Nicolas Sarkozy inculpé

02 juillet 2014 23:29; Act: 02.07.2014 23:40 Print

Les Français ne croient pas à un acharnement

Nicolas Sarkozy, mis en examen mercredi, est traité comme n'importe quel justiciable et n'a pas de traitement de défaveur pour deux Français sur trois, selon un sondage.

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Bettencourt, Karachi, Libye, sondages de l'Elysée, écoutes de Nicolas Sarkozy, affaire Tapie: le point sur l'épais dossier judiciaire concernant l'ancien président de la République. Nicolas Sarkozy est visé par une nouvelle enquête liée aux comptes de sa campagne présidentielle de 2012. La justice française doit déterminer si le paiement par l'UMP de l'amende infligée à Nicolas Sarkozy après le dépassement de ses comptes de campagne est légal ou non. L'ancien président Nicolas Sarkozy a été placé en garde à vue mardi matin dans un dossier pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction sur la base d'écoutes téléphoniques. Une première pour un ancien chef de l'Etat français sous la Ve République. M. Sarkozy est arrivé peu avant 8h locales à bord d'une voiture noire aux vitres teintées au siège de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), à Nanterre, près de Paris. Son avocat, a été placé en garde à vue depuis lundi, tout comme deux hauts magistrats du Parquet général de la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust.Thierry Herzog et Gilbert Azibert ont été inculpé mercredi de corruption et trafic d'influence. Les enquêteurs cherchent à établir si l'ancien chef de l'Etat, avec l'appui de Me Herzog, a cherché à obtenir des informations auprès d'un haut magistrat sur une enquête le concernant en échange de la promesse d'un poste de prestige. Les espoirs d'un rapide retour en politique de l'ancien président français Nicolas Sarkozy ont été douchés dans la nuit de mardi à mercredi 2 juillet 2014 par sa mise en examen pour pour recel de violation du secret professionnel, corruption et trafic d'influence actif. La corruption et le trafic d'influence sont des délits passibles de peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison. La nouvelle est tombée après plus de 15 heures de garde à vue. L'affaire trouve sa genèse au printemps 2013. L'enquête avait été lancée sur la base de conversations téléphoniques entre Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy, placé sur écoute sur décision de juges financiers qui enquêtent sur des accusations de financement, par , de sa campagne présidentielle de 2007. Les enquêteurs soupçonnent également Nicolas Sarkozy d'avoir été informé qu'il était sur écoute dans l'enquête sur le financement libyen de sa première campagne présidentielle à l'issue de laquelle il avait été élu. L'ancien premier ministre Edouard Balladur est soupçonné d'avoir mis en place un système de rétrocommissions sur des ventes d'armes à l'Arabie saoudite et au Pakistan afin de financer la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Alors ministre du Budget, Nicolas Sarkozy aurait avalisé la création dune société écran au Luxembourg, Heine SA, utilisée pour verser ces commissions. Les juges ont préconisé son audition comme témoin assisté en février 2014 dans cette affaire. Aussi présent dans d'autres affaires, le Franco-Libanais aurait servi d'intermédiaire entre le Gouvernement français, le Pakistan et l'Arabie saoudite. Le un attentat a provoqué la mort de 14 personnes, dont 11 employés français, à Karachi (Pakistan). Des juges français chargés de l'affaire privilégient l'hypothèse de représailles contre la France, organisées par une partie des services secrets pakistanais. Du temps de Nicolas Sarkozy, la présidence de la République aurait passé sans appel d'offres plusieurs marchés pour la réalisation de sondages d'opinion auprès de cabinets dirigés par des proches comme... ... , ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et directeur de la société de conseil Publifact. Ce dernier a aussi admis en mars 2014 avoir enregistré de nombreuses conversations politiques ou privés de Nicolas Sarkozy. Des soupçons de financement illicite de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 existent aussi. Au coeur de l'affaire «Bygmalion», la société qui a organisé la campagne 2012, les relations financières entre cette société de communication, l'UMP et l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Des révélations font état de possibles surfacturations de services par cette société fondée par des proches de l'ancien patron de l'UMP , qui a démissionné de la présidence de l'UMP à la suite de cette affaire. L'enquête, qui couvrira l'année 2012, a été ouverte notamment pour «faux et usage de faux», une incrimination qui concerne les fausses factures émises par Event & Co, la filiale événementielle de Bygmalion. L'abus de confiance concernerait l'éventuel détournement de fonds au préjudice de l'UMP. Une enquête pour détournement de fonds publics a été ouverte en octobre 2013 par le Parquet de Paris sur le financement d'un . Ce meeting n'avait pas été inscrit dans les dépenses de campagne, ce qu'avait épinglé le Conseil constitutionnel. En juillet 2008 à l'issue d'un arbitrage, l'Etat verse 403 millions d'euros, dont 45 au titre du préjudice moral, à pour régler un vieux litige avec le Crédit Lyonnais sur la vente d'Adidas. La ministre de l'Economie Christine Lagarde accepte cette décision. La justice enquête sur les liens entre Tapie et les «arbitres» ainsi que sur l'implication de l'exécutif (Nicolas Sarkozy était alors président), soupçonné d'avoir favorisé l'homme d'affaires. L'affaire a été déclenchée en juillet 2010 par l'ex-comptable des Bettencourt, qui avait alors déclaré à la police s'être vu réclamer 150'000 euros en liquide par leur ancien homme de confiance, Patrice de Maistre, début 2007. Celui-ci lui avait assuré, selon la comptable, vouloir les donner à l'ancien ministre Eric Woerth, alors trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Des membres de l'entourage de la milliardaire ont déclaré avoir vu Nicolas Sarkozy plusieurs fois pendant cette période. Les juges cherchaient à établir si M. Sarkozy a commis un abus de faiblesse aux dépens de Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal alors âgée de 84 ans, en lui demandant de l'argent pour financer sa campagne. Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un non-lieu.

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Selon un sondage BVA-Opinion à paraître jeudi dans «Le Parisien/Aujourd'hui en France», 63% des personnes interrogées (+15 par rapport à mars) ont le sentiment que l'ancien président de la République, mis en examen dans la nuit de mardi à mercredi, est «traité comme n'importe quel justiciable», 35% (-14 en trois mois) pensant à l'inverse qu'il est «particulièrement durement traité pour des raisons politiques». 2% ne se prononcent pas. Si 72% (-4) des Français jugent qu'il est «solide», 62% (-1) «charismatique», 49% (+1) «rassembleur», une majorité (59%, +11) pense en revanche qu'il a «fait son temps». Seuls 23% (-5) le trouvent honnête.

L'ancien chef de l'Etat est nettement devancé (20%, -3) -même s'il maintient une nette avance (50% contre 31%) parmi les sympathisants UMP- par Alain Juppé (35%, =) à la question de savoir quel est le candidat préféré pour représenter l'UMP à la présidentielle de 2017. Viennent ensuite François Fillon (14%, +2), Bruno Le Maire (9%, +1), Nathalie Kosciusko-Morizet (7%, =), Xavier Bertrand (4%, +1) et Jean-François Copé (1%, -1).
A la question «qui souhaiteriez-vous voir à la tête de l'UMP ?», Alain Juppé - qui a déjà dit qu'il ne serait pas candidat à ce scrutin interne de novembre - se classe toujours en tête du classement (21%, -2), devant Nicolas Sarkozy, François Fillon et François Baroin, tous trois à égalité à 12%, puis Bruno Le Maire (8%), NKM et Laurent Wauquiez (7%), Jean-Pierre Raffarin (5%), Xavier Bertrand et Jean-François Copé (3%).

Sondage réalisé les 1er et 2 juillet par internet auprès d'un échantillon de 1050 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

Sarkozy dénonce une humiliation

L'ex-président français Nicolas Sarkozy s'est déclaré mercredi innocent des charges de «corruption active» retenus contre lui par la justice et a estimé que sa garde à vue pendant 15 heures mardi traduisait «une volonté de (l')humilier». «Je vous le dis dans les yeux, je n'ai rien à me reprocher», a-t-il lancé à des journalistes de la chaîne de télévision privée TF1 et de la radio Europe 1, lors de son premier entretien télévisé depuis sa défaite à l'élection présidentielle de 2012 face au socialiste François Hollande.

«Il y a eu une volonté de m'humilier en me convoquant sous le statut de la garde à vue qui n'est pas un statut normal», a-t-il ajouté lors de cette intervention médiatique organisée quelques heures après sa mise en examen (inculpation) mercredi matin pour corruption de magistrat. «Ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges? Devais-je absolument avoir rendez-vous à deux heures du matin avec les deux dames qui m'ont convoqué?», a-t-il aussi demandé.

Nicolas Sarkozy a par ailleurs qualifié de «grotesques» les chefs d'accusation retenus par la justice : «Où est le trafic d'influence ? Où est la corruption ?»

Il a aussi mis en cause l'impartialité de l'une des juges qui l'a mis en examen, Claire Thépaut, en soulignant qu'elle appartenait au Syndicat de la magistrature (SM), classé à gauche.

«Est-il normal qu'on choisisse (...) un magistrat qui appartient au SM?» et «dont l'obsession politique est de détruire la personne contre qui il doit instruire à charge et à décharge?», s'est interrogé l'ancien président.

Interrogé sur l'affaire Bygmalion, cette société soupçonnée de fausses factures lors de sa campagne présidentielle de 2012, il a répondu qu'il n'y avait jamais eu «le moindre système de double facturation».

Nicolas Sarkozy a encore indiqué qu'il dira «fin août, début septembre» s'il revient en politique en étant candidat à la direction de son parti, l'UMP (opposition de droite), à pourvoir cet automne.

L'interview dans son intégralité

EXCLUSIF - Interview de Nicolas Sarkozy sur... par Europe1fr

(20 minutes/afp)