différents arts martiaux. Kadhafi était aussi connu pour prendre sa tente lors de ses voyages à l'étranger, comme à Bruxelles. Safiya Kadhafi, seconde épouse du leader libyen. Le couple a huit enfants, dont sept fils. L'aîné, Mohammed (1970), dirige le Comité olympique libyen et est à la tête de l'entreprise de télécommunications d'Etat. Saïf al-Islam (1972), le second, a été inculpé en 2002 à Londres pour blanchiment d'argent. En 2006, il a concouru dans l'opposition face à son père, avant de quitter la Libye, mais il est revenu. Il est considéré comme un successeur potentiel de Kadhafi. Saadi (1973), le troisième, est président de la Fédération libyenne de football et a joué à quelques reprises pour l'équipe italienne de la Sampdoria. En 2003, il était convaincu de dopage. Mutassim (1975) est le chef du Conseil national de sécurité, et dirige sa propre brigade. Aïcha (1976), lors d'une visite à l'ami de papa Saddam Hussein, alors que celui-ci était encore au pouvoir. L'avocate allait devenir par la suite l'un des procureurs de la défense du dictateur irakien. Le plus connu en Suisse romande, Hannibal (1977), dont l'arrestation à Genève avait déclenché une crise diplomatique entre la Suisse et la Libye. En 2005, il avait déjà été condamné à une peine avec suris au Danemark, pour cause d'abus sur sa petite amie qui était enceinte. Trois enquêtes pour contrebande d'armes sont actuellement ouvertes en Allemagne contre Saif-al-arab (1979). Depuis, Kadhafi déclare avoir renoncé à l'élaboration d'armes de destruction massive. Il est de nouveau le bienvenu sur la scène diplomatique internationale. En 2002, il offre au chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi une carabine provenant de l'ère coloniale. Pourtant la discorde pèse toujours sur le dirigeant libyen, lorsqu'il est en déplacement à l'étranger. En 2007 le président français Nicolas Sarkozy avait été vivement critiqué concernant son accueil inconditionnel du dictateur. Kadhafi est mort à l'âge de 68 ans. Il aura régné sur la Libye pendant 42 ans avant de mourir, le 20 octobre 2011 à Syrte.

Une faute?

Cette décision a été prise en raison de l'absence de plusieurs accusés, dont le fils de l'ex-dirigeant, Seif al-Islam.

Sur les 37 accusés, seuls 23 se sont présentés devant la Cour pénale de Tripoli, protégée par des mesures de sécurité exceptionnelles.

Seif al-Islam, détenu par des ex-rebelles à Zenten (170 km au sud-ouest de Tripoli) depuis son arrestation en novembre 2011, n'a pas comparu, les autorités judiciaires estimant que les conditions de sécurité ne permettent pas son transfert dans la capitale libyenne.

Mais le tribunal a décidé lundi de permettre sa comparution par vidéoconférence, de même que celle d'autres accusés détenus à Misrata (200 km à l'est de Tripoli), comme Mansour Daw, ancien chef de la sécurité intérieure.

Amnesty International a dénoncé dans un communiqué cette mesure, qui risque de transformer l'affaire «en mascarade», ajoutant que cela empièterait sur le droit des accusés à un procès équitable.

Abdallah al-Senoussi, l'ex-chef des renseignements de Mouammar Kadhafi, et son dernier Premier ministre, Baghdadi al-Mahmoudi, étaient dans le box des accusés, aux côtés de 21 autres anciens responsables, tous vêtus de la tenue bleue des prisonniers.

Au bout de 40 minutes, la cour a décidé d'ajourner le procès au 27 avril à la demande du parquet et des avocats, notamment pour la mise en place de la liaison par satellite avec les accusés.

Le 24 mars, la cour avait reporté l'ouverture du procès à ce lundi en raison, déjà, de l'absence de plusieurs accusés.

L'ajournement permettra aussi aux avocats de prendre connaissance du dossier, a ajouté la cour.

Des avocats ont en effet affirmé ne pas avoir eu accès au dossier, ce que le parquet a réfuté, affirmant leur avoir uniquement interdit de faire des copies.

Alors que le tribunal demandait aux accusés s'ils avaient des demandes, Abdallah al-Senoussi, visiblement affaibli, a «réclamé à la cour de mettre fin à son traitement spécial».

«Je souhaite que ce traitement prenne fin, afin de pouvoir recevoir la visite de ma famille comme les autres prisonniers», a-t-il dit, sans donner d'autres détails.

Baghdadi al-Mahmoudi a demandé de son côté que ses avocats puissent se rendre en prison et déploré que des membres de son équipe de défense n'aient pas pu accéder au tribunal.

Réagissant à ces demandes, le parquet a indiqué que M. Senoussi avait déjà reçu des membres de sa famille et affirmé n'avoir refusé aucune demande de visite.

Le représentant du parquet, al-Seddik al-Sour, a justifié par ailleurs le «traitement spécial» imposé à certains accusés par «la gravité des charges à leur encontre».

Une dizaine de chefs d'accusations ont été retenus contre les détenus, inculpés en octobre notamment pour assassinats, pillages et sabotages, actes portant atteinte à l'union nationale, complicité dans l'incitation au viol, enlèvement et dilapidation des deniers publics.

Saadi, un autre fils de Mouammar Kadhafi, extradé début mars par le Niger où il avait trouvé refuge, devrait lui aussi être jugé dans le cadre de cette affaire. Mais il doit comparaître auparavant devant la chambre d'accusation.

Seif al-Islam, longtemps présenté comme successeur potentiel de son père, et M. Senoussi font l'objet de mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre présumés lors de la révolte.

Fin mai, la CPI avait débouté les autorités libyennes de leur demande de juger devant les tribunaux libyens Seif al-Islam en raison des doutes sur la capacité de Tripoli à lui garantir un procès juste et équitable.

La CPI a toutefois donné en octobre son feu vert à la Libye pour juger M. Senoussi.

Des organisations de défense des droits de l'Homme ont aussi exprimé des doutes quant au caractère équitable des procédures en Libye et accusent les milices de détenir des centaines de prisonniers en dehors de tout contrôle de l'Etat.

Lundi encore, Human Rights Watch a exprimé ses «préoccupations» concernant le procès des anciens dignitaires du régime kadhafiste, déplorant notamment «l'accès limité à des avocats et à des documents clés» de l'affaire.

ila/cbo/cco

(afp)