10 jours de congé d'un coup au Japon

03 avril 2019 07:33; Act: 03.04.2019 09:39 Print

«Je ne sais pas trop ce que je vais pouvoir faire»

La nouvelle ère impériale au pays du Soleil Levant ne réjouit pas les travailleurs, qui auront plus de congés à disposition.

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Les citoyens n'ont pas l'habitude de prendre de longues vacances. (Photo: AFP)

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Le système impérial au Japon suscite peu de contestation et l'entrée dans une nouvelle ère est saluée avec bonne humeur, mais une chose chagrine les laborieux travailleurs nippons: que ce changement s'accompagne d'un congé inédit de 10 jours consécutifs.

Incroyable mais vrai: 45% des Japonais se disent «mécontents» que la traditionnelle «Golden Week», série de jours fériés, ait été rallongée, courant cette année du 27 avril au 6 mai inclus. Seuls 35% sont «satisfaits» de cette configuration, selon un sondage du quotidien Asahi.

«J'avoue qu'avec 10 jours de vacances d'un coup, je ne sais pas trop ce que je vais faire de mon temps», confie Seishu Sato, 31 ans, qui travaille dans la finance à Tokyo. «Je pourrais voyager mais ça sera bondé et cher partout. Je vais probablement finir par rester chez mes parents», dit-il, reflétant l'avis de la plupart des personnes.

Les Japonais n'ont pas l'habitude de prendre de longues vacances: selon le ministère du Travail, sur 18 jours de congés octroyés en moyenne aux salariés l'an passé, seulement 9 jours ont été pris.

Quant à ceux qui devront travailler, ils s'inquiètent aussi. «Pour les parents du secteur des services (restauration par exemple), c'est un casse-tête. Les garderies, les crèches, tout sera fermé», déplore sur le réseau social Twitter une personne en détresse.

Les banques aussi seront closes, et les clients sont incités à retirer suffisamment de liquide sur la période par peur que les réserves viennent à manquer dans les distributeurs.

La plupart des commerces resteront en revanche ouverts et, pour la troisième économie du monde, c'est un coup de pouce bienvenu, même si l'impact est jugé limité.

Les tour-opérateurs en particulier se frottent les mains. «La plupart de nos offres ont trouvé preneur dès l'an dernier», explique Hideki Wakamatsu, porte-parole de Nippon Travel Agency, ajoutant que de nombreux clients étaient sur liste d'attente.

«Respect»

Hormis ce congé exceptionnel dans un archipel rompu au dur labeur, les Japonais observent avec sérénité et bienveillance l'abdication de l'empereur Akihito et le début d'une nouvelle ère appelée «Reiwa» (belle harmonie).

L'immense majorité éprouve «un sentiment positif» ou «du respect» pour le souverain, 22% exprimant de l'indifférence mais quasiment aucun de l'hostilité, d'après une étude de la chaîne de télévision publique NHK.

«Leur façon d'aborder avec proximité, pendant ces 30 dernières années, les personnes âgées, handicapées, isolées, victimes de catastrophes naturelles, autrement dit ces personnes laissées en plan par les politiques, a forcé l'empathie, le respect», souligne Takeshi Hara, professeur de sciences politiques au sein de l'Open University of Japan (OUJ).

Le fait que l'empereur Akihito ait épousé Michiko, le premier mariage d'amour de l'histoire impériale, «a renforcé leur image contemporaine», ajoute-t-il. Sa popularité réside aussi dans sa «conscience de la responsabilité de la génération d'après-guerre» sur les atrocités commises par le Japon, complète Hideto Tsuboi, du Centre de recherches internationales d'études japonaises, basé à Kyoto.

A la différence de nombreuses monarchies constitutionnelles, il n'est de toute façon pas permis de dire du mal de l'empereur, un phénomène qualifié de «tabou du Chrysanthème», du nom du trône japonais.

Deniers publics et rites impériaux

Si les journaux à scandale osent certes de plus en plus fouiller dans la vie privée de la famille impériale, «il y a une pression pour ne pas critiquer l'institution impériale en public», note M. Hara, par crainte de représailles de fanatiques d'extrême-droite. En 1961, un extrémiste avait pénétré dans la maison du patron de la maison d'édition d'un roman jugé trop critique, et poignardé sa gouvernante.

Plus récemment, en 1990, le maire de Nagasaki avait été blessé par balle après avoir estimé que l'empereur Hirohito, père d'Akihito, était en partie responsable de la Seconde guerre mondiale.

Seul élément à faire un peu débat: le financement par des fonds publics de rites purement religieux prévus pour l'intronisation de Naruhito, dont celui du Daijosai, qui doit être observé en novembre.

Plus de 200 citoyens japonais, dont des chrétiens et des moines bouddhistes, ont engagé des poursuites judiciaires contre le gouvernement, jugeant que cela pourrait contrevenir au principe de la séparation de la religion et de l'Etat.

Ils ont reçu le soutien inattendu du prince Akishino, fils cadet de l'empereur Akihito, qui deviendra prince héritier en mai.

«Je me demande s'il est correct de financer une chose aussi religieuse avec de l'argent public», avait-il déclaré fin 2018, ajoutant qu'il avait exprimé son opposition au chef de l'Agence de la maison impériale. «Il ne m'a pas écouté», avait lâché le prince.

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • glala le 03.04.2019 08:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    vivre

    Quand est-ce que les gens comprendront que la vie n'est pas uniquement faite pour travailler et mourir. Nous en avons les moyens, profitons du peu de liberté accordé. Arrêtons de nous laisser influencer par ces lobbies qui nous menacent de perdre nos emplois. Quand les 4 semaines obligatoires sont arrivées, l'économie ne s'est pas effondrée.

  • SwissJob le 03.04.2019 08:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Sisi

    Pas besoin d'aller au Japon, on a bien refusé 6 semaines de vacances annuelles, sans doute parce qu'on ne sait pas quoi faire de nos vacances ou bien par peur du patron. Eh oui, c'est dépitant.

  • gabscab le 03.04.2019 08:48 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Grave....

    normalement on travaille pour vivre et non pas de vivre pour travailler

Les derniers commentaires

  • Bender Rodriguez le 03.04.2019 15:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Futurama

    Avec l'automatisation (l'IA) galopante, c'est tout un peuple qui risque de tomber malade dans les 20 prochaines années

  • Eliott le 03.04.2019 15:16 Report dénoncer ce commentaire

    Japon

    C'est aussi pour ça que le Japon est un des pays où il y a le plus grand taux de suicides au monde. Au bout d'un moment... boulot boulot... et c'est burnout...depression... suicide..

    • Taux De Suicides Elevé Et Trop De Travai le 04.04.2019 02:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Eliott

      Bref la suisse quoi...

  • Le Suisse le 03.04.2019 15:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    1 semaine supplémentaire noooooon merciii

    Les pauvres on dirait des suisses. Vivre pour travailler youpiiiiii!

  • Jacko le 03.04.2019 13:38 Report dénoncer ce commentaire

    Sayonara !

    cela va nous faire 10 jours de vacances pour ceux qui bossent avec le Japon... Reiwa !

  • Vlad le 03.04.2019 13:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    travailler pour vivre ou vivre pour travailler?

    C'est quand même fou, certains n'existent qu'à travers leur travail au point où sans ça ils sont perdus. rappelons nous tout de même qui si nous travaillons c'est pour vivre convenablement. C'est très cliché mais le fameux "on travail pour vivre, on ne vit pas pour travailler" est juste... M'enfin si ça plais à certains d'exister uniquement à travers leur travail tant mieux pour eux.

    • imir le 03.04.2019 15:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Vlad

      mais qu'il n'y ait pas de répercussion sur les autres ça serait cool

    • Andrew le 03.04.2019 23:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Vlad

      J'aime mon travail. Je m' y épanouis. Je le trouve intéressant.... désolé!