Elections législatives

09 avril 2019 06:56; Act: 09.04.2019 11:01 Print

L'avenir de Netanyahu se joue dans les urnes

Les Israéliens élisent ce mardi les 120 députés qui les représenteront à la Knesset. Prolongeront-ils le règne de Benjamin Netanyahu?

Un jeune homme passe devant des affiches de Benjamin Netanyahu.
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Les Israéliens votent depuis mardi matin pour élire leur parlement, des législatives qui décideront si l'indétrônable Benjamin Netanyahu poursuit son long règne ou si l'heure du changement est venue avec le novice Benny Gantz.

Quelque 6,3 millions d'électeurs sont appelés jusqu'à 22 heures (21 heures en Suisse) à élire les 120 députés qui les représenteront à la Knesset.

Le pays retiendra son souffle à la fermeture des bureaux de vote quand seront publiés les premiers sondages. L'issue aura été incertaine jusqu'au bout entre les listes des deux Benjamin: le Likoud (droite) de «Bibi» Netanyahu et l'alliance Bleu-blanc (centre-droit) de «Benny» Gantz.

Les Israéliens ont, pour bon nombre d'entre eux, pris dès les premières heures après l'ouverture à 07 heures (5 heures en Suisse) le chemin des bureaux de vote dressés pour la plupart dans les écoles du pays.

Diversité des opinions

Après une campagne acrimonieuse, les sentiments exprimés reflètent la diversité des opinions sur la voie à suivre pour leur pays et sur l'avenir du Premier ministre sortant, en poste depuis une décennie.

Ronit Kampf, professeure d'université de 45 ans, a été parmi les premières à déposer son bulletin dans le quartier du Vieux Katamon à Jérusalem. Elle évoque la menace d'inculpation pour corruption pesant sur «Bibi», surnom sous lequel tous les Israéliens connaissent M. Netanyahu.

«Cela fait trop longtemps que Bibi est au pouvoir», dit-elle, «on va au-devant d'un grand changement. Lequel, je ne sais pas».

Benny Gantz promet une «nouvelle voie»

Micol Tsadok, 40 ans, votera elle «probablement» pour la Droite unie, alliance de partis nationalistes religieux, parce qu'ils «sauront faire ce que j'attends d'eux, et mettre de l'ordre dans cette histoire entre juifs et Arabes».

M. Gantz est allé voter dans une école de sa ville, Rosh Haayin, près de Tel-Aviv. Devant les journalistes qui se pressaient dans l'étroit bureau, il s'est dit «heureux de (se) mettre au service d'Israël» et a promis à ses concitoyens une «nouvelle voie» après avoir mis son bulletin dans l'urne au côté de sa femme.

M. Netanyahu devait voter vers 10h30 (09h30 en Suisse) à Jérusalem.

Faute de faire apparaître des différences de programme significatives, le scrutin a toutes les allures d'un référendum sur la personne de cette figure dominante de la politique israélienne, adorée des uns, détestée des autres, et ne laissant personne indifférent.

M. Netanyahu, 69 ans, dont plus de 13 années au total passées au pouvoir à mener les opérations militaires de son pays et à parler d'égal à égal aux grands de ce monde, brigue un cinquième mandat.

Si le président Reuven Rivlin, au vu de la composition du parlement, lui confiait la tâche de former le prochain gouvernement, il ravirait en juillet le record de longévité à l'historique David Ben Gourion. Benjamin Netanyahu s'est rendu lundi soir au mur des Lamentations à Jérusalem pour s'y recueillir.

Face à lui, son principal challenger, Benny Gantz, 59 ans, ancien parachutiste, ancien commandant d'une unité de forces spéciales et ancien chef d'état-major, n'était pas encore entré en politique il y a moins de six mois.

Proximité avec Trump

Pour M. Gantz, il s'agit avant tout de mettre fin aux années de divisions et de corruption incarnées par le Premier ministre sortant. Pour M. Netanyahu lui-même, personne mieux que lui ne garantit la sécurité et la prospérité de son pays.

La victoire lui semblait assurée quand, en décembre, il a provoqué ces élections anticipées avant l'échéance de novembre 2019.

Depuis, Benny Gantz s'est lancé et a construit une liste solide avec, aux cinq premières places, trois anciens commandants des armées, un ancien ministre des Finances et l'ancien chef de la centrale syndicale nationale.

Et, en février, le procureur général a annoncé son intention d'inculper M. Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires de dons reçus de la part de milliardaires, d'échanges de bons procédés entre gouvernants et patrons, et de tentatives de collusion avec la presse.

Au coude-à-coude

Les derniers sondages autorisés mettaient vendredi le Likoud et Bleu-blanc au coude-à-coude. Mais, avec une trentaine de sièges prédits à chacun, l'un et l'autre restaient loin de la majorité absolue (61 sur 120) et devraient s'allier à d'autres formations pour gouverner.

Les projections de résultats des autres listes suggèrent que M. Netanyahu aurait alors l'avantage pour former une coalition. Une quarantaine de listes en tout sont en compétition.

Mais tous les experts ont mis en garde contre la faillibilité des enquêtes d'opinion. Au cours des derniers jours d'une campagne où le Likoud aura lâché un feu roulant d'attaques contre M. Gantz, M. Netanyahu aura continué à se prévaloir de ses réussites diplomatiques et de sa proximité avec le président Donald Trump.

Le Golan sur un plateau

En pleine campagne, ce dernier a fait ce qui a été largement considéré comme un cadeau à M. Netanyahu en reconnaissant la souveraineté israélienne sur la partie du Golan syrien annexée par l'Etat hébreu.

Comme en 2015, dans ce qui ressemble fort à un appel du pied à l'électorat de droite, M. Netanyahu a sorti une surprise de dernière minute en se disant prêt, au mépris d'un large consensus international, à annexer les colonies israéliennes de Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis plus de cinquante ans par Israël.

Chef d'une coalition gouvernementale réputée la plus à droite de l'histoire d'Israël, M. Netanyahu pourrait rempiler à la tête d'une coalition encore plus droitière. La grande question de ces élections est de savoir s'il aura réussi à convaincre les électeurs de fermer les yeux sur la suspicion et l'opportunisme associés à son nom, et sur une rhétorique volontiers décriée comme anti-arabe.

(nxp/afp)