Crise au Liban

22 octobre 2019 14:31; Act: 22.10.2019 16:34 Print

Les manifestants dorlotent un bébé au milieu du chaos

Malgré les annonces du pouvoir, des milliers de Libanais continuent de réclamer le départ d'une classe politique accusée d'incompétence et de corruption.

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Les Libanais semblaient déterminés mardi à ne rien lâcher, avec un sixième jour prévu de rassemblements contre la classe politique, l'annonce la veille de réformes économiques d'urgence n'ayant pas convaincu après des années d'inaction du pouvoir.

Tôt mardi matin, comme si ces annonces n'avaient pas eu lieu, de nouveaux barrages ont été érigés sur plusieurs artères du centre de Beyrouth et les appels à de nouveaux rassemblements dans les principales villes agitaient les réseaux sociaux.

Les banques restaient fermées, prolongeant la paralysie partielle du pays, et une petite armée de bénévoles nettoyait le coeur de Beyrouth pour faire place nette avant le retour attendu des manifestants dans la journée.

«Ces manifestations sont la chance du peuple. Nous serions fous de laisser une chance au gouvernement. Comment lui en donner encore une alors qu'ils ont eu trente ans pour agir?», demandait un vieil homme interrogé par une télévision locale dans la ville à majorité chiite de Tyr, dans le sud.

Comme à la fin de la guerre civile en 1990, les infrastructures du pays sont en déliquescence et les Libanais font face à des coupures quotidiennes d'eau et d'électricité.


Au milieu de ce chaos, une scène a retenu l’attention des médias internationaux. Eliane Jabbour et son fils étaient coincés dans la circulation à Beyrouth au milieu des manifestants. La maman a demandé aux protestataires de rester silencieux pour ne pas déranger le petit de 15 mois, assis à l'arrière de la voiture. Les manifestants ont alors commencé à chanter «Baby Shark» pour bercer le bambin. «Il était surpris mais pas effrayé», a-t-elle racontée à NBC News.

«Le pouvoir s'obstine»

La foule a accueilli lundi avec un scepticisme mêlé de colère les annonces du Premier ministre Saad Hariri qui se voulaient pourtant spectaculaires : mesures contre la corruption, promesse de ne plus imposer de nouveaux impôts, programme de privatisations pour lutter contre la gabegie des services publics, aides en faveur des plus défavorisés...

Mais, dès le discours de M. Hariri terminé, les slogans-phares de la contestation ont retenti de plus belle, notamment celui réclamant le départ immédiat de l'ensemble de la classe politique: «Tous, cela veut dire tous!».

«Le pouvoir s'obstine», titrait mardi le journal Al-Ahkbar en publiant à la Une la photo d'une manifestante masquée d'un drapeau libanais, faisant le V de la victoire. «Hariri impose son plan, la rue reste mobilisée,» résumait le quotidien francophone L'Orient Le Jour.

«A entendre les premières réactions, il semble que la rue n'ait pas mordu à l'hameçon», explique à l'AFP l'universitaire et chercheur en sciences politiques Karim el-Mufti. Selon lui, il aurait fallu des «mesures beaucoup plus radicales», au-delà d'annonces économiques d'urgence, pour convaincre les Libanais qui réclament «un vrai partage du fardeau en période de crise» et une refonte en profondeur du système.

Heiko Wimmen, analyste pour l'ONG International Crisis group, est du même avis: «il s'agit de mesures techniques qui peuvent améliorer la situation budgétaire du pays mais qui ne sont pas à la hauteur du défi posé par les manifestants».

-Bras de fer

Le mouvement de colère a pris la classe politique par surprise, déclenché par l'imposition jeudi d'une nouvelle taxe sur les appels passés via la messagerie WhatsApp. L'annulation rapide de celle-ci n'a pas empêché la colère de grandir et, fait exceptionnel, la mobilisation contre la classe dirigeante a gagné l'ensemble du pays, y compris les fiefs du Hezbollah pro-iranien qui ignoraient jusque-là ce type de contestation.

Conscient de l'ampleur du phénomène, M. Hariri a tenté lundi d'amadouer les manifestants en leur assurant que son plan n'était pas un «marchandage» pour stopper la contestation. «Ces décisions n'ont pas été prises pour vous demander de cesser de manifester ou d'exprimer votre colère», leur a-t-il dit.

L'issue du mouvement semblait mardi plus incertaine que jamais. Pour Karim el-Mufti, «un bras de fer» s'est engagé entre la rue et le pouvoir. «L'opinion publique s'est invitée à la table des grands et a bien l'intention d'y rester», estime-t-il.

Mais, selon lui, le mouvement manque cruellement à ce stade de figures capables de le représenter pour discuter d'une alternative politique. «Si le gouvernement, le Parlement et le président ne représentent pas la rue, quelle est l'alternative?», s'interroge-t-il, ajoutant : «le vide n'est pas une option».

(nxp/ats)

Les commentaires les plus populaires

  • ILOP le 22.10.2019 14:44 Report dénoncer ce commentaire

    Un Suisse-Libanais

    De tout coeur avec les libanais, jespère que ce pays redeviendra la Suisse du moyen-orient

  • Paul Voegli le 22.10.2019 14:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le peuple !

    La révolte spontanée et laïque libanaise est une belle preuve que le peuple quoi qu'il advienne a le dernier mot! Bravo à tous ces gens qui n'en peuvent plus pour leur révolte au lieu de vivre à genoux.

  • Heliopolis le 22.10.2019 15:01 Report dénoncer ce commentaire

    sandwich langue de boeuf ciel vou plait

    Miam Miam la cuisine du bohneur du pays au cèdres, sain un régal mieux que les Kebab du Sultan

Les derniers commentaires

  • Patrick Etienne le 22.10.2019 22:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Je ris !

    Les libanais, les prochains gilets jaunes ? Haha ... prenez en de la graines les français, après seulement 6 jours de manifestations eux ont déjà des stations pour charger leur téléphone, on leur distribue de l'argent et encore mieux, des DJ viennent les divertir! #trouverlerreur ... si vous souhaitez réellement redevenir la petite suisse du moyen orient y a encore du boulot ! Chez nous, on vote et on propose des solutions constructives et surtout on laisse le concept de la grève et les bloquages économiques aux portes de nos frontières ! ABE

    • Gabriel Oueidat le 23.10.2019 07:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Patrick Etienne

      Sauf que chez vous, vous n'êtes pas passé par 15 ans de guerre civile qui ont détruit toutes les infrastructures du pays, destruction savamment organisée par des nations extérieures. Donc au lieu de vous moquer et de fanfaronner, vous feriez mieux de donner des commentaires constructifs et soutenir le mouvement d'un peuple qui ne cherche qu'à retrouver sa souveraineté.

    • Patrick Etienne le 23.10.2019 20:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Gabriel Oueidat

      Mais ouvrez les yeux Gabriel! Avec une tel organisation, comme des moutons, vous faites exactement ce que des puissances externes souhaitent ... alors ne vous laissez pas avoir et cessez de paralyser votre pays! Au finale vous en serez les uniques perdant !

    • Gabriel Oueidat le 23.10.2019 22:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Patrick Etienne

      Comme des moutons ??? Mais allez donc sur place pour comprendre un peu mieux ce qui s'y passe, qui est dans la rue et les messages qui sont entrain d'être criés. Vous verrez alors le vrai visage de cette révolution. Si vous pensez que cette révolution a été fomenté par des forces extérieures, ou intérieures dirigées par l'extérieur, eh bien POUR UNE FOIS, ce n'est pas le cas !! Renseignez-vous auprès des gens qui y sont et qui y vivent et qui sont sur place entrain de manifester ! Et n'écoutez pas les rumeurs qu'on entend depuis ici et qu'on veut bien nous faire entendre pour déstabiliser cette révolution !!!

  • KingstonSheyguey le 22.10.2019 21:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ABE

    Remake de la Syrie ? Ca leur ferai du bien! Ils comprendrons peut etre la détresse des Syrien qui sont chez eux et de qui ils se plaignent ! Ca peux arriver n importe où !

    • Gabriel Oueidat le 23.10.2019 07:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @KingstonSheyguey

      "Comprendre la détresse des Syriens"? Je crois que personne d'autre ne peut comprendre la détresse des Syriens que le peuple libanais. Avec 15 ans de guerre civile au Liban, qui affectent tjrs le pays, et dont des années d'occupation de l'armée syrienne, la détresse des Syriens ramène méchamment des souvenirs d'il y'a quelques années en arrière. Il faudrait revoir vote histoire... Donc votre commentaire "ça leur ferait du bien" est extrêmement mal placé.

  • Li banais le 22.10.2019 18:31 Report dénoncer ce commentaire

    Coucou me revoilou

    C'est le moment pour que notre responsable de la culture rentre chez lui pour les aider .Vu qu'il a tellement fait pour Genève .

  • ou manipulation de l'information le 22.10.2019 15:06 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    déni d'information ?

    C'est marrant, les médias impartiaux nous causent de manifestations au Chili et au Liban, mais pas un mot de celle de samedi 19 à Rome... Bizarre...

  • Heliopolis le 22.10.2019 15:01 Report dénoncer ce commentaire

    sandwich langue de boeuf ciel vou plait

    Miam Miam la cuisine du bohneur du pays au cèdres, sain un régal mieux que les Kebab du Sultan