Indonésie

16 avril 2019 09:26; Act: 17.04.2019 07:01 Print

Les Indonésiens élisent leur président

Plus de 190 millions d'électeurs indonésiens vont se rendre aux urnes mercredi pour choisir entre le président sortant, Joko Widodo, et un ex-général.

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Plus grande élection jamais organisée en Indonésie.

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Les Indonésiens votent mercredi pour choisir entre le président sortant, Joko Widodo, et un ex-général au passé très controversé. Ce scrutin constitue un test pour la solidité de la troisième plus grande démocratie au monde.

Plus de 190 millions d'électeurs doivent choisir entre deux candidats à la présidentielle mais aussi entre 245'000 candidats qui se présentent pour un siège aux parlements national et locaux dans le vaste archipel de 17'000 îles. Il s'agit de la plus grande élection jamais organisée dans le pays qui compte la plus importante population musulmane au monde.

Risque de recul

Le président sortant Joko Widodo qui espère profiter d'un boom des infrastructures orchestré pendant son mandat et de la bonne santé de la principale économie d'Asie du Sud-Est, est en tête des sondages. Le président aux origines modestes fait face à Prabowo Subianto, un ex-général lié au régime de Suharto, le même adversaire que lors du précédent scrutin il y a quatre ans.

Le président sortant Joko Widodo

En cas de défaite, l'opposition a déjà prévenu qu'elle pourrait contester les résultats à cause d'irrégularités constatées sur les listes électorales, voire faire descendre ses partisans dans la rue.

«Il y a un grand enjeu dans cette élection», souligne Evan Laksmana, chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales de Jakarta. Il pointe aussi un possible recul de la démocratie en cas d'élection de l'ex-général. «Nous ne savons pas ce que (Subianto) fera s'il gagne et que les contraintes institutionnelles le limiteraient».

Encre certifiée halal

Plus de 800'000 bureaux de vote ont été déployés dans le vaste archipel parsemé de volcans. Les citoyens doivent percer des trous dans les bulletins pour choisir leurs candidats puis tremper leur doigt dans de l'encre certifiée halal, afin d'empêcher que des électeurs se prononcent deux fois.

Prabowo Subianto, ex-général lié au régime de Suharto

De premières estimations publiées dans la journée devraient donner une indication sur le vainqueur de la présidentielle, alors que les résultats officiels ne seront publiés qu'en mai.

La plupart des sondages accordent une avance d'une dizaine de points de pourcentage à Jokowi, 57 ans, face à Prabowo Subianto, 67 ans. Il y a quatre ans, le président sortant avait remporté le scrutin de justesse et un recours devant la justice avait été rejeté.

Cette année, la campagne a été marquée par des attaques virulentes des deux camps qui ont multiplié les efforts pour séduire convaincre l'électorat musulman conservateur. Mais la multiplication des infox sur les réseaux sociaux pourrait aussi avoir eu un impact sur les électeurs.

Pragmatisme envers l'islamisme

Joko Widodo a fait campagne sur son bilan de construction de routes, d'aéroports et d'autres infrastructures, dont la première ligne de métro de Jakarta ouverte opportunément en mars.

Mais son action sur les droits de l'homme est moins convaincante, soulignent les ONG qui dénoncent une augmentation des discriminations contre les minorités religieuses, ethniques, et la communauté LGBT, alors que les groupes islamiques conservateurs gagnent en influence.

Jokowi «a choisi le pragmatisme plutôt que les principes sur la question de l'islamisme et du pluralisme», note Dave McRae, professeur à l'Université de Melbourne.

Le président, un musulman pratiquant qui défend la diversité du pays dans ses discours, a néanmoins choisi le prédicateur islamiste conservateur Ma'ruf Amin pour être son candidat à la vice-présidence. Une stratégie destinée à donner des gages à l'électorat musulman conservateur, mais qui inquiète les plus progressistes.

Le candidat à la vice-présidence de 75 ans, président du Conseil des oulémas, la plus haute instance religieuse en Indonésie, «a un historique d'opinions très conservatrices», souligne Kevin O'Rourke, un analyste sur le risque politique en Indonésie.

Liens avec la dictature

Prabowo Subianto a lui choisi un homme d'affaires très énergique de 49 ans, Sandiaga Uno, pour sa campagne empreinte de nationalisme. Il s'est rapproché des groupes islamiques les plus radicaux et a promu une hausse des dépenses de défense et de sécurité.

Sur le plan économique il vante une politique protectionniste «Indonesia first» inspirée de Donald Trump et a promis de remettre en cause des milliards de dollars d'investissements chinois dans le pays.

Les ambitions du candidat d'opposition ont longtemps été handicapées par ses liens avec le régime du dictateur Suharto, dont il a été le beau-fils et par son passé militaire controversé. Il a ordonné l'enlèvement d'activistes pro-démocratie à la chute du régime de Suharto en 1998 et a été accusé de graves abus pendant le conflit au Timor oriental.

Pour de nombreux Indonésiens, le plus important est cependant une transition pacifique, quel que soit le vainqueur. «J'espère qu'il n'y aura pas d'hostilités (...) quel que soit le nouveau président», note Untung Sri Rejeki, un électeur de 53 ans.

(nxp/ats)