Roumanie

10 novembre 2019 21:19; Act: 10.11.2019 23:30 Print

Le proeuropéen Iohannis en tête de la présidentielle

Le président sortant conserve son avance au terme du premier tour de l'élection présidentielle de dimanche en Roumanie.

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Klaus Iohannis, issu de la minorité allemande, incarne un nouvel exemple de mobilisation des libéraux face au nationalisme en Europe. (Photo: AFP)

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Le proeuropéen Klaus Iohannis est arrivé largement en tête au premier tour de l'élection présidentielle en Roumanie dimanche et devrait l'emporter au second tour contre l'ex-Première ministre sociale-démocrate Viorica Dancila, selon des résultats partiels.

Klaus Iohannis, le président sortant libéral issu de la minorité allemande, a obtenu un peu plus de 36% des voix, selon ces résultats communiqués par l'Autorité électorale après le dépouillement de plus de 90% des bureaux de vote.

Il «est assuré d'être reconduit pour un second mandat de cinq ans», car le report des voix devrait se faire en sa faveur, a déclaré à l'AFP l'analyste politique Andrei Taranu.

Son parti, le PNL, confirme la dynamique enclenchée lors des Européennes de mai, où il était déjà arrivé en tête en portant les idéaux d'intégration au projet communautaire. La Roumanie a rejoint l'Union européenne (UE) en 2007.

Viorica Dancila, dont le gouvernement a été renversé par le parlement le mois dernier, a recueilli 24% des voix. Son parti social-démocrate (PSD) a perdu environ 22 points depuis son triomphe aux législatives de 2016.

«La guerre n'est pas finie»

«Victoire, nous avons vaincu les sociaux-démocrates», a lancé Klaus Iohannis, 60 ans, devant des sympathisants de sa formation rassemblés à son siège de campagne. «Mais la guerre n'est pas finie, nous devons encore franchir une nouvelle étape dans deux semaines», lors du second tour, le 24 novembre, a-t-il ajouté.

«Je suis contente (...), nous sommes présents au second tour, je remercie ceux ayant voté avec leur coeur», a pour sa part déclaré Viorica Dancila.

Le PSD, qui a dominé la vie politique ces 30 dernières années, redoutait pour la première fois de ne pas se retrouver au second tour et Viorica Dancila, première femme à se qualifier en Roumanie, paraissait soulagée dimanche.

Les estimations ne prennent pas en compte le vote des Roumains de la diaspora, dont un nombre record de 650'000 a exprimé son suffrage. Mais selon les analystes, il ne devrait pas changer l'ordre d'arrivée des candidats. Après une forte mobilisation dans la matinée, la présence aux urnes s'est graduellement tarie, le taux de participation s'élevant à près de 48%, contre 52% il y a cinq ans.

Défense de l'État de droit

«Il nous aura fallu trente ans pour avoir la possibilité de choisir entre des candidats qui ne soient pas tous issus du parti communiste», renversé en décembre 1989, s'est félicité Bradut Bumbas, un Bucarestois rencontré par l'AFP dans un bureau vote, en compagnie de son épouse et de leur fillette.

Klaus Iohannis, un luthérien dans un pays orthodoxe, a axé sa campagne sur la défense de l'État de droit, menacé selon lui par des sociaux-démocrates qualifiés de «toxiques» et d'«incompétents», en perte de popularité pour avoir tenté d'assouplir la législation anticorruption. Leurs projets de refonte du système judiciaire ont été vivement dénoncés par la Commission européenne.

Sous leur direction, la Roumanie s'est nettement moins teintée de nationalisme que la Hongrie ou la Pologne. Toutefois, depuis son retour au pouvoir, le PSD a multiplié les discours souverainistes ces trois dernières années, se présentant comme le défenseur des Roumains contre les institutions communautaires.

Nouvelle identité à trouver

Les sociaux-démocrates «n'ont plus de force, en l'absence d'un leader puissant», a estimé Andrei Taranu, rappelant que l'ancien chef de cette formation, le sulfureux Liviu Dragnea, a été incarcéré pour corruption en mai. Accusés de corruption, «ils devront se chercher une nouvelle identité», estime pour sa part le sociologue Vasile Dancu.

La réélection de Klaus Iohannis pourrait consolider le courant libéral à l'Est de l'UE face aux partis nationalistes, après les succès de progressistes en Slovaquie et en Hongrie cette année. Début novembre, un gouvernement libéral dirigé par Ludovic Orban a été installé à Bucarest en attendant les prochaines législatives prévues à la fin 2020.

(nxp/ats)