Grèce

19 avril 2019 09:29; Act: 19.04.2019 21:10 Print

Le procès interminable des néonazis d'Aube dorée

Trois meurtres attribués à des militants néonazis sont jugés depuis 350 jours à Athènes. Le dossier, tentaculaire, est devenu symbolique de la recrudescence du néonazisme en Grèce.

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La peinture représente Pavlos Fyssas, le musicien grec tué par un militant d'Aube dorée. (Photo: Keystone)

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«Je veux la peine maximale pour Aube dorée, il s'agit d'une organisation criminelle»: Magda Fyssas, assise au fond de la salle de la cour pénale d'Athènes, suit depuis quatre ans l'interminable procès du parti néonazi, dont le verdict est attendu d'ici fin 2019.

Son fils, Pavlos Fyssas, rappeur engagé, a été poignardé le 19 septembre 2013 à l'âge de 34 ans dans la banlieue sud-ouest d'Athènes. Un membre d'Aube dorée est accusé du meurtre.

Ce drame a déclenché une vague de poursuites pénales contre dirigeants, députés et membres du parti qui jusque-là bénéficiait d'une quasi impunité pour des agressions contre des migrants et militants de gauche.

Entamé le 20 avril 2015, ce procès inédit compte déjà 350 jours d'audience, autant de témoins, plus d'une centaine d'avocats et un dossier d'instruction pesant 1,5 teraoctets. Soixante-neuf personnes sont jugées, dont le leader du parti Nikos Mihaloliakos, député de 61 ans, et d'autres hauts dirigeants. Accusées de «constitution d'organisation criminelle» et de divers crimes et délits, elles encourent de cinq à vingt ans de prison.

En liberté conditionnelle depuis 2015 après 18 mois de détention provisoire, les accusés n'ont jamais assisté physiquement aux audiences. Ils sont représentés par leurs avocats et qualifient ce procès de «complot» visant à ternir l'image du parti.

Outre le meurtre de Pavlos Fyssas, deux autres crimes sont jugés: l'attaque contre quatre pêcheurs égyptiens près du Pirée en juin 2012, et «la tentative d'homicide», en 2013, de membres du syndicat communiste Pame. Pour la partie civile, il s'agit d'un procès «historique».

«C'est la première fois depuis le procès Nuremberg qu'un parti politique est accusé d'être une organisation criminelle dont les membres ont commis des actes violents», explique à l'AFP Me Chryssa Papadopoulou, qui représente la famille Fyssas.

«Chape de plomb»

En cette 336ème séance, la salle d'audience est clairsemée. Trois juges dirigent les débats. A côté du procureur, une dizaine d'avocats de la défense ou de la partie civile croisent le fer, en présence de quatre journalistes.

«Mon enfant est irréprochable, il n'a rien fait», se défend la mère d'un des accusés. «Quel âge a votre fils?» demande la présidente de la cour. «27 ans, il habite avec moi, il travaille, il n'avait aucun rapport avec Aube dorée, si c'était le cas je le saurais, il ne s'occupe pas de politique», lui répond la mère de famille.

Il y a «une chape de plomb sur le procès, je m'attendais à plus de monde lors des débats», s'émeut Magda Fyssas, vêtue de noir, visiblement émue.

«Le moment crucial des plaidoiries approche et les accusés devront rendre des comptes», estime Me Thanassis Kampayannis, de la partie civile.

Entré pour la première fois au Parlement en 2012, au pic de la crise, Aube dorée est la quatrième force politique grecque avec 16 députés sur 300.

Dans les intentions de vote aux élections européennes de mai, Aube dorée est créditée d'environ 5,5%, en baisse par rapport à son score aux dernières législatives de 2015 (6,9%).

Sa direction nie actuellement toute idéologie «néonazie» et «toute violence», et se proclame parti «d'extrême droite» et «nationaliste populaire». Mais pour la partie civile, «l'instruction s'est avérée accablante».

«Elle a prouvé non seulement que les actes incriminés ont été commis, mais qu'ils ont été commis dans le cadre d'une organisation criminelle ayant une structure hiérarchique (...) et une idéologie nationale-socialiste», affirme Me Kampayannis.

Pour Naïm Elgadour, président de la communauté musulmane en Grèce, «tout le monde a vu des vidéos avec les milices », des groupes d'hommes en noir, portant des symboles similaires à la croix gammée, sillonnant les rues d'Athènes et tabassant à coups de pied ou de barres de fer.

«Chaque fois qu'Aube dorée se sent menacée, elle fait son apparition dans les rues pour confirmer sa présence», affirme Lefteris Papayannakis, vice-maire d'Athènes. Le nombre d'agressions d'Aube dorée s'est considérablement réduit depuis le meurtre de Fyssas, mais les violences sporadiques ont repris à l'approche des élections européennes et municipales et dans la perspective des législatives à l'automne.

(nxp/afp)