Monde

17 janvier 2020 17:19; Act: 17.01.2020 17:19 Print

Les Balkans étouffent dans une brume toxique

L'hiver s'est installé sur les Balkans et avec lui une épaisse purée de pois. La faute au charbon et au bois qu'utilisent les habitants privés d'énergie propre.

Sarajevo étouffe sous une épaisse fumée. (Images: AFP)
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Sarajevo, Pristina, Belgrade et Skopje étouffent. Selon l'application AirVisual, les capitales des Balkans font le yoyo dans le top 10 des villes les plus polluées du monde. Cette semaine, Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), s'est retrouvée sur la première marche du triste podium, devant Oulan-Bator (Mongolie) et Dacca (Bangladesh). Belgrade (Serbie) arrive à la huitième place.

Alors que l'hiver s'est installé dans la région du Sud de l'Europe, une épaisse brume toxique donne le tournis aux habitants. La faute revient en partie au charbon et au bois qu'utilisent les personnes privées d'énergie propre.

«La Serbie suffoque, quelqu'un a-t-il vu le ministre» de l'Environnement?», s'insurgeait récemment en une le journal Blic alors que la capitale serbe peine à respirer dans un brouillard blanchâtre. Ailleurs, l'opinion commence à dénoncer l'inaction politique et réclamer un air sain.

D'après une étude récente du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), la pollution de l'air est directement responsable d'environ 20% des décès prématurés dans 19 villes des Balkans occidentaux.

Les causes sont multiples: centrales au lignite, un charbon brun particulièrement polluant, industries, parcs automobiles vétustes, manque de transports en commun...

Électricité trop chère

Mais l'hiver, le chauffage domestique au bois ou au charbon, voire aux pneus de voiture ou aux déchets plastiques, crache dans l'atmosphère sa part de particules fines. À noter que l'électricité est chère dans ces pays où le salaire moyen ne dépasse pas les 500 euros, et où peu ont accès au chauffage central. Selon le PNUE, plus de 60% des habitants des Balkans occidentaux utilisent du combustible solide pour se chauffer.

«Je sais que c'est polluant, je ne suis pas idiot», lance Trajan Nestorovski, un mécanicien qui vit à Lisice, banlieue ouvrière de Skopje, capitale de Macédoine du Nord, où quasiment tout le monde se chauffe au bois. «Mais l'autre choix c'est de chauffer ma maison à l'électricité et c'est sacrément cher».

«C'est préhistorique»

Même problématique à Pristina, où flottent déjà toute l'année les odeurs âcres de deux centrales à charbon à la technologie antédiluvienne. L'hiver, c'est pire. Mais certains n'ont pas le choix. «Se chauffer au charbon au XXIe siècle, c'est préhistorique», constate amer, Arben Bytyci, ouvrier de 40 ans. «C'est affreux. Il n'y a rien de pire mais que peut-on faire?», renchérit Sali Ademi, retraité de 78 ans.

Autre problème de taille: Sarajevo, comme Skopje, est cernée par les montagnes empêchant la pollution de se disperser. La capitale bosnienne est une cuvette où les cheminées fument par dizaines de milliers, prenant au piège ses 340'000 habitants, pour qui la seule solution reste souvent la fuite.

Se sauver en téléphérique

Sakiba Sahman, 60 ans, emprunte dès qu'elle peut le téléphérique pour grimper à 1'160 mètres d'altitude sur le mont Trebevic, au dessus de la chape de pollution, profitant d'une réduction de 50% du prix du billet décidée par les autorités jusqu'à fin janvier. «On vient passer quelques heures pour s'aérer les poumons», explique-t-elle à l'AFP.

Dans la rue pour crier leur colère

Anes Podic, président de l'association Eko-Akcija, réclame des subventions publiques pour remplacer des dizaines de milliers de poêles à bois aussi inefficaces que «dangereux pour la vie». «Ceux qui payent le prix le plus fort sont les plus pauvres, qui ont un poêle dans une seule pièce de la maison. Les émissions restent partiellement à l'intérieur et les empoisonnent».

Des gens descendent dans la rue pour crier leur colère, comme à Tuzla, dans le nord-est de la Bosnie, où ils ont exigé des autorités un plan quinquennal pour réduire la pollution.

«La seule mesure, c'est de nous recommander de rester enfermés chez nous», dénonce Alisa Kasumovic, une mère de famille. «Les enfants sont actuellement en vacances, mais dans les rues, vous n'en verrez nulle part».

«Greta nous inspire»

En Macédoine du Nord, l'application «My Air» mise au point par un jeune développeur, Gorjan Jovanovski, est la plus populaire du pays. Au pays, des collégiens et lycéens manifestent régulièrement depuis quelques semaines.

«Greta nous inspire tous», dit Iskra Ilieska, 17 ans, en référence à l'adolescente suédoise Greta Thunberg partie en guerre contre le changement climatique. «En hiver, la moitié de la classe est absente à cause de problèmes de poumons. Ce n'est pas normal».

En Serbie, le mouvement d'opposition «Ne davimo Beograd» (N'étranglons pas Belgrade) appelle lui à manifester contre des autorités qui «font semblant de ne pas voir» un «problème littéralement visible».

(afp/szu)

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Les commentaires les plus populaires

  • Patrice balkany le 17.01.2020 17:31 Report dénoncer ce commentaire

    Save the world

    Espérons que la situation s'améliore pour toutes ces populations.

  • green planet le 17.01.2020 17:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    tout est politique

    voilà un endroit où la taxe carbone serait bien investie....

  • Avril1960 le 17.01.2020 17:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pollueurs

    A Soral c'est pareil pendant les heures de pointe quand passent les Shadoks, mais la personne dit rien, même pas un article dans les journaux...

Les derniers commentaires

  • Dvd le 18.01.2020 15:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Avec le virus humain -la planète a de la fièvre

    L'être humain s'est multiplié à tel point, qu'il meurt sous ses propres déjections. Nous aspirons tous à vivre dans une nature préservée en respirant un air pur et buvant une eau propre. Mais cette nature là n'existe plus. Depuis 2008, il y a 1'000'000'000 d'être humain en plus sur cette planète... nous approchons maintenant les 8 milliards. Et les projections tablent sur 11 milliards en 2050-2060. C'est beaucoup trop pour être vivable sur le long terme.

  • Parisien le 18.01.2020 13:58 Report dénoncer ce commentaire

    Ça se rapproche...

    Quand c'est en chine, en inde ou en australie, on s'en fout... mais là, ça se rapproche... c'etait quoi, le smog londonien selon vous? Et dans certaines vallées alpines mal aérées, c'est pas triste non plus, soit dit entre nous.

    • Jony le 18.01.2020 23:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Parisien

      Oui bon mais le smog londonien n'existe plus depuis plus de 30 ans. Maintenant c'est le fog et cela n'a plus rien à voir avec le smog qui lui provenait de la pollution due aux industries. Le fog lui est simplement un phénomène atmosphérique et n'a rien à voir avec la pollution. Faudrait juste se renseigner un peu AVANT de la ramener !

  • Ashtamir le 18.01.2020 06:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    fiel et lisier

    C'est fou cette haine et ce fiel haineux, le lisier puant qui se répandent dans les commentaires sur les articles du 20 Min.... C'est facile quand c'est anonyme !

  • Flasf Jones le 18.01.2020 04:11 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    en Suisse il n'y a pas que des suisses

    vous êtes tellement des rageux les suisses. que vous le vouliez ou non, en Suisse il n'y a pas que des suisses qui vivent !!!

  • Tète Plate le 18.01.2020 03:53 Report dénoncer ce commentaire

    L'Albanie vous remercie

    Alors léquipe de Lausanne avec la gourou Gratemoi Trouenberne et le barbu millionaire qui la fait sauter sur ses genoux , je vous conseille d'aller régler cette affaire au plus vite avec lefficacité que l'on vous connais .