Espagne

11 novembre 2019 02:49; Act: 11.11.2019 02:49 Print

Le succès de l'extrême droite espagnole, c'est lui

Inconnu il y a encore quelques mois, Santiago Abascal a fait de son parti Vox la troisième force à la chambre des députés.

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Santiago Abascal, dimanche après le résultat des élections législatives espagnoles. (Photo: Keystone)

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Cultivant une image de dur pourfendant les «traîtres» à l'unité du pays et apôtre des «Espagnols d'abord», Santiago Abascal a ressuscité l'extrême droite en Espagne en exploitant la crise en Catalogne avec son parti Vox.

«Il y a seulement 11 mois nous n'étions représentés dans aucune institution (...) Aujourd'hui, nous sommes la troisième force politique d'Espagne» avec 52 députés, a-t-il lancé dimanche devant des militants fervents, à Madrid à l'issue des élections législatives.

Habitué à se mettre en scène sur Instagram dans des poses viriles, Abascal faisait diffuser dans ses meetings une vidéo le montrant, seul, traversant champs et forêts pour gravir une montagne. Puis apparaissait le slogan «Rendre l'Espagne à nouveau grande», inspiré de celui du président américain Donald Trump.

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Paseo por la Sierra Salvada. #Tologorri #SierraSalvadaUne publication partagée par ?? Santiago Abascal ?? (@santi_abascal) le

La barbe impeccablement taillée, ce politicien professionnel est un ancien député du Parti populaire (PP, conservateur) au parlement régional du Pays basque. Il a fondé Vox en 2014 avec d'autres anciens de l'aile dure du PP, en accusant cette formation de «mollesse».

Normalisation du parti

Marginale à ses débuts, Vox a fait sensation en avril en faisant son entrée au parlement espagnol, avec 24 députés dans un pays où l'extrême droite étaient résiduelle depuis la fin de la dictature franquiste en 1975. Et ces derniers mois, le parti s'est normalisé dans le paysage politique, quand la droite a profité de son soutien pour regagner ou conserver le pouvoir dans différentes régions et villes dont Madrid.

De plus en plus présent dans les médias, Abascal a même pu se montrer souriant et blagueur en octobre, sur le plateau d'une émission d'humour très populaire. «Je ne suis pas fasciste», «je suis une personne ouverte et tolérante», assurait-il à l'animateur, devant 4,7 millions de téléspectateurs. Ces derniers mois, il aura diffusé partout son appel à expulser tous les sans-papiers, y compris les mineurs non accompagnés, en violation de la Convention internationale des droits de l'enfant.

«Indépendantisme criminel»

Ses fausses affirmations anti-migrants et anti-islam suscitent les applaudissements lors des meetings, où il semble souvent copier des éléments de campagne du Rassemblement national de Marine Le Pen en France ou de la Ligue de Matteo Salvini en Italie. Et son éventail de propositions chocs - telle l'abrogation de la loi contre les violences sexistes que le parti accuse de «criminaliser l'homme» - suscitent des polémiques très médiatisées.

Mais en Espagne, ce sont surtout ses diatribes contre «l'indépendantisme criminel», les «ennemis de l'Espagne» et la «lâcheté» des grands partis dans la crise catalane qui alimentent la montée de Vox. «Ce n'est pas son charisme qui attire les électeurs.(...) Le succès de son parti vient de la crise en Catalogne et du fait que les partis classiques ont été incapables de trouver une solution», analyse Ignacio Jurado, politologue à l'université Carlos III de Madrid.

Une crise à laquelle lui-même répond par la surenchère constante, en prônant l'arrestation «immédiate» du président catalan, le retour à un Etat centralisé ou l'interdiction pure et simple de tous les partis séparatistes.

Menacé par l'ETA

Né à Bilbao et élevé à Amurrio, un village du Pays basque dont son grand-père fut maire sous la dictature de Francisco Franco (1939-1975), Santiago Abascal, 43 ans, raconte volontiers que son père, conseiller municipal PP, échappa à trois tentatives d'assassinat par les séparatistes de l'ETA, groupe armé clandestin qui s'est dissous en 2018.

«Il est évident que tous les gens menacés par l'ETA n'ont pas connu cette radicalisation. La tradition idéologique de sa famille a aussi dû jouer un rôle», dit à l'AFP Beatriz Acha, politologue à l'Université publique de Navarre. Père de quatre enfants de deux mariages différents, Abascal confirme volontiers posséder un revolver Smith & Wesson, fait rare dans un pays à la législation très restrictive sur le port d'armes qu'il aimerait d'ailleurs assouplir.

Les liens du nouveau parti avec les défenseurs de la dictature de Francisco Franco (1939-1975) ne sont pas publiquement assumés, même si Vox a présenté cette année d'anciens généraux nostalgiques du franquisme comme candidats et que Santiago Abascal a fait campagne en rejetant farouchement la récente exhumation de Franco de son gigantesque mausolée, qualifiée de «profanation».

(nxp/ats)