Trafic ferroviaire

12 février 2019 14:59; Act: 13.02.2019 06:42 Print

Projet Lyon-Turin: Rome parle de gouffre financier

Selon des experts mandatés par le gouvernement italien, la liaison ferroviaire présente des coûts supérieurs à ses bénéfices. Le projet pourrait être abandonné.

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Contesté depuis ses débuts il y a près de 30 ans mais déjà bien entamé, le Lyon-Turin divise profondément la coalition populiste au pouvoir à Rome. (Photo: AFP)

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Le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin n'est pas rentable: c'est la conclusion sans appel de l'analyse commandée par le ministère italien des Transports, qui pourrait aboutir à un abandon du projet et envenimer encore davantage les relations entre Paris et Rome.

Contesté depuis ses débuts il y a près de 30 ans mais déjà bien entamé, le Lyon-Turin divise profondément la coalition populiste au pouvoir à Rome. La Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini est très favorable à ce projet cher à sa base de petits entrepreneurs, tandis que le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) de l'autre vice-Premier ministre, Luigi Di Maio, y est farouchement opposé, y voyant un gaspillage d'argent public.

La coalition a donc commandé une analyse coûts-bénéfices avant de se prononcer sur sa poursuite ou son arrêt. Ce rapport de 79 pages, remis le 9 janvier au ministre italien des Transports, Danilo Toninelli, puis le 5 février à l'ambassadeur de France à Rome, a été rendu public mardi.

Les experts y concluent que cette ligne à grande vitesse «présente une rentabilité très négative», estimant ses coûts supérieurs de 7 milliards d'euros à ses bénéfices d'ici à 2059. La commission évalue à 7,9 milliards d'euros les coûts futurs d'investissement et la gestion de l'infrastructure.

«Chiffres impitoyables»

Concernant le transport des marchandises, l'impact sera négatif à hauteur de 463 millions d'euros, les bénéfices du passage de la route vers le train étant selon eux loin de compenser la baisse des recettes pour l'Etat (péages routiers, accises...).

En revanche, concernant le trafic passagers, l'analyse fait état d'un «bénéfice positif de 1,3 milliard», ce qui porte le solde négatif à 7 milliards dans le cadre d'un «scénario réaliste de croissance de l'économie et du trafic».

«Comme chacun peut désormais le voir tout seul, les chiffres (...) sont extrêmement négatifs, je dirais impitoyables», a jugé le ministre Toninelli, membre du M5S et opposé au projet. Mais «l'évaluation négative (...), je veux le dire de manière claire, n'est pas contre l'Union européenne ou contre la France. Elle doit être vue plutôt comme un élément précieux d'information», a-t-il ajouté, en soulignant que la décision finale reviendrait «au gouvernement dans sa pleine collégialité».

Il y a quelques jours, M. Toninelli avait souligné que cette publication devait être le «point de départ d'un dialogue» entre Rome et Paris, avec l'organisation rapidement d'une «rencontre bilatérale».

- Méthodologie contestée -

Mais ce dossier risque surtout d'être un point de discorde supplémentaire entre les deux capitales, à couteaux tirés ces dernières semaines. La France a rappelé jeudi son ambassadeur en Italie après une série de déclarations jugées «outrancières» de responsables italiens, une rare escalade entre ces deux piliers de l'UE.

Le rapport risque aussi de créer de nouvelles tensions au sein de l'exécutif, au risque, selon certains commentateurs, de le faire chuter, tant l'opposition est forte entre la Ligue et le M5S dans ce dossier.

La composition et la méthodologie de la commission sont également très contestées. Selon des parlementaires du Parti démocrate (PD, opposition de centre-gauche), cinq de ses six membres, dont son président Marco Ponti, ont exprimé dans le passé des jugements négatifs sur le projet. Et le mode de calcul fait aussi grincer des dents du côté de la Ligue.

«Etonnant parti pris»

Côté français, le Comité pour la transalpine Lyon-Turin juge pour sa part que l'analyse est basée sur un «étonnant parti pris». «Tout en minorant les bénéfices environnementaux colossaux de l'infrastructure, le Pr Ponti inscrit dans la colonne coûts le manque à gagner pour l'Etat italien que constituerait une diminution importante des taxes sur le carburant et du produit des péages autoroutiers.

Pour résumer, moins il y aura de poids lourds et de voitures dans les Alpes, plus le rapport coûts-bénéfices du Lyon-Turin sera négatif. Un raisonnement qui vaut son pesant de CO²», fustige le comité.

L'Union européenne, qui a déjà injecté environ 500 millions d'euros dans le projet, a souligné récemment que sa suspension «mettrait en question l'accord de subvention en cours, et pourrait conduire à sa résiliation et au recouvrement total ou partiel des sommes déjà versées».

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • valais le 12.02.2019 15:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    au fond du tunnel

    quand on veut tuer son chien on dit qu'il a la rage, les 5 font dire aux chiffres ce qu'ils veulent. tous n'ont pas signé ce rapport financier et pour cause. combien de milliards coutera la plaisanterie si les travaux sont arrêtés ? remboursement de l'avance européenne, dédommagements à la France, chômage etc... on est en plein délire !

  • Raoul Ménard le 12.02.2019 15:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Alitalia

    Ben oui, injectons des capitaux dans Alitalia. C'est un modèle de rentabilité. Si les politiciens italiens étaient bon en business, ça se saurait...

  • onway le 12.02.2019 17:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Stop aux transit des PL

    Seule solution pour rentabiliser ces infrastructures, il faut rendre le transit des Alpes par la route, totalement interdit pour les PL, de la France à l'Autriche, et mettre sur le rail tous ce trafic de camions. En Autriche, un tunnel est en construction sous le Brenner depuis Innsbruck, pour les mêmes raisons.

Les derniers commentaires

  • Voyance le 12.02.2019 18:37 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    pas rentable

    en effet avec le dégringolade planétaire qui se profile a l'horizon il ne sera pas possible de rentabiliser quoi que ce soit a partir de 2040.. tout va imploser

  • Marcella le 12.02.2019 18:14 Report dénoncer ce commentaire

    Décidement

    l' Italie de Salvini me decoit un peu plus chaque jour. l' avenir du pays de mes ancetres est bien sombre.

    • Mario le 12.02.2019 18:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Marcella

      Di maio est contre Salvini pour .. c'est vrais en effet que faire transiter par rail ce qui passe par le Gothard serait fort intelligent surtout le trafic produits dangereux et marchandises les camions tir trop polluant brouillants encombrants

  • onway le 12.02.2019 17:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Stop aux transit des PL

    Seule solution pour rentabiliser ces infrastructures, il faut rendre le transit des Alpes par la route, totalement interdit pour les PL, de la France à l'Autriche, et mettre sur le rail tous ce trafic de camions. En Autriche, un tunnel est en construction sous le Brenner depuis Innsbruck, pour les mêmes raisons.

  • Renzo le 12.02.2019 16:14 Report dénoncer ce commentaire

    Poil dans la main

    Ils ont plus un rond les populistes italiens. Ils ont déjà tant promis à leurs gilets jaunes qui rêvent de retraite à 50 ans sans jamais avoir bossé.

    • bamboo le 12.02.2019 18:29 Report dénoncer ce commentaire

      @Renzo

      Où avez-vous entendu que les Gilets jaunes rêvent de retraite à 50 ans ? Ils veulent juste pouvoir vivre dignement de leur travail, comme en Suisse. Est-ce trop demandé à un gouvernement ? Quant à Salvini et Di Maio, ils ne sont pas maqués à la haute finance mondialisée, comme Macron.

  • Philippe le 12.02.2019 16:11 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vinci

    Aucun intérêt un gouffre financier pour le peuple des deux pays mais un projet très lucratif pour La société Vinci qui entre nous finance les campagnes électorales en France. Heureusement en Suisse c'est la Confédération qui gère les tunnels et autoroutes. Dommage pour Maudet et sa prochaine retraite.