Législatives en Algérie

10 mai 2012 21:19; Act: 10.05.2012 21:26 Print

Le scepticisme, principal défi des législatives

Les Algériens ont voté en rangs clairsemés jeudi pour renouveler leur Parlement.

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Les électeurs ne se sont pas déplacés en masse. (Photo: Reuters)

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Les électeurs algériens ont ainsi manifesté leur scepticisme face à la volonté des autorités de faire de ce scrutin une étape marquante de la démocratisation de la vie politique.

Le taux de participation s'établit à 27,04% à quatre heures de la fermeture des bureaux de vote, a déclaré le ministre de l'Intérieur, Daho Ould Kablia, mais seulement 19% à Alger. «Les gens sont heureux», a-t-il ajouté. Jeudi a été déclaré jour férié pour encourager les électeurs à se déplacer.

Les diplomates s'attendent à un taux de participation comparable à celui des élections de 2007 (35%). En l'absence de sondages de sortie des urnes, les premiers résultats ne sont pas attendus avant vendredi. Un journaliste de Reuters est resté 45 minutes devant un bureau de vote de Bab el Oued, un quartier populaire d'Alger, sans voir un seul électeur se présenter. Dans deux autres bureaux, 10% environ des inscrits avaient voté jusqu'au milieu de l'après-midi.

Population sceptique

En plein «printemps arabe», le président Abdelaziz Bouteflika avait promis en avril 2011 la tenue de ces élections législatives, deux mois après un début de manifestations étouffées dans l'oeuf par la police anti-émeutes. Dans le même temps, le chef de l'Etat avait promis d'amender la Constitution afin de «renforcer la démocratie représentative». De nombreux Algériens ne croient cependant pas aux promesses de réformes même si peu d'entre eux aspirent à un soulèvement, dans un pays hanté par la guerre civile qui a fait dans les 200'000 morts dans les années 1990 et au début des années 2000.

«Le parlement n'a aucun pouvoir»

Karim Chiba, un homme d'une trentaine d'années assis devant une tasse de café à Zeralda, à l'ouest de la capitale, ne compte pas se déplacer jusqu'au bureau de vote.

«Pour quoi faire ?» dit-il. «Le parlement n'a aucun pouvoir et les députés ne sont pas assez compétents pour changer le rôle de leur institution.»

pour beaucoup d'autres Algériens, les élections ne changent rien. Le vrai pouvoir, disent-ils, est entre les mains d'un réseau informel qui a pour origine les forces de sécurité.

Islamistes modérés

Pour la première fois en un demi-siècle d'histoire de l'Algérie indépendante, les partis islamistes modérés devraient devenir le bloc le plus important à l'Assemblée nationale, qui compte 462 sièges, estiment diplomates et analystes. L'Algérie suivrait de fait la tendance observée lors des élections intervenues en Tunisie, en Egypte et au Maroc. Mais il y a peu de chance qu'un tel scénario, s'il se confirme, engendre des changements de taille: les islamistes qui l'emporteraient - ceux du bloc de l'Alliance verte sont favoris - sont des modérés, respectueux des institutions. Plusieurs de leurs dirigeants sont déjà ministres, comme Amar Ghoul, qui détient le portefeuille des Travaux publics.

Nouvelles prérogatives

Président du Mouvement de la Société pour la paix (MSP, membre de l'Alliance verte), Bouguerra Soltani a assuré que le nouveau Parlement serait différent des précédents car doté de nouvelles prérogatives. A ce scrutin participe également le Front des forces socialistes (FFS), la plus importante force de l'opposition, qui a annoncé en mars qu'elle mettait fin à quinze années de boycottage des élections.

Nouveau premier ministre

La première mesure après ces législatives sera selon bon nombre d'observateurs la nomination d'un nouveau Premier ministre. Le sortant, Ahmed Ouyahia, est en place depuis 2008 et le programme de nationalisme économique qu'il a fait appliquer a singulièrement refroidi le climat des affaires dans le pays, quatrième plus gros producteur de pétrole brut d'Afrique.

Une relative ouverture devrait intervenir dans ce domaine. Amar Ghoul pourrait lui succéder. Puis devrait venir la révision de la Constitution, qui devrait redistribuer au parlement une partie des pouvoirs actuellement dévolus au chef de l'Etat. Cela devrait être suivi de la tenue d'une élection présidentielle. Agé de 75 ans, Abdelaziz Bouteflika, de santé fragile, ne devrait pas briguer de quatrième mandat.

(reuters/ats)