Chine

13 juillet 2014 10:26; Act: 13.07.2014 10:34 Print

Les animaux menacés finissent à la marmite

Porcs-épics, tortues en voie de disparation: les espèces animales rares sont en vente libre dans le sud de la Chine, même si les autorités assurent lutter contre les trafics.

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Dans le sud de la Chine, les clients aiment se dire capables de «manger tout ce qui a quatre pattes, à part une table». (Photo: Keystone/AP/Rodrigo abd)

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Au mois d'avril, la Chine a corsé la peine encourue par les consommateurs ou vendeurs d'espèces menacées, la faisant passer à 10 ans de prison. Mais l'application de la loi est manifestement laxiste dans la province du Guangdong.

«Je peux vendre cette viande pour 500 yuans (72 francs) les 500 grammes», affirme un vendeur de pangolin au marché de vente en gros Xingfu, à Conghua. «Pour un animal vivant, il faut compter plus de 1000 yuans.» Selon le vendeur, vivre du commerce de ces animaux est de plus en plus difficile. «Les règles sont très strictes, maintenant».

Pourtant, les commerçants sont bien présents, accompagnés de centaines de serpents se tordant dans des sacs de tissu blanc et de sangliers sauvages, au regard perdu entre les barreaux de leur cage.

«Saveur sauvage»

Tous les produits ne sont pas illégaux, mais un énorme panneau propose des salamandres géantes, classées «en danger critique d'extinction» sur la liste rouge des espèces menacées, inventaire établi par l'ONG Union internationale pour la conservation de la nature.

Au sud de la Chine, une tradition culinaire appelée «saveur sauvage» veut que la consommation d'animaux rares ait des effets bénéfiques pour la santé.

Le pangolin, un «fourmilier écailleux», doté d'une langue plus longue que son corps, est protégé par le traité international sur le commerce des espèces sauvages, dont Pékin est l'un des signataires.

Mais dans certaines régions, il est prisé des jeunes mères pour ses effets bénéfiques sur la production de lait et un vaste réseau dans toute l'Asie du Sud-Est en fait le commerce de contrebande, à raison de milliers chaque année.

Pékin a adopté en 1989 ses premières lois interdisant le trafic de dizaines d'espèces, mais leur application s'est toujours heurtée à la demande, en hausse permanente.

Sanctions plus dures

En avril, le parlement a approuvé une nouvelle interprétation de ces lois, qui permettrait de condamner les consommateurs et vendeurs d'espèces menacées à des peines allant jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

A la même époque, les médias d'Etat ont révélé l'existence de réseaux trafiquant d'énormes quantités d'animaux rares, notamment la saisie de 956 pangolins congelés par la police aux frontières de Canton.

La directrice générale de l'association Animals Asia décrit l'alourdissement des sanctions comme une «étape positive». Elle estime toutefois que «l'application de la loi doit être améliorée, et l'information du public considérablement renforcée». «Le commerce illégal d'animaux est devenu une activité qui rapporte des milliards en Chine». Certains signes montrent toutefois que le durcissement de la répression porte ses fruits.

Menus secrets

Mais quand l'AFP a récemment contacté une douzaine de restaurants spécialisés dans la «saveur sauvage», aucun n'a admis vendre de cette viande.

Les restaurants de Canton ne font généralement pas de publicité pour les espèces menacées qu'ils vendent, mais les proposent aux clients de confiance sur des menus tenus secrets, note Tian Yangyang, chercheur au sein du groupe de défense de l'environnement Nature University.

L'année dernière, il s'est infiltré dans des restaurants de Canton, où il a découvert que de l'aigle et du cygne étaient largement distribués.

«Je ne suis pas très optimiste quant à un éventuel renforcement des règles, le système juridique en Chine n'étant pas très solide», indique-t-il. Le trafic d'espèces protégées «s'aggrave, parce qu'il est piloté de manière souterraine».

(ats)