Bahreïn

21 décembre 2011 09:44; Act: 21.12.2011 11:01 Print

Les chiites relancent la contestation

Les manifestants sont de plus en plus actifs et tentent de relancer la contestation contre la dynastie sunnite au pouvoir, quelques mois après avoir un début de révolte.

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La contestation à l'intérieur des villages chiites n'a jamais cessé mais les jeunes, qui ont le sentiment de n'avoir rien à perdre, cherchent visiblement à revenir au coeur de la capitale Manama.

Ils ne tiennent pas compte des promesses du pouvoir concernant la mise en oeuvre de recommandations d'une commission d'enquête indépendante, en particulier pour faire une meilleure place aux chiites, majoritaires dans la population, et limiter les violations des droits de l'Homme.

La place de la Perle, le pendant de celle de Tahrir au Caire

Les manifestations se concentrent sur la voie express de Budaya, qui relie les villages chiites de l'ouest de Bahreïn à la place de la Perle de Manama, où les protestataires avaient campé près d'un mois en février et mars.

Dans l'esprit des manifestants, la place de la Perle était le pendant de celle de Tahrir du Caire, où les Egyptiens avaient obtenu la chute du président Hosni Moubarak, quelques semaines après celle du Tunisien Zine El Abidine ben Ali.

«Relancer le soulèvement»

Le monument de la place de la Perle a été rasé après la répression de la contestation à la mi-mars et le lieu transformé en une intersection appelée Al-Farouk, du nom du calife sunnite, Omar ben al-Khattab.

«Occuper Budaya est une étape pour revenir sur la place de la Perle, qui est devenue un symbole de la démocratie», explique un militant, Youssef al-Muhafda. «Nous voulons relancer le soulèvement qui n'a jamais cessé dans les villages», ajoute-t-il avant que la police ne disperse son groupe de manifestants à coups de grenades lacrymogènes.

Le chiites veulent une monarchie constitutionnelle

Beaucoup des chiites qui ont pris part à la contestation de février/mars ont perdu leur emploi. D'autres ont connu la détention. «Ici personne ne craint la mort parce qu'on ne vit qu'en apparence», lance Fatima Ibrahim, une manifestante drapée dans son abaya noire.

Les manifestants continuent d'exiger une monarchie constitutionnelle avec un Premier ministre élu à la place de cheikh Khalifa ben Salmane Al-Khalifa, oncle du roi, en poste depuis 40 ans.

Cela mettrait fin au contrôle de la dynastie sunnite des Al-Khalifa sur l'archipel où elle règne depuis 250 ans.

«C'est inconcevable que les gens se calment sans avoir rien obtenu»

«Nos revendications restent les mêmes: le gouvernement doit partir et de nouvelles élections doivent avoir lieu», insiste Hadi al-Moussawi, ex-élu du Wefaq, le principal mouvement chiite, qui était la première force politique au Parlement (18 sièges sur 40) avant que ses députés ne démissionnent.

«C'est inconcevable que les gens se calment sans avoir rien obtenu», renchérit Matar Matar, un autre élu du Wefaq, qui a passé lui-même quelques mois de détention.

La répression a fait 35 morts

Selon la commission d'enquête indépendante, la répression en février/mars a fait 35 morts, dont cinq policiers, et des centaines de blessés. Onze autres personnes ont été tuées depuis, alors que 2.929 personnes au total ont été arrêtées, dont 700 sont encore en détention.

Le religieux sunnite Abdel Latif al-Mahmoud, qui a a fortement mobilisé sa communauté contre les chiites, ne voit dans les nouvelles manifestations qu'«une tentative d'exacerber la tension» et «la preuve que certains veulent imposer leur volonté à l'ensemble du pays».

«Personne n'est contre une approche démocratique»

En revanche, M. Moussawi ne voit pas les chiites reculer. «Nous n'allons pas renoncer et nous voulons rester pacifiques», dit-t-il, en reconnaissant que les contestataires sont divisés en un courant qui veut des réformes et un autre qui appelle au renversement de la dynastie sunnite.

«Mais personne n'est contre une approche démocratique prévoyant un référendum» sur la question, assure-t-il.

(afp)