Élection présidentielle

16 novembre 2019 18:28; Act: 16.11.2019 21:44 Print

Tirs contre des bus d'électeurs au Sri Lanka

Des incidents ont émaillé le scrutin samedi sur l'île qui élit son président. Les résultats devraient être connus dimanche ou lundi.

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Le Sri Lanka a voté samedi lors d'une élection présidentielle émaillée d'incidents. Le scrutin pourrait permettre le retour au pouvoir du puissant clan des Rajapaksa qui a gouverné l'île d'une main de fer pendant une décennie.

Presque cinq ans après la défaite électorale de Mahinda Rajapaksa, son petit frère Gotabaya, 70 ans, est en compétition féroce avec le candidat du parti au pouvoir, Sajith Premadasa, pour diriger l'Etat sri-lankais durant le prochain quinquennat. Le pays de 21 millions d'habitants attend désormais de découvrir le nom de son futur président, après la fermeture des bureaux de vote. Les résultats devraient être connus dimanche, voire lundi si le score se révèle serré.

Selon le président de la Commission électorale Mahinda Deshapriya, la participation s'est établie à un peu plus de 80%, contre 81,5% à la présidentielle de 2015. «C'est l'élection présidentielle la plus pacifique que nous ayons eue dans ce pays», a-t-il déclaré. Quelque 85'000 policiers étaient mobilisés pour le scrutin.

Quelques heures avant le début du scrutin, des hommes armés ont toutefois ouvert le feu sur un convoi d'une centaine de bus transportant des électeurs musulmans, sans faire de blessés, a annoncé la police.

Arrestations

Dans une zone à majorité tamoule du nord du pays, la police a signalé à la commission électorale des barrages illégaux de l'armée susceptibles d'empêcher des électeurs d'aller voter. Les forces de l'ordre ont également arrêté dix hommes suspectés «d'essayer de créer des troubles».

Le vote des musulmans et tamouls, minorités globalement défavorables aux puissants Rajapaksa, pourrait jouer un rôle crucial dans ce scrutin incertain. Les observateurs interprètent ces incidents comme des tentatives de faire baisser le taux de participation de ces populations.

De telles tactiques sont courantes au Sri Lanka, qui a émergé il y a dix ans de quatre décennies d'une guerre civile qui a fait 100'000 morts. Lors de la précédente présidentielle en 2015, plusieurs explosions s'étaient produites dans le nord tamoul, dans le but selon les analystes de dissuader les citoyens alentour de se rendre aux urnes.

Les partisans de partis rivaux se sont aussi affrontés samedi dans une zone de plantations de thé à 90 kilomètres à l'est de la capitale Colombo. Deux personnes ont été transportées à l'hôpital avec des blessures à l'arme blanche suite à ces heurts, a indiqué la commission électorale.

Affaires de familles

Lieutenant-colonel à la retraite, Gotabaya Rajapaksa est pour cette élection le représentant de la sulfureuse famille des Rajapaksa. L'ancien militaire était l'une des clés de voûte du régime de son frère Mahinda (2005-2015), empêché par la Constitution actuelle de se présenter, et son élection marquerait le retour aux affaires de la fratrie.

En tant que plus haut responsable du ministère de la Défense à l'époque, Gotabaya commandait de fait les armées sri-lankaises au moment de l'écrasement de la rébellion séparatiste tamoule en 2009. Quelque 40'000 civils tamouls ont péri au cours de cette ultime offensive, selon les défenseurs des droits humains qui accusent les Rajapaksa de crimes de guerre.

Ce bain de sang avait sonné la fin de 37 ans de guerre civile et vaut aux Rajapaksa d'être adulés au sein de la majorité ethnique cinghalaise, mais détestés et craints par la minorité tamoule qui constitue 15% des 21,6 millions de Sri-Lankais.

«Terminator»

La posture d'homme fort adoptée par Gotabaya, qui promet de combattre la corruption et l'extrémisme islamiste dans une nation traumatisée par les attentats djihadistes du 21 avril qui ont fait 269 morts, lui vaut le surnom de «Terminator» au sein de sa famille. Par contraste, son principal rival Sajith Premadasa, 52 ans et fils d'un président assassiné par la guérilla en 1993, est un responsable politique discret. Il espère mobiliser le vote des femmes en promettant d'améliorer l'hygiène menstruelle.

Gotabaya Rajapaksa est notamment accusé - ce qu'il nie - d'avoir dirigé sous la présidence de son frère des «escadrons de la mort» qui ont enlevé à bord de camionnettes blanches des dizaines de Tamouls, d'opposants politiques ou de journalistes. Certains de leurs corps ont été ensuite jetés sur la route, d'autres n'ont jamais été retrouvés.

(nxp/afp)